Tuberculose zoonotique : Brisons la chaîne de contamination !
La détection, il y a trois jours, de six cas de tuberculose zoonotique à Sousse a retenti, chez certains, comme une véritable menace de santé publique anticipant sur une éventuelle épidémie ! Mais en réalité, de tels repérages sont monnaie courante dans les abattoirs contrôlés. C’est que certains symptômes de la tuberculose animale peuvent être invisibles sur les animaux vivants.
Et ce n’est qu’après l’abattage du bovin que la maladie est détectée. Aussi le mot d’ordre qui doit régner en maître à tous les maillons de la chaîne depuis l’élevage jusqu’à la consommation n’est-il autre que la prévention !
La Presse — Il faut savoir, avant tout, que la tuberculose zoonotique n’est point restreinte à la faune. La contamination de l’homme par la bactérie tuberculeuse se fait via trois canaux, à savoir la consommation de produits bovins infectés, le contact avec les animaux tuberculeux mais aussi, via l’inhalation de la bactérie circulant dans l’air. Néanmoins, le plus prépondérant de tous ces canaux de contamination s’avère être la consommation. On parle, bien évidemment, de laits et des produits dérivés non contrôlés et non pasteurisés que proposent certains crémiers et certains éleveurs. Outre les produits laitiers, la viande bovine, provenant d’animaux infectés et abattus hors du circuit légal, favorise la contamination de l’humain surtout à défaut d’une cuisson optimale.
Appel à la conscience de l’éleveur !
Dans le premier comme dans le deuxième cas, la responsabilité de l’éleveur quant à la mise en vente de deux produits contaminés que sont le lait et la viande est indiscutable. Elle l’est, non pas en raison de la connaissance de l’éleveur de l’infection du bétail puisque ce dernier pourrait ne trahir aucun problème de santé visible, mais plutôt suite à son contournement des circuits contrôlés. Pourtant, il sait parfaitement que l’Organisation mondiale de la santé animale (Omsa) exige l’abattage du bétail dans les abattoirs contrôlés. C’est que seuls ces derniers recourent, immanquablement, au protocole de dépistage de la maladie via le test de tuberculination. L’Omsa met en garde, aussi, contre les bétails de contrebande dont la traçabilité fait défaut.
Boycotter les produits douteux
La prévention rime aussi avec achat réfléchi et choix de produits alimentaires certifiés comme sains. Le consommateur joue un rôle crucial dans l’interruption de la chaîne de contamination par la tuberculose zoonotique. Il est le seul à pouvoir boycotter tout produit suspect et non contrôlé. Le lait non pasteurisé, les produits laitiers fabriqués clandestinement et les viandes proposées par des bouchers qui abattent, eux-mêmes, les bovins constituent autant de moyens propices à la prolifération de la bactérie, et par conséquent, à l’épidémie. Il faut savoir, en outre, que même jetés dans la nature, les carcasses infectées, contribuent à la contamination de l’humain puisqu’elles seront consommées par d’autres animaux, qui sont en contact avec l’homme.
Mis à part la prévention soutenue aussi bien par les éleveurs consciencieux et les consommateurs avisés, la lutte effective contre la tuberculose d’origine animale revient aux abattoirs légaux, qui sont amenés à détruire la viande et la carcasse douteuses ou contaminées.
Lors d’une interview donnée, récemment, à Jawhara FM, le Dr Ahmed Rajeb, le doyen des médecins vétérinaires, a indiqué qu’il existe deux types de tuberculose animale : celle qui touche partiellement les organes du bovin et celle, généralisée dans tous les tissus de l’animal. Dans le premier cas, il est possible de retirer la partie infectée et de préserver celle qui demeure intacte. En revanche, dans le deux cas la viande et la carcasse doivent être détruites dans l’immédiat.
La mise à jour du Programme national est en cours
Dans le cas d’une contamination effective de l’homme par la tuberculose zoonotique, l’Etat garantit au malade le traitement à titre gratuit. Notons que le traitement est antibiotique à la base. Il est spécifique à cette maladie. Toujours selon le Dr Rajeb, des recherches sont menées à l’échelle internationale dans le but de trouver un vaccin contre la tuberculose d’origine animale.
Compte tenu de l’incidence non moindre de la maladie, laquelle incidence se situe à 26 nouveaux cas pour cent mille habitants, et de la part du lion qu’accapare la forme extra-pulmonaire dont 80% est d’origine animale, le ministère de la santé œuvre à la mise à jour du Programme national de lutte contre la tuberculose.



