L’ouverture s’est déroulée en présence du documentariste algérien Malek Ben Smaïl et d’une projection exceptionnelle de son film « La bataille d’Alger ». Invité d’honneur de cette 3e édition de Festival international Jean Rouch, organisé par l’Irmc, à Tunis, le réalisateur a assuré une Masterclass autour de son œuvre pour un public jeune.
La Presse — La 3e édition tunisienne — Hors les murs — du Festival international Jean Rouch, organisée par l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (Irmc), a entamé son programme à Tunis avec deux journées marquées par une affluence distinguée, des échanges édifiants et une programmation exigeante autour du cinéma documentaire. Installé à la salle de cinéma Africa du 15 au 19 avril 2026, l’événement confirme son ancrage identitaire.
Le festival privilégie le débat et les documentaires qui racontent les peuples, les oppressions, les révoltes, le politique, les rapports nord–sud. Les grandes préoccupations des peuples du sud défilent sur grand écran et délient les langues.
« La Bataille d’Alger », moment inaugural fort, a permis d’aborder la mémoire, l’histoire et les représentations politiques à travers le regard de son cinéaste présent.
La rencontre avec le public a donné le ton à un festival fondé sur le dialogue entre création cinématographique et réflexions. À travers ce film, le réalisateur propose une lecture politique d’un moment crucial de l’histoire algérienne, tout en questionnant la manière dont les sociétés transmettent la mémoire collective et sa réception par la France et les Français à l’époque.
Ponctuée d’archives historiques et de prises de paroles rares, l’œuvre de Malek Ben Smaïl s’inscrit dans une démarche documentaire exigeante et s’empare de nombreux terrains géographiques, en partant de l’Algérie, jusqu’en France et aux USA. Le film revient sur cette « Bataille d’Alger », épisode majeur de la guerre d’indépendance algérienne, en mettant en lumière les tensions, les blessures et les héritages pesants. L’événement résonne encore auprès des générations qui ont suivi, jusqu’à nos jours.
Le réalisateur privilégie l’analyse avec une touche émotive, évocatrice d’appartenance à la patrie, de transmission générationnelle, de rapports à l’héritage colonial et de faits historiques.
Le spectateur est ainsi invité à réfléchir aux liens entre violence coloniale, résistance et construction nationale, en se basant sur des intervenants crédibles.
La deuxième journée s’est poursuivie avec une masterclass, toujours sous la houlette de Malek Ben Smaïl et de l’académicienne Kmar Bendana, offrant aux participants un temps d’échange autour de son parcours, de ses méthodes de travail et des enjeux du documentaire contemporain dans l’espace maghrébin et international.
Côté projections, la 2e journée du festival a mis à l’honneur deux courts métrages remarquables : « Life is Salty » et « La Femme qui marche » de Francesco Clerici et Khaoula Matri. Deux œuvres singulières qui interrogent, chacune à sa manière, les territoires, les trajectoires humaines et différentes formes narratives.
En soirée, la séance de 18h30 s’est achevée avec la projection de « Where Can I Get Lost ? » de Mattijs Van de Port, film venu prolonger cette exploration sensible des identités, des déplacements et des regards portés sur le monde contemporain. Politique et poétique par excellence, le film jouit d’un aspect esthétique remarquable, et questionne l’appartenance, les origines, les relations humaines, malgré les différences et les séparations géographiques et ethniques.
Hymne à l’humain !
À travers cette ouverture réussie, « le Festival Jean Rouch Hors les murs » confirme la place grandissante du documentaire d’auteur en Tunisie. Entre projections, débats et transmission, l’Irmc propose un espace rare de rencontres entre cinéastes, chercheurs et grand public, dans l’esprit d’ouverture cher à Jean Rouch, et qui a donné naissance à une manifestation de qualité, autour du cinéma ethnographique. La manifestation s’achève le 19 avril, avec la projection de « On the Hill » de Belhassen Handous et de « Tomates Maudites » de Marwa Tiba.




