Après des années de sécheresse, la Tunisie semble enfin voir le bout du tunnel. Au printemps 2026, les indicateurs virent au vert. Aux précipitations généreuses de l’hiver s’ajoutent des volumes sans précédent. Le taux de remplissage des barrages frôle le seuil historique de 100%, assurant la sécurité hydrique du pays. Cette embellie offre un répit précieux après des années de stress hydrique sévère.
La Presse — Après sept années marquées par un stress hydrique aigu, la Tunisie est officiellement sortie de la sécheresse, grâce à des précipitations abondantes et à des chutes de neige exceptionnelles qui ont permis de reconstituer les ressources en eau du pays. Sur le plan conjoncturel, les récentes précipitations ont permis d’améliorer le taux de remplissage des barrages, un taux qu’on n’a pas connu depuis plus de six ans. Ce niveau offre une visibilité de plusieurs années pour l’alimentation en eau potable, tout en contribuant à la recharge des nappes phréatiques.
Un enjeu majeur du développement durable
Une avancée considérable vers la concrétisation d’une sécurité hydrique globale et durable est observée grâce à une série de projets stratégiques lancés par l’exécutif. L’objectif étant de mobiliser les ressources hydriques et les préserver pour les générations futures. La sécurité hydrique est un enjeu majeur du développement durable.
La Tunisie a réussi, depuis les années 70, à mettre en œuvre une stratégie de mobilisation et de gestion de l’eau, qui a permis l’aménagement de plus de 400.000 périmètres publics irrigués, la quasi-généralisation de la desserte en eau potable de la population. Mais, avec la succession d’années de sècheresse, le manque d’entretien des ouvrages hydrauliques et le retard pris en matière d’optimisation de la gestion de l’eau, le stress hydrique s’est développé durant ces dernières années ainsi que le sentiment d’insécurité.
C’est ce qui ressort de l’étude sur l’eau en Tunisie à l’horizon 2050 élaborée par l’Institut tunisien des études stratégiques, focalisée sur l’objectif primordial de la sécurité hydrique : atténuer ou circonscrire les impacts négatifs de la sécheresse, des crues, de la variabilité du régime hydrologique, de l’érosion, de la pollution, de l’obsolescence des installations et ouvrages, du changement climatique et des dysfonctionnements conjoncturels des systèmes.
Appui international
Pour renforcer la sécurité hydrique et la résilience, la Banque mondiale a approuvé récemment deux projets visant à améliorer les prestations de services d’approvisionnement en eau potable pour la population tunisienne, à moderniser l’agriculture irriguée et à soutenir l’emploi et les moyens de subsistance dans les zones rurales.
Ces deux nouveaux projets, financés à hauteur de 332,5 millions de dollars, constituent la première phase du Programme pour la résilience et la sécurité de l’eau, qui s’attaque aux défis liés à l’eau en milieu rural et urbain. Le programme devrait créer plus de 4.000 emplois permanents et plus de 13.000 emplois temporaires, tout en aidant le pays à s’adapter à la raréfaction des ressources en eau et aux pressions climatiques.
En effet, le Groupe de la Banque mondiale, dont la Société financière internationale (SFI) et l’Agence multilatérale de garantie des investissements (Miga), a mobilisé tous ses instruments et son expertise internationale pour assurer une sécurité hydrique globale et durable en Tunisie.
Le Projet pour la résilience, la sécurité et la valorisation de l’eau d’irrigation (124 millions de dollars) vise à améliorer les services d’eau d’irrigation, à renforcer les performances des opérateurs et à augmenter les rendements agricoles dans les périmètres irrigués publics ciblés. Il s’attachera à réhabiliter des infrastructures d’irrigation essentielles dans les gouvernorats de Jendouba, Béja, Bizerte et Siliana, à renforcer les capacités de gestion des commissariats régionaux au développement agricole et des groupements locaux d’usagers de l’eau, et à aider les agriculteurs à adopter des technologies climato-intelligentes et à accéder à des marchés à haute valeur ajoutée.
Le projet devrait bénéficier directement à près de 4.000 agriculteurs grâce à l’amélioration des services d’irrigation, ainsi qu’à 9.000 agriculteurs supplémentaires grâce aux activités de vulgarisation agricole et d’appui à la valorisation des produits, tout en générant l’équivalent de 3.400 emplois permanents et de 7.000 emplois temporaires dans le secteur de la construction.
Le Projet pour la résilience et la sécurité de l’eau potable (208,5 millions de dollars) vise, quant à lui, à améliorer la qualité et la résilience des services d’eau potable et à renforcer les performances opérationnelles de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede).
Il permettra d’étendre la capacité de l’usine de dessalement d’eau de mer de Zarat, à Gabès, de 50.000 à 100.000 mètres cubes par jour afin d’assurer un approvisionnement plus sûr et plus fiable aux populations de Gabès, Médenine et Tataouine, de déployer 100.000 compteurs intelligents et de réhabiliter les réseaux de distribution pour réduire les pertes en eau à Sfax, Tozeur et Kébili.
Le projet devrait bénéficier à 2,3 millions de personnes grâce à des services d’eau potable plus fiables et durables, dont 224.000 personnes qui disposeront désormais d’une alimentation en eau continue et 440.000 qui verront la qualité de leur eau améliorée, tout en créant environ 600 emplois permanents et 6.000 emplois temporaires.
Une enveloppe de financement totale de 700 millions de dollars sur dix ans a été allouée à ce programme. La première phase, approuvée aujourd’hui, répond à des priorités urgentes en matière d’eau potable et d’agriculture irriguée, tandis que la prochaine sera axée sur l’assainissement.
Objectifs : « Eau 2050 »
Le nouveau modèle économique de la Tunisie ne peut se concrétiser sans la réalisation des objectifs de la stratégie « Eau 2050 ». Cette dernière vise à maintenir la Tunisie en permanence au-dessus de la cote du stress hydrique à savoir 500 m3/an/hab, et assurer un équilibre dans la répartition des ressources nationales en eau entre régions.
Cette situation sera atteinte par l’amélioration du taux de mobilisation des eaux de crues et de recharge des nappes, l’augmentation de la capacité de stockage des barrages et le dessalement.
La protection des nappes phréatiques contre l’intrusion marine et le changement climatique est également au cœur de cette opération. Cette stratégie est la clé de voûte pour la viabilité des activités économiques.


