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Société

Hausse des prix : Et si on boycottait ?

  • 15 avril 2026
  • 8 min de lecture
Hausse des prix : Et si on boycottait ?

Des tomates à cinq ou six dinars le kilo ! C’est un record. Et si nous aimons bien les records, nous estimons qu’il faudrait les enregistrer au niveau de nos champions qui écument les arènes sportives et non pas en tant que bravades au bon sens. En fait, cela s’ajoute au prix exorbitant des viandes rouges ou à celui des bananes.

Pourquoi cette voracité dans le gain et cette course effrénée vers des profits  faciles naïvement concédés par des consommateurs qui n’ont rien compris au jeu de la spéculation et de ses conséquences ?

La Presse — Tout d’abord, il serait utile de rappeler que les tomates, tout comme d’autres fruits ou légumes, figuraient parmi les primeurs de la saison estivale. La culture sous serres ou la mise en valeur des terres du sud et de l’extrême sud a, bien entendu, bouleversé ces habitudes et il suffit que, pour des raisons indépendantes de la volonté des producteurs, les quantités soient réduites, c’est la panique. Et c’est aussi la chance qui s’offre à la spéculation pour imposer sa volonté.

Question de saisons

Dans ce cas et considérant que la tomate n’est pas un produit essentiel, il y a de la tomate pelée ou concassée en conserve d’excellente quantité si le besoin est impérieux, le consommateur se doit de réagir. En effet, d’après un connaisseur du milieu, dans une ou deux semaines au plus, la nouvelle récolte sera sur le marché. Et à la condition qu’elle ne soit pas court-circuitée en route pour maintenir la pression des prix actuels, tout reviendra à la normale.

Mais ce qui ressort de ces situations ne manque pas d’impressionner. Pourquoi le consommateur ne se prend-il pas en charge pour sanctionner ces abus contre lesquels les autorités en fin de compte ne peuvent agir sans sanctionner, retirer la vente, verbaliser. Des réactions dont on pourrait se passer et qui, dans des pays où le consommateur a son mot à dire, se traitent autrement. Tout simplement par un boycottage qui renverrait le produit vers son fournisseur.

Une arme redoutable

En effet, et cela a été prouvé, le boycottage est une arme redoutable. Au lendemain des crimes de guerre commis par l’entité sioniste et cela s’amorce depuis l’attaque contre l’Iran, on déploie cette arme. Tous les produits provenant de ces pays ou qui ont des relations commerciales et économiques avec ces agresseurs sont boycottés. Et cela a marché. Nous avons eu l’occasion de voir des grandes surfaces presque vides. Des marques de renommée mondiale  ont fini par être bradées au rabais parce que invendues. Cela continue d’ailleurs et en dépit des efforts de soutenir que « l’on soutient la Palestine » slogan  bien en vue à l’entrée, les affaires ne tournent pas aussi bien qu’avant. Cela revient à dire que le boycottage marche toujours.

Il faudrait savoir comment l’instaurer. Lorsque l’affaire est essentiellement politique c’est relativement facile. Tout le monde en parle, les images des atrocités commises, les commentaires, les documentaires et les films, les médias en général et les réseaux sociaux font généreusement le travail.

Mais…. Comment pousser un consommateur au boycottage, s’il n’est pas sensibilisé et que porté par son envie de préparer une salade « méchouia » pour sa famille ou pour ses invités, est tenace ?

C’est une question d’éducation. Un Anglais, un Suisse, un fiinlandais par exemple, le ferait sans aucune hésitation. Parce qu’il est éduqué d’une manière telle, qu’il se doit de réagir contre les abus, l’injustice, la malhonnêteté, le vol, la spéculation. D’ailleurs, il n’y a qu’à voir les réactions des pays qui ont enfin découvert le vrai visage de l’entité sioniste et de ses supports pour en  être convaincu. Les manifestations sont quotidiennes et on a enfin compris, que l’on ne doit plus payer pour qu’on aille tuer des enfants et dévaster des pays entiers ; au nom  de slogans aussi creux qu’injustifiables, par  solidarité avec les opprimés et le rejet de l’injustice. 

Eduquer et convaincre

Le boycottage étant une forme de pression pour empêcher toute déviation morale est légitime. Il a été de tout temps un moyen de lutte qui a changé bien des politiques, qui a ramené sur le droit chemin bien des égarés. Le seul problème réside au niveau de cette mobilisation collective, que seule une sensibilisation motivée par des conditions anormales déclenche.

Cela commence par la famille, où on explique aux enfants que l’on n’achète pas un produit dont on pourrait se passer à n’importe quel prix et qu’on pourrait soit le remplacer par un autre ou tout simplement attendre qu’il revienne à la normale. En effet, ce rôle que joue la famille est primordial.

Et qu’on ne vienne  pas évoquer le travail des parents et son  « impact négatif » sur l’éducation. Les familles de nos jours ont besoin de beaucoup plus de moyens pour favoriser la réussite scolaire, qui ne saurait être atteinte que  grâce à une meilleure stabilité financière.

Les enfants dont les parents travaillent peuvent avoir de meilleurs résultats scolaires et moins de problèmes de comportement, contrairement aux idées reçues. C’est une question d’organisation, de comportement et de discipline. On commence par expliquer comment dépenser son argent de poche en achetant que ce qui est utile et non en imitant le voisin ou le camarade de classe.

Des moyens qui font défaut

A l’école, où l’enseignant décide de ne demander à ses élèves que des cahiers normaux, subventionnés par l’Etat et non ceux dont le prix est double ou triple, parce que le papier est importé : « Pour protéger nos industries, garder nos devises pour un usage plus productif pour le pays et pour économiser l’argent de la famille ». Un boycott justifié, dont les répercussions touchent bien des secteurs économiques sensibles.

Au niveau des grands ensembles comme l’armée, cette grande école qui forme, instruit, éduque et rattrape bien des écarts que la société déforme pour une raison ou une autre, en  inculquant  des valeurs morales comme le respect des institutions, le civisme et le patriotisme.

Les organismes de défense du consommateur qui doivent avoir les moyens, financiers surtout, de leur politique pour se rapprocher de ces consommateurs le plus possible. Combien avons-nous vu de spots ou d’interventions de ces organismes aussi bien à la TV que sur les ondes ?

Par contre, les publicités pour les laitages surtout, dont les prix augmentent de manière éhontée sont bien présentes.

A l’étranger, ces organisations ne dépendent de personne. Elles possèdent leurs laboratoires d’analyses, leurs journaux, leurs sites mis à jour (à la seconde près), en cas de changement de prix, sont présents partout et à longueur de journée demeurent en contacts avec les consommateurs, qui répondent au quart de tour à des ordres de boycottage ou de non-consommation d’un produit douteux.

Nous sommes loin des simples, honnêtes et insuffisants communiqués injectés sur les réseaux sociaux.

Les médias qui mobilisent toutes les familles tout âge confondu. Il n’y a qu’à voir les messages et exaltations que l’on associe aux scénarios des feuilletons en vogue, provenant de Turquie : tout est publicité pour vanter la grandeur, la qualité, l’éthique, l’appartenance, etc.  

Réfléchir, décider, appliquer

Bien sûr, on pourra en savoir plus sur cette éducation, qui pousse à la réflexion et qui mobilise pour une action collective, en vue de refuser ce qui se traduit par une exploitation éhontée de conditions bien spéciales, occasionnelles, que la spéculation exploite, aidée il est vrai par une naïveté déroutante du consommateur.

Et c’est la raison pour laquelle nous avions soutenu dans ces mêmes colonnes, que les moyens d’intervention des contrôles doivent changer et s’adapter. Parce que les temps ont changé et que les moyens (communications, mobilité, rapidité de réaction, etc.) de la spéculation ont pris de l’avance sur une formule à bout de souffle. En dépit de tous les efforts déployés et auxquels il faudrait en toute moralité rendre hommage.

Il ne reste plus qu’à plancher sur le sujet, réfléchir à une stratégie réaliste, convenir des moyens financiers à mobiliser, décider et appliquer rigoureusement les décisions prises.

Auteur

Kamel GHATTAS

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