Absentéisme au travail : près de 60% des cas liés à des raisons de santé

Le phénomène de l’absentéisme au travail en Tunisie prend une ampleur préoccupante et s’impose désormais comme un problème structurel affectant directement la productivité des entreprises et leur compétitivité. C’est ce qu’a affirmé, lundi 27 avril 2026, Hatem Hilal, Président de l’Association Tunisienne des Inspecteurs du Travail.
Selon des données présentées lors d’un récent colloque scientifique organisé par l’association, le taux d’absentéisme dans la fonction publique oscille entre 10 % et 15 %, soit près de deux millions de journées de travail perdues chaque année. Dans le secteur privé, les pertes sont estimées à environ 2,1 % du chiffre d’affaires.
Intervenant sur les ondes de la radio, Hatem Hilal a précisé que certains secteurs, notamment le textile et les industries manufacturières, figurent parmi les plus touchés, en raison de leur dépendance à la présence effective de la main-d’œuvre.
Sur le plan juridique, il a souligné que la législation tunisienne garantit le droit au congé maladie, mais reste imprécise quant à ses limites, notamment en ce qui concerne le plafond des absences ou la définition des maladies graves. Cette ambiguïté ouvre la voie à des interprétations divergentes et complique la prise de décisions disciplinaires par les entreprises, d’autant plus que les procédures de contrôle médical et administratif sont coûteuses et complexes.
D’après les chiffres avancés, près de 60 % des cas d’absence sont liés à des raisons de santé. Les autres s’expliquent par des facteurs internes à l’entreprise, tels que des conditions de travail insuffisantes, un manque de motivation, des relations tendues entre employés et l’administration, ainsi que des pressions psychologiques et sociales.
Hatem Hilal a également évoqué l’existence de pratiques illégales limitées, comme les certificats médicaux de complaisance. Bien que marginales, celles-ci nuisent à la crédibilité du système dans son ensemble.
Face à cette situation, il a estimé qu’une approche purement juridique ne suffit pas. Il a appelé à l’adoption d’une stratégie globale reposant sur l’amélioration des conditions de travail, le renforcement de la communication interne et la mise en place de politiques incitatives favorisant la présence et l’engagement des citoyens. Il a, en outre, insisté sur l’importance de la médecine du travail préventive pour assurer un suivi régulier de la santé physique et mentale des travailleurs.
Dans ce contexte, les directions des ressources humaines sont invitées à adopter une démarche proactive, fondée sur l’accompagnement psychologique et social, l’analyse individualisée des comportements d’absence et la mise en place de mécanismes de motivation, tant matériels que symboliques, tels que des primes de présence et de rendement.
En conclusion, le président de l’Association tunisienne des inspecteurs du travail a plaidé pour la création d’une base de données nationale dédiée à l’absentéisme, l’élaboration d’un plan d’action global contre les absences injustifiées, la révision du cadre légal des congés maladie afin de réduire les zones d’ombre, ainsi que le renforcement des contrôles médicaux et du rôle de l’inspection du travail.
Il a insisté sur le fait que la lutte contre l’absentéisme constitue une responsabilité collective, impliquant l’État, les entreprises et les partenaires sociaux, afin de concilier la protection des droits des travailleurs avec les impératifs de continuité de la production.




