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Culture

« Du trait à la gravure » à la Galerie TGM : Entre ligne et empreinte, la persistance du geste

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  • 27 avril 2026
  • 5 min de lecture
« Du trait à la gravure » à la Galerie TGM : Entre ligne et empreinte, la persistance du geste

Une proposition qui explore le lien intime entre le dessin et les pratiques de l’estampe réunissant des artistes de différentes générations, des figures majeures de l’Ecole de Tunis et autres inclassables, aux voix contemporaines les plus affirmées.

La Presse — La galerie TGM à Tunis présente, jusqu’au 17 mai, l’exposition collective « Du trait à la gravure », une proposition qui explore le lien intime entre le dessin et les pratiques de l’estampe. Réunissant des artistes de différentes générations, des figures majeures de l’École de Tunis et autres inclassables, aux voix contemporaines les plus affirmées, l’exposition met en lumière la manière dont le trait, geste originel, se réinvente à travers une diversité de techniques et d’écritures plastiques.

Tout commence par le trait. Avant même l’image, il est impulsion, tension, direction. Un moment fragile où la pensée s’inscrit dans la matière, où le geste devient langage. A travers lignes, rythmes et ruptures, le trait construit, hésite, affirme, il est à la fois trace et pensée en mouvement.

Dans cette exposition, ce geste fondateur se décline sous des formes multiples, porté par des artistes qui en révèlent toute la richesse expressive. Les figures historiques y occupent une place essentielle. L’orientaliste russe Alexandre Roubtzoff (1884-1949) capte des scènes de vie entre paysages et moments de célébration.

Aly Ben Salem (1910-2001), pionnier de la peinture tunisienne, apparaît à travers des dessins qui évoquent des étapes préparatoires à ses œuvres majeures. Hedi Turki (1922-2019) est représenté par des esquisses au feutre d’une grande économie de moyens. On retrouve Jellal Ben Abdallah (1921-2017) avec ses célèbrations du quotidien féminin à travers natures mortes et miniatures délicates. Ammar Farhat (1911-1987), avec ses encres sur papier et techniques mixtes, donne au trait une densité particulière.

Lamine Sassi (1951-2024), dans une approche plus iconoclaste, libère le trait en figures rapides et incisives, tandis que l’inclassable Hamadi Ben Sâad (1948-2025) en révèle toute la fragilité à travers une série de dessins vibrants, tracés sur papier ou sur journal.

Face à cet héritage, la scène contemporaine affirme une vitalité singulière. Wissem El Abed déploie des personnages aux têtes démesurées, à la fois minimalistes et expressifs, qui interrogent les notions d’altérité et de déplacement. Othmane Taleb, nourri par ses voyages, développe une pratique du dessin stratifiée, où les couches de graphite deviennent autant de « calques de vie » pour une figuration nouvelle, explorant l’architecture intérieure de l’être via strates de temps, de cultures et de problématiques intemporelles.

La jeune génération, quant à elle, pousse encore plus loin ces expérimentations. Safa Attyaoui fragmente scènes et corps au stylo via des désarticulations incisives d’un chaos organisé, évoquant un Guernica tunisien avec des filiations artistiques à Gorgi. Hamza Moussa tranche par son crayon aiguisé, réaliste et fidèle, prônant un trait d’une précision chirurgicale.

Puis vient la gravure, comme un prolongement du trait. Plus lente, plus insistante, elle creuse la matière, répète le geste et en fixe l’empreinte. Si le dessin capte l’instant, la gravure le transforme en mémoire. Elle joue des pleins et des vides, des apparitions et des effacements, inscrivant le geste dans une temporalité autre.

Dans cette perspective, la présence d’Ibrahim Dhahak (1931-2004) s’impose naturellement. Figure majeure de la gravure en Tunisie, on lui doit de magnifiques estampes tirées dans son atelier à Sidi Bou Said. On retrouve dans cette exposition une sélection de ses gravures et autres dessins sur papier (feutre, crayon et fusain).

Du côté des contemporains, la doyenne Faouzia El Hicheri (née en 1946), artiste et universitaire, propose une xylogravure intitulée « Tunisianité ». A la manière d’un paléontologue, Baker Ben Frej (né en 1965) fouille la surface de la toile comme on sonderait la terre. Il y exhume des traces originelles, des formes primitives où se confondent minéral, végétal, animal et humain.

Ces fragments, en constante mutation, s’entrelacent dans des compositions dynamiques qui animent la surface, troublent le regard et ouvrent un espace de perception où l’image devient à la fois mémoire et apparition. Au cœur de sa démarche, la gravure s’impose comme une matrice fondatrice. Même lorsque son travail semble s’en éloigner, à travers la peinture ou le collage, elle demeure souterraine mais persistante.

Slim Gomri poursuit son exploration de la xylogravure, exposant notamment ses matrices, offrant ainsi au public un accès rare aux processus de création. Salwa El Ayadi travaille la taille indirecte à l’eau-forte sur cuivre, jouant avec la découpe et le relief des matrices, tandis qu’Emna Ghzaiel propose des xylogravures issues de sa série O.V.N.I, où routes rurales et contrastes en noir et blanc se voient dynamisés par des soleils colorées.

Enfin, Rachida Amara déploie un univers graphique reconnaissable, mêlant linogravure, eau-forte et sanguine dans des compositions à la dimension théâtrale, où le trait devient le vecteur d’états d’âme et de tensions intérieures.

A travers ce parcours, « Du trait à la gravure » rappelle que le trait est mémoire, langage et territoire d’expérimentation. Une ligne qui se fait geste pour ouvrir un champ infini de devenirs et de possibles.

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Auteur

Meysem MARROUKI

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