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Enquête démographique de l’INS – mariage en recul, natalité en baisse… La famille change de visage

  • 23 avril 2026
  • 4 min de lecture
Enquête démographique de l’INS – mariage en recul, natalité en baisse…  La famille change de visage

Longtemps perçue comme un pilier immuable de la société tunisienne, l’institution du mariage traverse aujourd’hui une transformation profonde. Les chiffres récents publiés par l’Institut national de la statistique (INS) dans son rapport en date du 16 avril 2026 intitulé «Annuaire statistique de la Tunisie 2019-2023» confirment une tendance qui ne relève plus de l’exception : les Tunisiens se marient moins, tardivement, et font moins d’enfants. Entre 2019 et 2023, le nombre de mariages a reculé de 12,2 %, passant de plus de 83. 105 à 72.953 unions. Une baisse amorcée avant la pandémie de Covid-19, accentuée en 2020, puis légèrement atténuée sans jamais retrouver les niveaux d’avant-crise.

La Presse —Derrière ces chiffres, il y a des trajectoires de vie qui évoluent. «Aujourd’hui, beaucoup de jeunes privilégient la stabilité professionnelle avant de s’engager», explique un sociologue sur les réseaux sociaux. Dans un contexte économique difficile, marqué par le chômage, la précarité et la hausse du coût de la vie, le mariage n’apparaît plus comme une priorité immédiate. À Tunis, Sfax ou Sousse, louer un appartement, organiser une cérémonie et assumer les dépenses liées à la vie conjugale représentent un défi que beaucoup préfèrent repousser. Certains choisissent même de ne pas franchir le pas.

Divorces en hausse, naissances en chute

En parallèle, les ruptures conjugales sont plus fréquentes. Entre 2021 et 2023, le nombre de divorces a augmenté de plus de 27% passant de 12.598 cas lors de l’année judicaire 2020-2021 à 16.012 cas prononcés par les Tribunaux de 1ère instance lors de l’année judicaire 2022-2023, signe d’une mutation des rapports au couple et à l’engagement. Si le phénomène reste légèrement inférieur aux niveaux de 2019, il témoigne néanmoins d’une société où la séparation est moins stigmatisée qu’auparavant.

Autre indicateur marquant : la natalité. En quelques années, le nombre de naissances a chuté d’environ 31%. Il est passé de 195.800 en 2019 à 135.100 naissances en 2023. Un recul spectaculaire qui s’explique par plusieurs facteurs : recul de l’âge du mariage, coût de l’éducation, mais aussi évolution des aspirations individuelles. De plus en plus de couples choisissent de limiter le nombre d’enfants, voire de retarder leur projet parental.

Vers une nouvelle organisation familiale

Ces transformations ne sont pas propres à la Tunisie. Dans des pays voisins comme le Maroc, la tendance est similaire, avec une progression notable des familles dites «nucléaires». En Tunisie aussi, ce modèle s’impose progressivement. La famille nucléaire — composée des parents et de leurs enfants vivant sous le même toit — devient la norme, au détriment de la famille élargie traditionnelle, où plusieurs générations cohabitaient. Ce changement s’observe particulièrement dans les zones urbaines, où la mobilité professionnelle et les contraintes économiques favorisent des structures plus réduites.

Mais cette évolution ne se limite pas à une simple question de taille. Elle reflète un changement plus profond dans les valeurs et les modes de vie. L’indépendance individuelle, notamment des femmes, joue un rôle clé.

De plus en plus présentes sur le marché du travail, elles redéfinissent leur place au sein du foyer et repoussent parfois le mariage ou la maternité.

Parallèlement, d’autres formes familiales gagnent en visibilité. Les familles monoparentales, souvent dirigées par des femmes, sont en hausse, tout comme les familles recomposées. Ces configurations, autrefois marginales, s’inscrivent désormais dans le paysage social tunisien.

Si cette diversification traduit une certaine modernité, elle soulève aussi des défis. L’accompagnement social, la protection des enfants et l’équilibre entre vie professionnelle et familiale deviennent des enjeux majeurs pour les pouvoirs publics.

Entre contraintes et choix de vie

Faut-il y voir une crise du mariage ? Pas nécessairement. Pour de nombreux observateurs, il s’agit plutôt d’une adaptation aux réalités contemporaines. Le mariage ne disparaît pas, mais il se transforme. Il devient un choix plus réfléchi, moins dicté par la pression sociale. Dans ce contexte, l’attrait pour les familles nucléaires s’explique aussi par une quête de simplicité et de stabilité. Moins nombreuses, plus autonomes, elles correspondent davantage aux contraintes économiques actuelles et aux aspirations des nouvelles générations.

Reste à savoir comment la société tunisienne accompagnera cette transition. Car au-delà des chiffres, c’est tout un modèle social qui est en train de se redéfinir.

Auteur

Mohamed Salem Kechiche

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