gradient blue
gradient blue
Culture

Leila Bouzid, réalisatrice du film « à voix basse » à La Presse : « L’inspiration me vient principalement de la vie qui m’entoure »

  • 6 mai 2026
  • 6 min de lecture
Leila Bouzid, réalisatrice du film « à voix basse » à La Presse : « L’inspiration me vient principalement de la vie qui m’entoure »

Après ses deux longs métrages « A peine j’ouvre les yeux » et « Une histoire d’amour et de désir », Leila Bouzid continue à interroger l’intime et son interaction avec le social à travers l’histoire d’une mort suspecte. L’enquête sur cette mort devient aussi une quête de soi porteuse d’espoir dans son troisième opus « A voix basse » actuellement dans les salles. Interview

La Presse —Vous portez un intérêt particulier pour les histoires intimes. Qu’est-ce qui vous attire le plus dans ce genre d’histoires ?

Ce qui m’intéresse le plus, c’est comment l’intime est influencé par le fait social. L’interaction entre notre intériorité profonde et notre comportement extérieur. La manière dont ce qui nous entoure va influencer sur nos liens les plus importants, notre opinion, notre vie personnelle.

Cet aspect permet de traiter des personnages en profondeur et de suivre une trajectoire d’évolution qui me semble être porteuse de narrations à travers les doutes, les tiraillements et les questionnements traversés.

Quand vous avez décidé d’écrire le scénario, avez-vous pensé d’abord à l’histoire ou aux personnages ?

Ce sont les images qui me viennent d’abord à l’esprit puis je réfléchis aux idées, aux personnages, aux lieux. Tout un tas d’éléments qui vont se juxtaposer petit à petit. Ce n’est pas  l’un ou l’autre. C’est un mélange de différentes strates.

La quête d’identité et de liberté semble être vos thèmes favoris. Quelle est l’origine de ces préoccupations ?

En tant qu’être humain, on est souvent empêché de s’accomplir. Dans mes films, les personnages essaient de se défaire et de s’accomplir en bataillant contre différentes forces contraires. Parfois extérieures, parfois qui émanent d’eux-mêmes… La quête d’identité et de liberté me semble être une quête noble, porteuse d’histoire. Un but à atteindre pour tout un chacun pour pouvoir être épanoui.

D’où vous vient l’inspiration ?

L’inspiration me vient principalement de la vie qui m’entoure. J’observe beaucoup ce qui se passe autour de moi, toutes les personnes que je rencontre ou fréquente. Pour ce film, je suis partie de la maison familiale, celle de ma grand-mère, que j’avais envie et besoin de filmer. Par la suite, beaucoup d’images et de souvenirs me sont revenus. Puis, la fiction a commencé à prendre le pas. C’est un tissage progressif à partir de choses que je connais et qui m’ont marquée. Elles prennent leur envol dans la fiction dans un deuxième temps.

Vous avez choisi de faire un parallèle entre deux histoires : celle de l’oncle qui a subi des pressions familiales et sociales qu’il n’a pu surmonter et celle de Lilia qui subit les mêmes pressions, mais réussit à les surmonter…

Je suis partie du personnage de l’oncle dont la mort est trouble et la vie tragique. Je voulais que quelque chose de positif émane de cette vie gâchée et de cette mort. A travers le personnage de Lilia, sa nièce,  des mots sont prononcés sur des tabous. Cela permet d’échapper à la répétition de l’histoire et de créer un héritage positif et porteur d’espoir.

Est-ce parce que vous vivez à Paris que les personnages du film parlent français et s’intéressent à la culture française (la grand-mère qui regarde «Questions pour un champion ») ?

Ce qui m’intéressait ici c’est le brassage qui existe dans les familles tunisiennes, la manière très tunisienne de passer du français au tunisien dans la même phrase, de façon aléatoire. Je voulais le représenter car ça existe très peu dans le cinéma tunisien et que ça appartient à la tunisianité aussi. Par ailleurs, je me suis inspirée de ma propre grand-mère dont le père voulait qu’elle étudie. A l’époque de la colonisation, les petites filles tunisiennes ne pouvaient accéder qu’à l’école des sœurs, elles apprenaient alors le français, mais pas l’arabe. Ce fut le cas de ma grand-mère qui en était désolée.

Nouri Bouzid, votre père, fait une brève apparition  dans le film.

Est-ce votre choix de l’inviter dans votre fiction ou alors c’est lui qui a voulu participer à votre aventure ?

Depuis que je suis née, j’ai fait une apparition dans chacun des films de mon père. Dans le premier, «L’Homme de Cendres», j’étais bébé. Depuis que je fais des films, je fais la même chose, comme si je lui rendais la monnaie de sa pièce. Il apparaît donc dans chacun de mes films.

Vous avez fait appel à des comédiens confirmés, mais aussi  à des non professionnels. Comment avez-vous choisi les acteurs ? 

A part Lassaâd Jamoussi que j’ai déjà filmé, les autres acteurs, je les ai choisis dans le cadre d’un casting plus ou moins long comme celui pour choisir l’actrice qui joue le rôle principal, Eya Bouteraâ. Pour d’autres rôles, il s’agissait d’intuition et de conviction profonde : comme de confier le rôle de la grand-mère à la cinéaste Salma Baccar. Pour Hiam Abbass, ce fut le hasard. Une rencontre très forte dans le cadre d’un festival.

Comment s’est effectué le montage financier du film ?

C’est toujours difficile de monter financièrement un film en Tunisie. Malheureusement, les financements pour le cinéma sont trop rares en Tunisie et on est obligé de chercher ailleurs où la concurrence est rude. C’est un véritable parcours du combattant.

Certaines scènes intimes peuvent heurter le public. Qu’en pensez-vous ?

Ces scènes me semblent plutôt pudiques avec un vrai travail esthétique et cinématographique. Elles font partie d’un tout dans le cadre du sujet traité dans le film. «Heurter» est un grand mot, ce n’est pas du tout le but. Comme toute œuvre artistique, elles peuvent en effet interroger le spectateur.  Pourquoi nous acceptons d’être exposés à des images de violence extrême en tout genre, mais pas à des images d’expression de l’amour ?

Auteur

Neila GHARBI

You cannot copy content of this page