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Société

Chiens errants: la protection animale à nouveau sous les feux des projecteurs

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  • 4 avril 16:06
  • 4 min de lecture
Chiens errants: la protection animale à nouveau sous les feux des projecteurs

La question de la protection animale et de la régulation de leur traitement revient au cœur du débat public en Tunisie, alors que les controverses s’intensifient autour des chiens errants et des risques sanitaires liés à la rage, ainsi que des multiples agressions envers les animaux à travers le pays.

Ce débat a été ravivé après qu’en février 2026, la présidence du Parlement ait promis à une délégation de l’Association Al Rahma pour la protection des animaux à Sousse d’accélérer l’examen d’un projet de loi sur la protection animale. Rédigé par des universitaires, juges et vétérinaires, ce projet de loi fait suite à des mois de pressions du secteur civil et d’experts de la santé et de la vétérinaire, dans un contexte de division sur la meilleure approche pour gérer les chiens errants.

Selon Houda Tahri, professeure de droit privé et criminologie à l’Institut supérieur de gestion de Sfax, cette initiative législative comprend 12 titres et 111 articles et vise à protéger tous les animaux, à encadrer les établissements qui les utilisent pour la recherche ou l’enseignement, tout en garantissant la sécurité des humains et de l’environnement selon le concept de « santé unique ». Le projet adopte une approche préventive et protectrice tout en instaurant des mesures répressives pour punir les mauvais traitements.

Parmi les mesures protectrices figurent l’obligation pour les détenteurs de garantir des conditions de vie naturelles, de permettre la reproduction et l’interaction avec l’environnement, ainsi que de fournir les soins et vaccins nécessaires. Le texte prévoit aussi le marquage électronique des animaux domestiques, la prévention et le traitement des maladies animales et la création de centres d’accueil pour animaux domestiques ou sauvages victimes de maltraitance.

La dimension répressive inclut des sanctions pénales et financières contre les mauvais traitements. La prolifération des chiens errants a révélé un manque de cadre légal, justifiant le projet de loi. Pour Mohammed Ali Ben Hamed, fondateur de l’Association pour la protection des animaux à Sfax, ces chiens représentent à la fois un risque pour la sécurité publique et un enjeu humanitaire. Il dénonce l’usage du tir par certaines municipalités, inefficace et choquant pour les citoyens. Il propose plutôt la stérilisation et la vaccination, permettant de contrôler la population canine de manière progressive et humaine, tout en limitant la rage et les comportements agressifs.

Des experts internationaux ont visité la Tunisie en 2023 pour proposer des solutions basées sur la stérilisation et la vaccination afin de réduire les chiens errants et la rage. Sfax a créé un centre de stérilisation et de vaccination à 50 000 dinars, mais il reste sous-exploité.

La rage demeure endémique chez les animaux, bien que le taux de positivité soit passé de 49,5 % en 2024 à 35,6 % en 2025. Les chiens errants infectés représentent 24 % des cas. Les infections humaines ont diminué de 10 cas en 2024 à 2 en 2025 grâce à la sensibilisation et au respect des mesures post-exposition.

Selon Mariem Handous, responsable du service rage à l’Institut Pasteur, il n’existe aucun traitement pour cette maladie mortelle touchant le système nerveux. La prévention, l’hygiène et la vaccination restent les seules solutions.

Pour Ahmed Rjeb, président de l’Ordre des vétérinaires, la santé animale, humaine et environnementale sont étroitement liées. Il souligne que 60 % des maladies bactériennes et parasitaires, telles que la rage ou la fièvre de Malte, sont transmises de l’animal à l’homme, et que 80 % des maladies classées « biologiquement terroristes », comme le coronavirus ou la tuberculose, sont d’origine animale.

Les causes principales de propagation incluent la pollution environnementale, les chiens errants, le manque de surveillance sanitaire, la contamination des abattoirs, l’usage excessif d’antibiotiques et les changements climatiques favorisant la prolifération des insectes vecteurs.

La sensibilisation, la vaccination et la gestion responsable des animaux restent essentielles pour protéger la santé publique et animale et améliorer l’image de la Tunisie comme pays respectueux de la vie et de l’environnement.

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Auteur

La Presse

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