gradient blue
gradient blue
Culture

Sur nos écrans – « à voix basse » de Leila Bouzid : Enquête sur une mort suspecte

  • 4 mai 2026
  • 5 min de lecture
Sur nos écrans – « à voix basse » de Leila Bouzid : Enquête sur une mort suspecte

Après ses deux précédents longs métrages « à peine j’ouvre les yeux » et « Une histoire d’amour et de désir », Leila Bouzid enchaîne avec un troisième opus « à voix basse », une histoire familiale intime chargée de secrets et de non-dits. Une projection spéciale s’est tenue le 29 avril à la salle Le Rio suivie d’un débat avec la réalisatrice.

La Presse — Produit par Cinétéléfilms sans aide du ministère des Affaires culturelles «A voix basse » a été projeté pour la première fois à la compétition officielle du Festival de Berlin.

A l’instar de ses films précédents, Leila Bouzid qui, faut-il le rappeler, vit en France, aborde une histoire d’un amour interdit où le fait social et politique influe sur l’intime. La manière de pouvoir modifier les sentiments les plus profonds. Elle installe l’histoire d’«A voix basse» dans une villa située dans la ville balnéaire de Sousse, une ville et une maison où elle a passé durant son enfance ses vacances d’été. Lilia (Eya Bouteraâ) réside en France. Elle rentre avec une amie française pour assister à l’enterrement de son oncle, décédé dans des circonstances obscures. Elle décide de mener l’enquête pour révéler la vérité sur cette mort, et ce, malgré les réticences de sa famille qui, soupçonne-t-elle, lui cache la vérité de cette mort suspecte.

L’enquête se transforme pour Lilia en quête personnelle sur des valeurs qui opposent à sa famille. Elle vit dans un pays européen où les principes de liberté et d’ouverture ne correspondent pas à celles d’un pays arabe, la Tunisie, aux valeurs morales dominées par les traditions et le conformisme des mentalités. En enquêtant sur la mort de son oncle, Lilia tente de révéler ses propres secrets.

Durant son court séjour, Lilia se trouve donc confrontée à sa famille dont les liens sont mitigés et marqués par des tensions. La maison renferme les secrets d’une famille où vivent trois générations  : la grand-mère, les enfants et les petits-enfants. Trois générations de femmes qui doivent se supporter malgré les divergences de leurs points de vue. Derrière un jardin chargé de végétation couvrant une grande partie de la demeure, la lumière claire-obscure révèle les tensions entre les membres de cette famille.

Le film est construit par chapitres : premier jour, l’enterrement où l’on suit de près tout le rituel avec les proches et les amis qui viennent présenter leurs condoléances. Le deuxième jour : la police débarque à la maison pour interroger la famille sur le défunt retrouvé à moitié nu dans la rue,  ce qui constitue l’élément déclencheur pour Lilia d’enquêter sur la mort de son oncle, le troisième jour : le fark, suivra le jour suivant le second fark et progressivement pour Lilia, les interrogations surgissent lors des différentes étapes de l’enterrement. Elle découvre que son oncle a subi des pressions sociales et n’a pas pu vivre la vie qu’il souhaitait. Elle-même est confrontée au même problème du fait qu’elle mène une double vie et est obligée de mentir à sa famille pour ne pas les affecter. Elle subit les mêmes tabous, mais finit par assumer sa sexualité et à mettre fin aux non-dits.

Le film traite de l’émancipation d’une femme par rapport à sa famille et à la société. Une société qui rejette les personnes différentes en les considérant comme des malades. Pour Leila Bouzid, l’enjeu est fort. Elle va jusqu’à évoquer l’article 230 du code pénal qui criminalise les relations homosexuelles.  Certains pourraient soupçonner que le choix du sujet est dicté par les bailleurs de fonds européens qui encouragent volontairement ce genre de thématiques liées aux questions d’homosexualité et de transgenre demeurées taboues dans les sociétés arabo-musulmanes.

Avec ce récit de vie gâchée, la réalisatrice tente de mettre en lumière à travers ce drame familial la vérité sur la mort de son oncle en allant interroger ses amis dans un bar de queer et de découvrir les relations qu’il entretenait avec un ami vivant dans un patelin proche de Sousse. Pour éviter de subir les pressions familiales qui ont affecté la vie de son oncle, Lilia décide de mettre fin à sa double vie et de révéler son homosexualité avec sa compagne Alice à sa mère et enfin de s’émanciper face à sa famille. Elles adoptent un enfant qui est l’aboutissement de leur histoire d’amour.

Sur le plan de la réalisation qui se veut organique, Leila Bouzid fait le choix d’introduire des images du passé qui s’entremêlent avec le présent, et ce, pour rompre avec le rythme lent de l’enquête. Proche d’un huis clos, le film s’ouvre petit à petit sur l’extérieur, ce qui  crée un contraste entre les deux mondes. L’intérieur intime et introspectif et l’extérieur ouvert mais contraignant. La caméra suit de près en gros plan le visage de Lilia mais aussi Mamie Nefissa, la grand-mère taquine (Selma Baccar), un rôle qu’elle a bien maîtrisé, Wahida, la mère (Hiyam Abbes) visage fermé et inquiet, Hayet, la tante (Feriel Chammari) plutôt joyeuse qui forment une chorale qui redonne corps et vie à des personnages qui se sont enfermés dans des codes restrictifs .

Auteur

Neila GHARBI

You cannot copy content of this page