Digitalisation : Une approche progressive et prudente
La lutte contre la corruption et la malversation, de même que l’assainissement de notre environnement des affaires, restent toujours des priorités pour le Chef de l’Etat. On reconnaît, en effet, que malgré les avancées accomplies jusque-là, la question est toujours d’actualité et le chemin est encore long.
A ce stade, l’on estime qu’une digitalisation élargie au niveau des secteurs économiques, bancaire notamment, pourrait s’avérer très efficace. On se rappelle d’ailleurs, qu’en janvier dernier, le Président de la République, en recevant la ministre des Finances, a réaffirmé que la «digitalisation des transactions dans les différents secteurs est en mesure non seulement de réduire sensiblement la corruption, mais de conditionner également l’avenir de notre économie».
La Presse — tout le monde convient que la digitalisation bancaire est, désormais, irréversible. Elle a le mérite d’aider à acquérir des avancées technologiques lui permettant d’assurer des prestations personnalisées de qualité, répondre aux attentes croissantes en services rapides, accessibles et innovants, maîtriser les coûts et les dépenses et répondre à une rude concurrence.
La digitalisation permet également d’automatiser les processus, de réduire les risques, d’offrir des niveaux de sécurité plus élevés, d’améliorer l’attractivité bancaire et de servir, ainsi, l’expérienceclient.
Toutefois, en dépit de ces enjeux, certains observateurs estiment que les banques tunisiennes tardent à se doter d’un fort contenu technologique. Ils reprochent justement une automatisation réduite de leurs processus, ce qui justifie, selon eux, un niveau de fraudes financières et de créances douteuses assez élevé, surtout par rapport à nos concurrents.
Certes, un tel avis mérite d’être pris en considération, mais il semble quelque peu excessif. N’oublions pas que nos banques, malgré une conjoncture difficile et malgré l’importance des injections financières au profit du budget de l’Etat, ont réussi, tout de même, à engager tout un programme ambitieux et sérieux de modernisation.
D’ailleurs, selon les derniers rapports de la Banque centrale de Tunisie, les services numériques ont connu, en 2025, une forte progression, notamment en termes de portefeuilles électroniques et de transactions à distance.
Une vision unifiée
Certains experts se félicitent même de la fiabilité de l’approche tunisienne en matière de digitalisation financière nationale qu’ils qualifient d’«intelligente, progressive et prudente». Des facteurs essentiels qui élargissent ses chances d’aboutissement. Il ne faut pas oublier que toute démarche précipitée pourrait se traduire par des risques sur notre souveraineté numérique nationale.
Reste qu’en dépit de tous ces mérites, les mêmes experts retiennent une certaine défaillance structurelle et comportementale marquée, essentiellement, par un décalage entre les banques publiques et privées.
Nos entreprises publiques n’arrivent justement pas à maintenir le même rythme que celui des institutions privées, ce qui complique la tâche de nos architectes financiers. Un problème à résoudre rapidement, car une digitalisation fiable et durable repose, avant tout, sur une vision unifiée.
C’est pour cette raison, en fait, que nos décideurs ne cessent de donner toute son importance à l’application d’une approche cohérente, reposant sur un cadre réglementaire et législatif solide. Cela est d’autant plus vrai que le plan de développement national 2026-2030 a fait de la digitalisation un fondement stratégique.
D’où la nécessité de se conformer à une vision unifiée.
Par ailleurs, une telle transformation digitale a besoin, en plus d’un cadre réglementaire et législatif fiable, d’une infrastructure bien adaptée. Ce qui signifie un investissement assez conséquent, ce qui explique cette démarche progressive.
Mais cette question de digitalisation doit être traitée avec délicatesse, car le risque sur l’emploi est bien réel.



