La Tunisie à la conquête des marchés africains : Enjeux et perspectives de diversification des exportations
La diversification des exportations tunisiennes vers les marchés africains s’impose comme un enjeu stratégique majeur pour réduire la dépendance au marché européen et renforcer l’intégration économique du pays. Une table ronde tenue à Tunis a mis en lumière les opportunités encore largement inexploitées, mais aussi les obstacles structurels à lever pour réussir ce repositionnement.
La Presse — « Diversification des exportations tunisiennes vers le continent africain : opportunités, défis et mécanismes de travail », tel est le thème d’une table ronde récemment organisée à Tunis par le projet « Qawafel », en partenariat avec le projet « Savoirs éco ».
Le thème choisi tire sa pertinence de la nécessité, pour l’économie tunisienne, largement dépendante du marché européen (70 % des exportations), de diversifier ses partenaires commerciaux ainsi que ses exportations.
La conférence, à laquelle ont pris part des représentants des ministères du Commerce et de l’Économie, des structures d’appui à l’exportation ainsi que des experts en économie et du marché africain, a été une occasion de débattre des opportunités d’exportation des produits tunisiens vers les marchés africains, ainsi que des freins qui entravent le développement optimal des échanges commerciaux avec ces marchés.
Un potentiel encore largement inexploité
Sonia Ben Khedher, experte et auteure de policy briefs sur le potentiel tunisien d’exportation vers l’Afrique, élaborés dans le cadre du projet « Qawafel », a rappelé que le contexte économique tunisien, caractérisé entre autres par un déficit commercial structurel, impose de stimuler le développement industriel à travers la promotion des exportations, en passant par la diversification des marchés et des produits.
La conférencière a, en outre, souligné qu’une étude réalisée sur les opportunités d’exportations tunisiennes vers le marché africain a révélé que la Tunisie dispose d’un potentiel d’exportation d’environ 2,28 milliards de dollars non exploités.
Ce potentiel concerne 36 pays et 590 produits, a-t-elle précisé, ajoutant que 95 % de ces opportunités concernent des marchés où les entreprises tunisiennes sont très peu représentées, voire inexistantes.
S’agissant des obstacles, la spécialiste évoque en premier lieu les contraintes logistiques, dans la mesure où le transport se fait essentiellement par voie maritime à travers un nombre réduit d’accès au continent africain.
À cela s’ajoutent les barrières douanières et administratives, ainsi que des barrières non tarifaires et réglementaires, diverses et variées.
Pour structurer l’accès aux marchés africains
Revenant sur les outils à mettre en œuvre pour résoudre ces blocages, Ben Khedher cite le modèle d’aide à la décision Trade-DSM. « Le recours à ce modèle a permis d’identifier 2.999 opportunités d’exportation vers 36 marchés africains, d’une valeur totale de 2,28 milliards de dollars. 590 produits sont concernés », a-t-elle indiqué. Plus de la moitié (53 %) de ces débouchés se concentrent en Afrique du Nord (Algérie, Libye, Maroc). L’Afrique de l’Ouest concentre 1.072 débouchés répartis sur plusieurs pays (Nigeria, Ghana, Côte d’Ivoire, Sénégal). Des opportunités ont également été identifiées en Afrique de l’Est et australe (Kenya, Maurice, Afrique du Sud), ainsi qu’en Afrique centrale, notamment en Angola. Les secteurs les plus porteurs sont les machines électriques, le textile, l’agroalimentaire, ainsi que les pièces et accessoires automobiles.
Pour saisir ces opportunités, l’économiste a recommandé d’accompagner les entreprises, d’adopter une promotion commerciale ciblée, de miser sur la diplomatie économique, de créer davantage de valeur et de renforcer le niveau de complexité économique.
La conférencière a également souligné l’importance de la coordination entre trois acteurs clés, à savoir l’État, les structures d’appui à l’exportation et les entreprises exportatrices.
Pour l’État, la mission principale consiste à favoriser et faciliter l’accès aux marchés, notamment en améliorant la logistique.
Les structures d’accompagnement sont appelées, quant à elles, à appuyer la présence commerciale à travers l’organisation d’activités commerciales visant à améliorer la visibilité des produits tunisiens sur le marché africain, ainsi que l’organisation de formations, notamment au profit des PME qui disposent de ressources limitées ou rencontrent des difficultés à appréhender les marchés ciblés et leurs réglementations, a encore précisé la spécialiste.
Quant aux entreprises exportatrices, elles doivent anticiper les réglementations du continent, notamment en passant par la certification, afin d’éviter les surcoûts, et viser des produits à forte valeur ajoutée.
Financé par l’Agence française de développement (AFD) et mis en œuvre par Expertise France sur une période de 44 mois, le projet Qawafel a pour objectif global de contribuer à la création d’emplois, au développement économique inclusif de la Tunisie et à son intégration aux marchés du continent africain.
Le projet « Savoirs éco » est un projet financé par l’Union européenne et mis en œuvre par Expertise France, qui vise à appuyer le débat public sur les enjeux économiques en Tunisie.



