Commentaire : Après le choc, l’épreuve de justice
Par salem TRABELSI
N’eût été le courage de la maman qui a osé porter plainte, tout révéler et réclamer justice pour son fils, le dossier aurait sans doute été refermé dans l’indifférence feutrée des couloirs administratifs.
Depuis près de quinze jours, ni la justice, ni certains responsables ministériels, ni même les délégués à la protection de l’enfance n’avaient véritablement donné le signal d’une mobilisation à la mesure de la gravité des faits.
Il aura fallu que l’affaire devienne un choc national, un cri collectif — « Ô justice !» — pour que la machine judiciaire s’ébranle en quelques heures. Soudain, les mécanismes existent. Soudain, les gardes à vue sont ordonnées par le parquet près le tribunal de première instance de l’Ariana.
Soudain, les procédures de fermeture sont engagées par le ministère concerné. Mystère et boule de gomme. Cette célérité tardive prouve pourtant une chose : les instruments juridiques sont là, les femmes et les hommes de bonne volonté également.
Encore faut-il que la volonté s’exerce sans attendre la clameur publique. L’affaire du jardin d’enfants d’Ennasr, avec ses soupçons d’agression sexuelle sur un enfant de trois ans, continue de secouer le pays.
Les rumeurs évoquent des accointances troublantes dont aurait bénéficié la responsable de l’établissement, ce qui lui aurait permis de quitter le territoire avant le coup de filet.
Si cela devait être avéré, la question ne serait plus seulement pénale ; elle deviendrait institutionnelle. Un pays entier attend justice. Des milliers de parents, qui confient chaque matin ce qu’ils ont de plus précieux à des structures éducatives, exigent d’être rassurés.
Mais au-delà des interpellations, une interrogation demeure, lancinante : que fait un studio de photographie, de vidéo et de montage au-dessus d’un jardin d’enfants ?
Et pourquoi permet-on à des enfants d’en franchir le seuil ?
Ce dossier ne peut être classé à la hâte.
Il engage notre vigilance collective et notre conception même de la protection de l’enfance.
La justice est attendue — non comme un geste symbolique, mais comme une réponse ferme, exemplaire et définitive.