Des scénarios «prudents et ciblés»
Les réunions annuelles de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international devraient non seulement confirmer ce que nous redoutions déjà mais enfoncer encore plus le clou : depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, les perspectives de l’économie mondiale ne sont plus les mêmes. Toutes les projections, optimistes surtout, ont été revues à la baisse. Même pour les «scénarios les plus optimistes».
Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, n’en pense pas moins : «La guerre au M-.O. constitue un choc majeur durable pour l’économie mondiale. Elle engendre une incertitude accrue, secoue l’approvisionnement énergétique, menace la stabilité et la croissance et exacerbe, notamment, la pauvreté et la sécurité alimentaire mondiale». On parle ainsi d’environ 45 millions de personnes qui risquent de basculer dans l’insécurité alimentaire. Une perspective qui donne des frissons et qui impose à tous les pays «d’être prudents et d’éviter d’augmenter les dépenses, surtout que l’endettement mondial est, déjà, trop élevé».
Et les répercussions, affirme encore la directrice générale du FMI, pèsent beaucoup plus sur les économies fortement importatrices d’énergie, à l’instar de notre pays qui risque de voir son déficit budgétaire s’aggraver pour se situer, selon la responsable de l’institution de Bretton Woods, aux alentours de 7,6% en 2026 contre seulement 5,2% en 2025.
Il n’est certainement pas question de s’affoler, mais plutôt de se «méfier», et de bien «se préparer à des temps bien difficiles». Car, comme le soutient, de son côté, le chef économiste du FMI, Pierre-Olivier Gourinchas, «les pays importateurs de matières énergétiques et les nations les moins développées vont souffrir».
Comprendre que la situation est, désormais, très sensible et nécessite, de toute évidence, de la patience, de «l’observation» et de la planification, car toute imprudence serait lourde de conséquences.
Notre pays doit privilégier, de ce fait, et comme l’estime la DG du FMI, des «actions ciblées, restreintes et temporaires».
Mais l’essentiel serait de se maintenir à une discipline budgétaire rigoureuse, surtout que la situation, même si elle n’est pas dramatique, ne sera pas de tout repos. N’oublions pas que nos finances publiques risquent de se retrouver dans un état d’assèchement, notamment en l’absence de soutien international solide. Et nos ressources propres, dont on ne cesse de vanter le mérite, ne peuvent supporter, à elles seules, les exigences de cette conjoncture difficile.
Notre économie a besoin, de toute évidence, de nouvelles pistes et de nouvelles injections. Et c’est bien là que l’intervention des deux institutions de Bretton Woods pourrait être déterminante. D’ailleurs, la directrice générale du FMI affirme qu’à l’occasion «de nos réunions de printemps, nous nous concentrerons sur la façon de surmonter ce nouveau choc et de le rendre moins douloureux aussi bien pour les économies que pour les populations».



