Quand la solidarité se heurte aux murs
Derrière l’écran de l’agression américano-sioniste contre l’Iran, dans le flux des actualités, on voit aussi les bombardements au Liban. Mais il existe des événements «mineurs», «silencieux» qui ne semblent pas mériter une place dans l’actualité : on ne les voit ni à l’ouverture des journaux télévisés ni même dans les reportages de guerre. Parmi ces faits de société qui indignent les organisations humanitaires figurent les atteintes constantes aux femmes palestiniennes prisonnières que le pouvoir sioniste empêche même de recevoir des soutiens par courrier.
Ecrites, timbrées, envoyées avec soin, plus de mille cartes postales portant des mots de solidarité, de foi et de dignité à destination des Palestiniennes détenues à la prison de l’Etat sioniste de Damon ont traversé les continents avec une promesse simple : rompre l’isolement. Mais les mots choisis n’arriveront jamais ; bloquées par l’administration pénitentiaire, ces cartes disent désormais autre chose : l’ampleur d’un silence organisé.
Ce geste collectif, initié par des organisations religieuses et soutenu par le réseau Friends of Sabeel– North America, s’inscrivait dans le temps des fêtes religieuses. Il visait à attirer l’attention sur des conditions de détention que plusieurs rapports récents qualifient d’alarmantes. Ceux notamment de la rapporteuse spéciale de l’ONU Francesca Albanese décrivent un système où les mauvais traitements — physiques et psychologiques — ne relèvent plus de l’exception, mais d’une pratique installée.
L’isolement imposé aux détenues dépasse la seule privation de liberté ; il devient une coupure méthodique du monde. Les visites familiales sont suspendues, y compris celles du Comité international de la Croix-Rouge, l’accès aux livres, aux médias et même aux échanges épistolaires est supprimé ; même la pratique religieuse est entravée.
Les témoignages évoquent des privations extrêmes: absence de soins médicaux, malnutrition, manque de produits d’hygiène ; mais au-delà des conditions de détention, c’est un système plus large qui est mis en cause. Les Palestiniens relèvent de juridictions militaires, tandis que les colons sionistes sont jugés par des tribunaux civils. La détention administrative permet d’incarcérer sans inculpation ni procès, pour des périodes indéfiniment renouvelables ; c’est dire si le déséquilibre est structurel, et ses conséquences, durables.
Depuis octobre 2023, des dizaines de détenus palestiniens seraient morts dans des circonstances dénoncées par des organisations de défense des droits humains. Ces faits avérés interrogent non seulement les pratiques, mais aussi l’impunité qui semble les entourer. Reste une question, simple et inconfortable : que vaut une indignation qui ne trouve pas de relais ? Entre les mots envoyés et ceux empêchés, se joue aujourd’hui une bataille plus large : la visibilité, de la mémoire et, en fin de compte, de la justice.



