Tribune – Printemps de la génération Z : Annonce d’un été où l’humanité aura très chaud
Par Hédi Cherif *
La fin des continuités : le numérique comme fracture socioculturelle
La révolution numérique amorcée autour des années 2000 ne saurait être interprétée comme un phénomène fortuit, ou un fait du hasard, ou une rupture isolée dans l’histoire des sociétés humaines. Bien au contraire, elle s’inscrit dans une dynamique de transformation socioculturelle, industrielle et technologique entamée dès la fin du XVIIIe siècle, avec l’invention de la machine à vapeur, prolongée par d’autres innovations dans le domaine de l’aviation, de l’automobile et de la téléphonie à la fin du XIX siècle et au cours du XXe siècle.
L’avènement à l’aube du XXIe siècle de la révolution Nbic (Nanotechnologies, Biotechnologie, Informatique, Sciences Cognitives), une révolution pilotée par une génération appelée ‘’ Z ‘’, fortement centrée et structurée autour du réseau internet, et l’intelligence artificielle dans un printemps qui annonce un été où l’humanité aura très chaud.
Le monde bouge et l’Histoire ne fait qu’avancer
Ma contribution à cette réflexion sociologique dans cette guerre des intelligences, interroge les dynamiques de repli, et d’adaptation face à de nouveaux défis contemporains, dont l’attachement aux écrans, le conflit intergénérationnel et la tendance croissante à leur pathologisation médico-scientifique, en lien avec les logiques d’intérêts propres à l’industrie pharmaceutique .
Avant de répondre aux interrogations précédentes, il est important de rappeler que l’histoire n’a ni arrêt, ni trêve, ni immobilité, plutôt un fil tendu entre passé persistant, souvent fort chargé d’acquis contraignants, et un présent en tension vers un futur dont la carte d’embarquement n’est jamais offerte gratuitement ni consentement : nul avenir ne s’offre sans l’adhésion consciente aux exigences du changement.
Génération ‘’Z ‘’ : Une reconfiguration silencieuse à l’ère du numérique
Le terme de génération ‘’ Z ‘’ apparaît progressivement à la fin des années 1990 et au début des années 2000, principalement dans la sociologie anglo-saxonne; le choix pour la dernière lettre alphabétique marque une forme de ‘’rupture symbolique ‘’ avec un présent en tension vers un futur où le mot de passe n’est pas à la portée de tous. Il est conditionné par une adhésion consciente aux exigences du changement.
L’union internationale de communication (UIT), estimaient qu’en 2025 : 5,560 000, soit 67,9 % de la population mondiale utilisaient internet. Cette génération’’ Z ‘’ ne naît pas numérique par nature, mais elle doit être comprise comme le produit d’un environnement sociohistorique spécifique, et d’un processus de socialisation précoce. Cette génération s’inscrit dans de nouveaux rapports au temps, au travail, à l’autorité et à la quête d’une identité, marquée par une forte hybridation entre réel et virtuel, entre émotions, écrans et algorithmes.
Elle est porteuse d’un projet de reconfiguration des modes de production, des rapports sociaux, des formes de communication et de cadres socioculturels contemporains. Ce projet de transformation est d’une ampleur sans borne. Il ne se limite pas à sa dimension technique, il engage une profonde transformation des rapports à l’intelligence elle-même, et à la coexistence de l’IA/IE, entendue comme capacité humaine à percevoir, comprendre, et réguler les émotions, au moment où certains discours critiques dominants persistent à pathologiser les usages problématiques des réseaux sociaux en les assimilant systématiquement à des formes d’addiction aux écrans.
Ces lectures tendent à mettre l’accent sur de supposés états de vulnérabilités psychiques, cérébrales, et cognitives propres à cette génération, objet de construction sociale, voire de reconnaissance médicale précoce. Ces mêmes lecture, ont souvent évoqué le phénomène de déstructuration familiale, de socialisation, et d’isolement familial qui reconfigure les rapports au sein même des familles, et qui altèrent le développement cognitif et socioaffectif des jeunes adolescents.
Dans ce contexte, le sociologue Hervé Glivarec, en 2010, confirme l’existence de la ‘’culture de la chambre‘’ aux fenêtres largement ouvertes sur un monde dont l’adhésion n’est permise qu’à ceux qui maîtrisent l’art, et la technique de naviguer dans les zones de turbulences.
Dans un travail collectif intitulé “ les adolescents et les écrans numérique’’ et publié dans le livre La génération numérique, Dr Hammami Montassar Amel, notait à la p164 ‘’les parents qui se mettent dans une attitude dissuasive, cible davantage les filles que les garçons. En d’autres termes de point de vue de genre, la posture parentale, vis-à-vis des risques numériques est loin d’être neutre ‘’.
C’est une posture qui puise son sens dans un consensus social androcentrique bourré de dogmes, de dictons et de tabous qui structurent et entretiennent encore une perception négative de la femme. Faut-il que ces parents comprennent que les femmes sont les seules maîtresses de leurs corps, de leur dignité, de leur honneur, et de leur identité !!!
Les addictions aux écrans : de la construction sociale à la construction médicale !!!
De 1990 à nos jours, plus de 22 appellations du phénomène des addictions aux écrans : ‘’ cyberdépendance, cyber troubles, cyberaddiction, addiction au net, usage problématique d’internet, utilisation excessive ou compulsive d’internet.
Cette panoplie de terminologies n’expose pas uniquement toutes les difficultés relatives à la délimitation du « problème », elle met aussi à jour, tous les enjeux qui gravitent autour de sa ‘’ légitimation scientifique ‘’ et sa ‘’construction définitionnelle ‘’ pour le diagnostiquer, le classifier, afin d’en identifier les victimes . A l’heure actuelle, dans la section des troubles à l’étude pour les futures éditions du DSM on y retrouve toutefois le trouble du jeu vidéo sur internet (gaming disorder); qui est déjà officiellement classé par l’OMS, le 18 juin 2018 ‘’trouble du jeu vidéo.’’
Quant à la littérature scientifique, elle permet cependant d’énoncer que la ‘’cyberdépendance ‘’ peut se manifester à travers plusieurs applications en ligne telles que les activités sexuelles en ligne Cyber relations et médias sociaux.
Les addictions aux écrans ‘’ demeurent à ce jour au cœur des débats et des enjeux qui gravitent autour de sa ‘’construction définitionnelle et médico-pharmaceutique’’. Dans un travail auprès des enfants d’âge scolaire, intitulé ‘’Liens entre la surexposition aux écrans et les fonctions exécutives‘’, réalisé par des spécialistes en sciences humaine (Imen Souissi, Donia Remili, et Hanin ben Toukia & Chiraz Ferjani) et publié dans le livre La génération numérique précisent que « Les données de la littérature sont assez mitigées, d’une part certains auteurs soulignent l’effet positif des écrans sur le développement des compétences cognitives, tandis que d’autres signalent des effets délétères.
De plus certaines études indiquent la présence de liens significatifs, entre la surexposition aux écrans et les fonctions exécutives, alors que d’autres ne trouvent pas de telles associations(pp. 193/194 )
Si les tenants des approches psychosociales, et cognitives ont leurs propres mécanismes pour faire de la ‘’ surexposition aux écrans ‘’ un comportement anormal ‘’, ceux du milieu médico-pharmaceutique, n’en font pas moins, ils sont accusés d’avoir leurs propres stratégies, et autant d’outils pour en construire d’autres encore .
Addictions numériques et avenir chaud : le temps des choix
Au stade où nous en sommes, il serait prudent de s’inscrire dans une stratégie nationale de prévention, de sensibilisation et de renforcement des contextes d’apprentissage dans des situations d’interactions, et de contrôle mesuré, et renforcé dans le cadre d’une collaboration entre les parents, les enseignants, et les personnels de la santé, conformément aux recommandations des organisations nationales et internationale de la santé,
La révolution du numérique du XXIe siècle, fait que notre civilisation repose d’ores et déjà sur une croissance d’un processus d’invasion de l’IA, une invasion qui augmente de plus en plus notre dépendance. Le monde créé par elle, n’est lisible et contrôlable que par elle. Les gourous du numérique, « Larry Pag (Internet ), et Sergei Brin (Google), Bill Gate (Microsoft), Mark Zuckerberg (Facebook) Elon Musk (X Tesla) » annoncent que : Le printemps de l’intelligence artificielle est bien là, mieux encore, ils prédisent l’avènement d’un été où l’humanité aura très chaud .
H.C.
(*) Sociologue