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Culture

Exposition « Les Carthaginoises » de Olga Malakhova : La mémoire tunisienne réinventée au pinceau

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  • 18 février 17:45
  • 5 min de lecture
Exposition « Les Carthaginoises » de Olga Malakhova : La mémoire tunisienne réinventée au pinceau

Après « El hout aalik », l’artiste d’origine estonienne, Olga Malkahova, a enchaîné avec une nouvelle exposition « Les Carthaginoises ». Le vernissage s’est tenu le 10 février à l’espace Laplace Afrique, à La Marsa.

La Presse — Olga Malakhova poursuit  sa démarche artistique fortement ancrée dans le vaste répertoire du patrimoine tunisien, tout en exploitant les traditions techniques et esthétiques d’ici et d’ailleurs.

SEM l’ambassadeur de Belgique l’a souligné à son tour : « Ce qui m’a toujours fasciné dans son œuvre, c’est ce mélange d’un regard venu du Grand Nord, le nord d’Europe et le Nord d’Afrique », a-t-il déclaré.

C’est un regard qui mélange l’histoire et le patrimoine tunisien à la nostalgie du pays au bord de la Baltique.

Forte de plus de 20 ans d’immersion dans la culture tunisienne, l’artiste a sillonné le pays et capturé ses paysages et ses spécificités. Ces influences qu’elle s’est appropriées ont façonné son art en redéfinissant les contours de ses créations et lui ont ouvert de nouvelles perspectives esthétiques.

Son exposition « Les Carthaginoises » témoigne une fois de plus de ce croisement culturel.

Loin d’une reproduction folklorique naïve, ses tableaux ne copient pas la Tunisie, mais la réinterprètent à travers son propre filtre et son approche singulière.

Un style pictural reconnaissable

Cette exposition qui célèbre « Les Carthaginoises » avec fantaisie est portée par un langage visuel ludique et profondément enraciné. Il s’agit d’une orientation artistique mûrie au fil du long séjour de Olga Malakhova en Tunisie qui vise à transformer le patrimoine en terrain d’exploration poétique. La mémoire devient ainsi vivante, colorée et joyeusement réinterprétée.

À première vue, son univers séduit par sa palette éclatante. En plus de cette vivacité chromatique, on décèle la complexité des détails, dans les grands formats comme dans les petits tableaux. Les motifs rappellent les mosaïques, les faïences, les klims et les mergoums.

Les thèmes sont souvent en rapport avec la femme, majestueusement représentée dans ses multiples expressions mythiques, historiques et contemporaines, en évitant toute dramatisation excessive.

Ces silhouettes féminines inspirées du passé et du quotidien ne sont pas simplement décoratives, mais incarnent une continuité culturelle. Des constantes reviennent dans la plupart des œuvres comme la montagne de Boukornine que Olga voit quand elle enseigne et depuis son atelier. Un chat discret, devenu la signature malicieuse de l’artiste, donne une touche d’humour à ses tableaux.

Ce jeu qui consiste à le chercher est inspiré du fait qu’elle enseigne aux cadres de l’enfance. Or, ses peintures ne sont pas une simple juxtaposition d’éléments disparates. Olga structure l’espace, hiérarchise les éléments et crée une composition dynamique qui invite l’œil à circuler.

Par  ce rythme visuel se crée une alchimie où les couleurs gaies, les textures et les formes se fondent. Tout est réassemblé dans un univers presque théâtral, une scène où les éléments dialoguent librement.

Une esthétique de la joie maîtrisée

L’aspect joyeux et ludique ne diminue en rien la dimension intellectuelle de l’œuvre de Olga Malakhova, mais la rend plus accessible. L’artiste est, en effet, titulaire d’un doctorat de l’Université Paris 8.

Ses peintures ne sont pas, certes, purement décoratives, mais relèvent d’un travail de documentation sur la mémoire culturelle. Son regard n’est pourtant pas celui d’une étrangère distante.

Au-delà de leur attrait esthétique, ses tableaux transcendent la beauté superficielle pour devenir un puissant outil de communication et de réflexion. Là où certains artistes ont choisi la nostalgie, elle préfère la lumière, le jeu et la célébration.

Le patrimoine n’est pas considéré comme une trace immobile du passé, mais comme le support d’un imaginaire sans limites.

C’est un choix esthétique réfléchi qui conjugue savoir académique et élan créatif, transformant la tradition en une imagination foisonnante. Il fonctionne comme un langage émotionnel qui rend le patrimoine plus vivant, plus contemporain.

En révélant la splendeur insoupçonnée de notre pays qu’elle appelle désormais son second foyer, l’artiste nous invite à revoir la mémoire tunisienne avec un regard nouveau et aspire à sensibiliser le public à l’importance de préserver ce patrimoine.

On se rend compte dans ce sens que l’interculturalité  enrichit, transforme et revitalise. La pratique artistique  incarne ainsi un pont universel qui permet de connecter les individus au-delà des frontières géographiques et culturelles.

L’exposition se prolonge pour quelques mois encore. Elle est à découvrir à l’espace Laplace Afrique.

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Auteur

Amal BOU OUNI

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