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Tunisie : une imprimante Braille personnelle et abordable, une première en Afrique et dans le monde arabe 

  • 3 mai 2026
  • 5 min de lecture
Tunisie : une imprimante Braille personnelle et abordable, une première en Afrique et dans le monde arabe 

Trois ingénieurs de Mahdia ont conçu, en trois ans de développement, la première imprimante Braille à usage personnel fabriquée en Tunisie, en Afrique et dans le monde arabe. Commercialisée à 3 000 dinars, logiciel maison fourni gratuitement, elle vise à démocratiser l’accès à l’écrit pour les personnes aveugles et malvoyantes, un public longtemps contraint de dépendre d’équipements institutionnels coûteux et peu accessibles. Montassar Moussa, co-inventeur du projet explique les grandes lignes de son projet sur les ondes de la radio nationale le 2 mai 2026

Montassar Moussa retrace une origine inattendue. En sa qualité de FabLab Manager au sein de la pépinière d’entreprises de Mahdia, un centre de recherche et de développement équipé d’imprimantes 3D, et d’outils de prototypage mis à disposition de tout porteur de projet, il a été sollicité par un habitant de la région souhaitant faire réparer une imprimante Braille importée de l’étranger pour son fils. Fort de sa formation en robotique et en électronique, il affirme qu’avec ses deux associés, , ils ont non seulement résolu le problème technique, mais mesuré l’ampleur d’un vide structurel : l’absence, sur les marchés tunisien, africain et arabe, d’une solution locale, compacte et financièrement accessible au grand public. C’est de ce constat qu’est né, dès 2023, le projet TunBraille.

L’invité souligne que la rupture essentielle tient à la portabilité et à la facilité de prise en main. Là où les imprimantes Braille disponibles sont généralement volumineuses et cantonnées aux bibliothèques, aux établissements scolaires ou aux structures institutionnelles, leur appareil est compact, transportable et conçu pour un usage quotidien à domicile. Montassar Moussa précise que la machine fonctionne sans encre : elle repose sur une technique d’embossage par marteau pour former les points en relief caractéristiques de l’écriture Braille. Elle se connecte à un ordinateur via un câble USB et accepte les types de papier les plus courants, du papier dessin 60g aux feuilles A4 standard de 120 à 200g, idéalement 160g, disponibles aussi bien en grande surface qu’en librairie. Le papier recyclé est pleinement compatible avec l’appareil, ce qui s’inscrit dans une logique de développement durable. Une garantie de deux ans couvre l’ensemble du système.

Un logiciel maison qui traduit automatiquement le texte en Braille

L’intervenant développe que le logiciel, entièrement conçu par l’équipe, constitue un pilier central du dispositif et est fourni gratuitement avec l’appareil. Il est structuré en deux volets : une interface de saisie de texte d’un côté, un moteur de traduction automatique vers le Braille de l’autre, ne nécessitant aucune connaissance préalable de ce système d’écriture de la part de l’utilisateur. Montassar Moussa précise que le logiciel prend en charge l’importation de fichiers PDF et Word, restructure automatiquement la mise en page en repositionnant les titres et en supprimant les images, et produit un document Braille propre et directement lisible. La page imprimée présente deux colonnes : le texte original d’un côté, sa transcription en Braille de l’autre. Le logiciel intègre par ailleurs une assistance vocale en langue arabe.

Des images en relief pour les cartes, les schémas et les contenus ludiques

Montassar Moussa confirme que l’imprimante est capable de produire des contours en relief, une fonctionnalité désignée sous le terme de « relief graphique », qui la distingue de nombreux concurrents. Cette capacité est particulièrement utile pour la production de cartes géographiques, de schémas pédagogiques et de supports éducatifs adaptés aux élèves déficients visuels. L’intervenant signale que des parents d’enfants aveugles exploitent déjà cette fonctionnalité pour créer, de façon autonome, des adaptations de jeux et de contenus ludiques, comblant ainsi un manque criant dans l’offre disponible pour ce public.

Montassar Moussa rappelle que la startup, labellisée dans le cadre du dispositif Startup Act, figure parmi les douze entreprises représentées dans le pavillon du Ministère des Technologies de la Communication à la Foire internationale de El Kram, qui se tient du 23 avril au 3 mai. Après la consécration nationale obtenue auprès de l’ANPI en 2024, l’équipe a participé au GITEX de Marrakech, au Maroc, une expérience qui a confirmé que le besoin est généralisé à l’ensemble du monde arabe et du continent africain. L’invité souligne que l’obstacle financier demeure le frein le plus fréquemment observé dans ces régions, et que leur modèle tarifaire répond précisément à cette contrainte. Des commandes sont d’ores et déjà enregistrées, l’équipe travaille à renforcer sa capacité de production et des discussions sont en cours avec des partenaires en vue de proposer des facilités de paiement.

Faire de la Tunisie un pôle de référence pour les technologies d’assistance au handicap

L’invité confie que l’ambition de l’équipe dépasse largement le seul cadre de l’imprimante Braille. Un jeu de société adapté à l’écriture Braille est en cours de développement, en partenariat avec une entreprise tunisienne, avec pour objectif de stimuler l’intelligence émotionnelle et sensorielle des jeunes déficients visuels. D’autres équipements d’assistance technologique destinés à ce public sont également en phase de conception. Montassar Moussa formule une ambition plus large : faire de la Tunisie un pôle de référence, à l’échelle africaine et arabe, dans la conception et la fabrication de dispositifs d’aide aux personnes en situation de handicap, toutes formes confondues.

Auteur

S. M.

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