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Inflation en Tunisie : une “seconde vague” redoutée par un économiste

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  • 6 mai 2026
  • 4 min de lecture
Inflation en Tunisie : une “seconde vague” redoutée par un économiste

L’économiste Larbi Benbouhali s’interroge sur la capacité de la Banque centrale de Tunisie (BCT) à contenir durablement l’inflation dans un contexte économique qu’il qualifie de “stagflation”.

Dans une analyse publiée sur sa page officielle, il estime que la dynamique actuelle des prix en Tunisie reflète une seconde vague inflationniste, alimentée par des facteurs monétaires, budgétaires et externes.

Selon les données citées par l’Institut national de la statistique (INS), le taux d’inflation à la consommation aurait atteint 5,5 % en avril, tandis que l’indice des prix à la consommation s’est établi à 194,8 points, contre une base de 100 en 2015. L’économiste souligne que cela correspond à une hausse cumulée significative du niveau général des prix sur la dernière décennie, traduisant une érosion continue du pouvoir d’achat des ménages.

Dans son analyse, il affirme que le coût du panier de consommation a presque doublé en dix ans, ce qui équivaudrait selon lui à une progression moyenne annuelle d’environ 8,6 % en dinars tunisiens. Il avance également que les ménages auraient perdu plus de 20 % de leur pouvoir d’achat réel au cours des trois dernières années, une situation aggravée par une hausse des salaires qu’il juge insuffisante face à l’inflation.

Et l’augmentation salariale ?

Réagissant à la récente augmentation salariale de 5 %, il estime que celle-ci est immédiatement neutralisée par un taux d’inflation supérieur, ce qui limite son impact sur le niveau de vie. Il s’interroge par ailleurs sur la persistance de l’inflation malgré certains facteurs favorables, notamment une bonne saison agricole et un excédent dans certains produits alimentaires.

L’économiste met en avant une combinaison de causes structurelles pour expliquer cette situation. Il évoque d’abord la politique monétaire de la Banque centrale de Tunisie, qu’il estime contrainte par le financement indirect de la dette publique et des déficits, ainsi qu’une expansion de la masse monétaire qu’il juge inflationniste. Il considère que l’économie parallèle, qu’il évalue à environ 40 % de l’activité économique, réduit l’efficacité des instruments de contrôle monétaire.

Il pointe également la structure des circuits de distribution, marquée par un nombre élevé d’intermédiaires entre producteurs et consommateurs, ce qui contribuerait à la hausse des prix de détail. À cela s’ajoutent, selon lui, les pressions des marchés internationaux, notamment la hausse du prix de l’énergie et de certaines matières premières, qu’il relie à un contexte géopolitique tendu.

Dans son analyse, il évoque aussi les effets des subventions publiques, estimant qu’elles peuvent fausser la lecture de l’inflation réelle. Selon lui, les produits subventionnés connaissent des évolutions de prix inférieures à celles des produits à prix libre, ce qui créerait un écart significatif dans la mesure statistique du coût de la vie. Il affirme qu’en avril, les prix des produits subventionnés auraient augmenté de 1 %, contre 6,8 % pour les produits à prix libre.

L’économiste estime que cette structure de prix masque partiellement la réalité de l’inflation ressentie par les ménages. Il souligne que les hausses sont particulièrement marquées dans l’alimentaire, avec des augmentations annuelles allant de 6 % à plus de 19 % selon les produits, notamment la viande, le poisson, les fruits et les légumes.

Vers un endettement à des conditions coûteuses ?

Sur le plan macroéconomique, il considère que la Tunisie est confrontée à une combinaison de déficits budgétaire et commercial chroniques, qui obligeraient l’État à recourir à l’endettement à des conditions coûteuses. Cette situation, selon lui, exerce une pression supplémentaire sur la politique monétaire et limite les marges de manœuvre de la Banque centrale.

Il estime aussi que les tensions énergétiques internationales, notamment liées aux risques sur les flux pétroliers et les matières premières agricoles, pourraient maintenir l’inflation à un niveau élevé dans les mois à venir. Dans ce contexte, il anticipe une politique monétaire restrictive, avec des taux d’intérêt élevés susceptibles de freiner l’investissement et la croissance économique.

Enfin, il avance plusieurs pistes de réforme, estimant que la Tunisie devra réduire progressivement certaines subventions et revoir son modèle de financement public. Il appelle également à un recours à des financements extérieurs concessionnels, ainsi qu’à un renforcement des réserves de change afin de stabiliser la monnaie nationale et améliorer la résilience économique face aux chocs externes.

Lire aussi:  Tunisie : l’inflation s’installe à 5,5 % et pèse sur les ménages
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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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