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Editorial

Sauver la psyché tunisienne

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  • 17 avril 2026
  • 3 min de lecture
Sauver la psyché tunisienne

Face au fléau de l’addiction aux stupéfiants qui déchire le tissu social et mutile les destins, l’ouverture des «Cliniques de l’Espoir» à Ben Arous, à Hammam-Lif et à Fouchana sonne comme un acte de résistance clinique et morale. En érigeant ces bastions du sevrage, la Direction régionale de la santé ne se contente pas de dispenser des soins; elle ouvre des brèches de lumière dans la nuit des dépendances.

Il y a, dans cette initiative, une volonté de rompre avec la fatalité du stigmate. Proposer la confidentialité la plus totale, c’est reconnaître que la guérison commence par la restauration de la dignité. L’addiction est un labyrinthe dont on ne sort jamais seul; elle nécessite une syntaxe thérapeutique où le suivi médical s’entrelace à l’étayage psychologique. Ces consultations ne sont pas de simples actes administratifs, mais des rendez-vous avec soi-même, des haltes nécessaires pour réapprendre à habiter son propre corps sans le secours des artifices chimiques.

La rénovation du centre de Djebel El Oust et la réouverture imminente du pôle de Sfax témoignent d’une montée en puissance de la Stratégie nationale. L’État semble enfin prendre la mesure de cette «pathologie de la liberté». Combattre l’addiction, c’est refuser l’atrophie du futur. Chaque patient qui franchit le seuil de ces cliniques est un citoyen que l’on tente de soustraire à l’inertie pour le rendre à la vie active. Car la dépendance n’est jamais qu’un vol d’identité: elle subtilise la mémoire, dévore le temps et fragilise la stabilité sociale.

Ainsi, l’enjeu dépasse les murs des hôpitaux. Il s’agit de transformer le regard de la cité sur ses «naufragés». En multipliant ces «Cliniques de l’Espoir», la Tunisie affirme que la chute n’est pas une destination définitive. La lutte est âpre, mais l’espoir, lui, est désormais institutionnalisé. L’urgence n’est plus seulement sanitaire, elle est civilisationnelle : il s’agit de sauver la psyché tunisienne d’un naufrage silencieux.

En multipliant ces centres  de sevrage, l’État ne fait pas que soigner des individus; il colmate les brèches d’une santé mentale nationale devenue le rempart ultime contre le déclin. Car au jeu des dépendances, ce n’est pas seulement la volonté qui s’étiole, c’est la substance vive du pays qui s’évapore.

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Auteur

Salem Trabelsi

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