Une étude récente menée par l’association Social Accountability tire la sonnette d’alarme sur l’augmentation inquiétante de l’usage des pesticides en Tunisie. Rania Maakni, chercheuse au sein de l’organisation, explique que cette tendance est principalement portée par la transformation du modèle agricole national. L’adoption massive de semences hybrides a créé une dépendance directe aux traitements chimiques intensifs, transformant un enjeu de production en une problématique complexe de souveraineté alimentaire et de santé publique.
L’impact environnemental de ces produits dépasse largement les récoltes pour contaminer durablement les sols ainsi que les eaux de surface et souterraines. La chercheuse souligne que cette pollution est d’autant plus préoccupante qu’elle reste difficile à détecter en temps réel. Les dispositifs de contrôle, bien qu’existants, souffrent d’un manque de régularité et de coûts de fonctionnement élevés, ce qui limite les interventions à des actions ponctuelles plutôt qu’à une surveillance continue.
Sur le plan institutionnel, la Tunisie dispose d’un cadre réglementaire riche mais dont l’efficacité est affaiblie par l’éparpillement des textes et le manque de coordination entre les différents organismes de santé et d’environnement. L’approche actuelle demeure curative et n’intervient qu’une fois les dommages constatés. L’absence de législation spécifique sur la responsabilité civile ou pénale liée aux crimes environnementaux complique d’autant plus la gestion des préjudices, dont les effets toxiques peuvent se manifester sur plusieurs décennies.
Les chiffres révélés par l’étude sont particulièrement marquants avec plus de 4000 tonnes de pesticides consommées en 2022. Parmi ces substances figure le glyphosate, un produit interdit dans de nombreux pays pour ses risques neurologiques mais toujours présent sur le marché local. Face à ce constat, l’association préconise une refonte totale de la législation tunisienne. Cette réforme devrait passer par la création de pôles judiciaires spécialisés et l’intégration systématique du principe de précaution pour protéger les consommateurs et les écosystèmes.



