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Culture

« La nuit latente »  par Souad Mani et Patricia Triki K. : Quand la nuit devient territoire de création

  • 15 avril 2026
  • 4 min de lecture
« La nuit latente »  par Souad Mani et Patricia Triki K. : Quand la nuit devient territoire de création

La journée s’est prolongée par des retours d’expériences, notamment avec « Enoya » porté par Nebras Charfi, Broudou Magazine présenté par Aziza Gorgi, ainsi qu’une intervention consacrée à l’impression en risographie menée par Sarra Bouzgarou et Tycho Horan, venant enrichir cette traversée collective des pratiques de l’image.

La Presse — Installé dans un ancien grenier réhabilité au sein de l’Institut supérieur agronomique de Chott-Meriem, «eSseda.lab» a accueilli, le 10 avril, un fort et intéressant événement intitulé «La nuit latente», imaginé et organisé par les deux artises visuelles Souad Mani et Patricia Triki K.

Notons que eSseda.lab est un espace initié par l’association Delta, pensé comme un lieu de croisement entre arts visuels, sciences humaines, numérique et études environnementales, autour des notions de frontières, de paysages et de mémoire. En réunissant artistes, chercheurs, étudiants et acteurs engagés, le projet ambitionne de créer un espace transdisciplinaire dédié à la création, à la recherche et à l’échange, à travers une programmation diversifiée mêlant projections, débats, résidences, expositions et ateliers participatifs.

L’événement qui a proposé une immersion sensible dans les pratiques contemporaines de l’image (de la photographie à la vidéo, en passant par la micro-édition) s’est déployé à travers une programmation dense:

La matinée s’est ouverte par une série de talks réunissant Bechir Khemir, Walid Ben Ghezala et Souad Mani, offrant au public un espace d’échange autour de leurs pratiques et de leurs manières d’habiter la nuit.

Le titre,  «La nuit latente», invoque la notion de latence, entendue comme ce qui demeure en suspens, dissimulé, prêt à émerger. Hérité du latin latentia (« ce qui est caché »), le terme trouve un écho particulier dans le champ de la photographie argentique, où l’image, déjà inscrite sur la pellicule après exposition à la lumière, reste invisible tant qu’elle n’a pas été révélée. Cette idée d’un visible en devenir irrigue l’ensemble du projet.

La nuit, dans cette perspective, ne se réduit pas à l’obscurité. Elle devient un espace dense, traversé de récits silencieux, de présences furtives et de formes en attente. Sous la clarté diffuse des astres, elle se donne comme une matière vibrante, un territoire où se mêlent désirs, absences et surgissements. Le geste des artistes consiste précisément à capter ces apparitions fugitives et à leur donner forme.

À travers leurs démarches respectives, les trois artistes proposent des approches singulières de la nuit, tour à tour refuge, dérive ou zone de tension. Bechir Khemir revendique une pratique « sauvage » de la photographie, instinctive et affranchie des cadres techniques.

Souad Mani, artiste et universitaire, explore la marge comme un espace de création et de pensée, faisant de ses déambulations nocturnes un outil à la fois plastique et réflexif. Walid Ben Ghezala, quant à lui, inscrit son regard entre les rives de la Méditerranée, captant dans ses images la liberté des corps, l’intimité des présences et les zones d’ombre liées à l’exil.

Habiter la nuit devient dès lors un geste qui dépasse la seule esthétique, une posture, une prise de position… À contre-courant des « grandes lumières», celles du spectacle et du pouvoir, la nuit s’affirme comme un espace de retrait, de résistance et d’autonomie.

L’après-midi a donné lieu à une exposition rassemblant une constellation d’artistes et d’éditeurs : Allal Anas, Aya Chriki, Belhassen Handous, Carol Priego, Chemins de création (La Boîte), Cyrine Mami, David Ameye, Enrico Floriddia, Fakhri El Ghezal, Fredj Moussa, Georgia Ponirakou, Maya Louhichi, Mouna Karray, Sahar Echi, Samy Gassara, Sens.magasine, Séverine Sajous, Soleil Noir, Souheila Ghorbel, Wafa Soltan, aux côtés des artistes invités Souad Mani, Bechir Khemir et Walid Ben Ghezala.

Enfin, la journée s’est prolongée par des retours d’expériences, notamment avec «Enoya» porté par Nebras Charfi, Broudou Magazine présenté par Aziza Gorgi, ainsi qu’une intervention consacrée à l’impression en risographie menée par Sarra Bouzgarou et Tycho Horan, venant enrichir cette traversée collective des pratiques de l’image.

Auteur

Meysem MARROUKI

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