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Culture

Central Tunis présente l’exposition «Rise» d’Oumayma Ben Hamza à Studio Fan : Tisser le vivant, habiter l’invisible

  • 14 avril 2026
  • 6 min de lecture
Central Tunis présente l’exposition «Rise» d’Oumayma Ben Hamza à Studio Fan : Tisser le vivant, habiter l’invisible

«Nous avons déjà collaboré avec Oumayma dans le cadre d’une grande exposition collective ‘‘The Event of a Thread’’ en collaboration avec le Goethe Institut. Ce nouveau travail a été creusé avec l’artiste à partir d’une approche artistique qu’elle a approfondie pour l’exposition», commente Soumaya Jebnouni et d’ajouter: «Pour l’occasion, j’ai eu l’idée de réaliser un catalogue ludique à colorier autour de ses œuvres, accompagné par des poésies écrites par Emna Ben Yedder, de quoi donner plus de résonance à son travail».

La Presse — Installé au cœur de la capitale, Central Tunis, fondé par Emna Ben Yedder et Soumaya Jebnouni, s’est donné pour vocation de redynamiser le centre-ville en soutenant la création artistique. A travers une programmation plurielle entre expositions, open studios, ateliers, visites guidées et autres événements, la structure œuvre à la réhabilitation et à la revalorisation de ce tissu urbain. Parmi ses initiatives les plus marquantes figure le projet «Tunis Centre-Ville x Patrimoini» (du 18 décembre 2020 au 18 février 2021), articulé autour d’une exposition éponyme, accompagnée d’un cycle de conférences, de parcours thématiques menés par des spécialistes de la culture et de l’urbanisme, ainsi que de projections, workshops et ateliers d’écriture.

Après une période de pause, et dans une démarche hors les murs, Central Tunis a entamé, depuis le 1er avril, un nouveau cycle artistique en collaboration avec Studio Fan, à travers une exposition personnelle de l’artiste tunisienne Oumayma Ben Hamza intitulée «Rise».

«Nous avons déjà collaboré avec Oumayma dans le cadre d’une grande exposition collective «The Event of a Thread» en collaboration avec le Goethe Institut.

Ce nouveau travail a été creusé avec l’artiste à partir d’une approche artistique qu’elle a approfondie pour l’exposition», commente Soumaya Jebnouni, et d’ajouter: «Pour l’occasion, j’ai eu l’idée de réaliser un catalogue ludique à colorier autour de ses œuvres, accompagné par des poésies écrites par Emna Ben Yedder, de quoi donner plus de résonance à son travail». Pensée comme une immersion sensorielle, «Rise» convie le visiteur à un parcours entre éveil et réenchantement.

A travers des figures hybrides, des formes organiques et des présences silencieuses, l’artiste déploie un univers poétique où l’espace devient un territoire vivant, traversé de forces discrètes. Racines souterraines, ombres diffuses, bulles en suspension et nuages en expansion composent une cartographie d’un monde en devenir. Les œuvres, réalisées en acrylique et broderie sur toile, débordent du cadre pour investir le textile et se prolonger en sculptures souples disséminées dans l’espace d’exposition. «Mon travail s’exprime à travers l’utilisation du fil de laine et de l’acrylique, des techniques que je combine et expérimente librement selon les exigences de chaque œuvre.

Le point, la ligne et la couleur sont des éléments essentiels qui ont dominé mon travail de manière inconsciente, constituant l’essence même de ma démarche artistique.», explique Oumayma Ben Hamza.

Cette pratique du fil s’inscrit dans une mémoire intime, transmise par sa mère et sa grand-mère. Installée à Monastir, l’artiste développe une œuvre à la croisée de la nature, du mythe et de l’intériorité.

Docteure en esthétique, formée à l’Université Panthéon-Sorbonne et diplômée de l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Sousse, elle explore les liens entre perception du visible et relation au vivant. Passionnée de dessin et de broderie dès l’enfance, elle confie avoir commencé à broder en secret dès l’âge de neuf ans, tout en dessinant de manière compulsive, une vocation qui l’a naturellement conduite vers les Beaux-Arts. Le projet «RISE» est né d’une expérience fortuite, celle de la découverte fortuite de taches de rouille sur un objet ancien. Fascinée par ces formes aléatoires, elle y a perçu un potentiel plastique qu’elle a choisi de prolonger par la broderie.

Durant la période de confinement liée à la pandémie de Covid-19, elle a recréé ces motifs sur tissu blanc, donnant naissance à des formes évoquant un bestiaire et un monde végétal en mutation. Progressivement, une figure humaine est apparue, une présence féminine sans traits définis, entravée mais comme animée d’un élan vital: «J’avais l’impression qu’il manquait quelque chose : un être humain.

Et cet être humain, je le voulais à mon image, une fille pleine de contradictions, sans traits distinctifs mais expressive, sans mains comme enchaînées, mais avec de longues jambes qui donnent l’impression de vouloir courir, résister, rêver, voyager et s’envoler».

Devenue centrale dans son travail, cette figure traverse l’ensemble des œuvres de «Rise», tantôt solitaire, tantôt démultipliée, évoluant parmi des entités indéfinissables.

A mesure que son univers se densifie, l’artiste développe une relation quasi onirique à ses créations: « Je me surprends à imaginer sans cesse de nouvelles scènes, entre veille et sommeil. Je les consigne dans mes carnets pour ne pas les perdre », confie-t-elle.

Chaque pièce se présente ainsi comme le fragment d’un monde parallèle, dont les récits ouverts invitent à une exploration intime et sensorielle. Refusant de se limiter à une seule technique, Oumayma Ben Hamza privilégie une approche libre des matières et des couleurs, nourrie par une esthétique de la simplicité formelle et de la pureté chromatique». Chaque œuvre raconte une histoire, comme un fragment extrait d’un monde parallèle, étrange, dont les scènes nous entraînent vers la vérité et nous font naviguer dans un imaginaire infini», note-t-elle.

L’exposition «Rise» est ouverte au public jusqu’au 18 avril 2026, offrant une plongée dans un univers singulier, à la fois introspectif et organique, et marquant une nouvelle étape dans la relance des activités de Central Tunis.

Auteur

Meysem MARROUKI

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