La Confédération des Entreprises Citoyennes de Tunisie (CONECT) a mis en garde contre une “cashification” croissante de l’économie tunisienne, estimant que la mise en œuvre simultanée de plusieurs réformes, dans un contexte de fortes tensions résultant du financement de l’État et d’une préférence accrue pour le cash, a produit des effets défavorables sur l’accès des PME au financement.
Dans une note d’orientation élaborée par l’économiste Mehdi Bhouri et intitulée “PME tunisiennes : piégées par le cash, comment la cashification de l’économie asphyxie le tissu productif”, la CONECT a indiqué que les PME font face à un “quintuple étau”, caractérisé notamment par le rationnement du crédit bancaire, la progression des paiements en espèces, la contraction du crédit commercial interentreprises après la réforme des chèques, l’élargissement de l’assiette fiscale et une orientation accrue des banques vers le financement de l’État.
Le document souligne que les créances bancaires sur l’économie n’ont progressé que de 2,8% en 2025, un niveau inférieur à l’inflation, tandis que les créances sur l’État ont augmenté de 21,5%, accentuant ainsi un effet d’éviction au détriment du financement des entreprises.
La CONECT pointe une accélération de la circulation du cash hors du système bancaire, avec un ratio billets et monnaies en circulation/masse monétaire atteignant un niveau historiquement élevé de 18,3%, illustrant une forte progression de l’usage du cash.
Le note alerte, par ailleurs, sur un scénario de “double moteur” en 2026, combinant une reprise de l’inflation et la poursuite de la hausse du cash, susceptible d’entraîner une contraction du crédit à l’économie et une dégradation des conditions de financement des PME.
Des pistes pour soutenir le financement des PME
Pour atténuer ces risques, la CONECT propose plusieurs mesures immédiates, dont la mise en place d’un dispositif d’affacturage garanti par l’État afin de soutenir le financement du cycle d’exploitation des PME, ainsi que l’instauration de seuils progressifs de traçabilité des paiements, conciliant simplification des transactions et inclusion financière.
Elle recommande, également, des incitations au paiement digital, notamment via une réduction de la TVA sur les transactions électroniques, la baisse des commissions bancaires sur les paiements électroniques et la subvention de l’acquisition de terminaux de paiement électronique (TPE) pour les PME. Parmi les réformes structurelles avancées figurent ,aussi, le renforcement du fonds de garantie des dépôts bancaires, la diversification des sources de financement souverain pour alléger la pression sur les banques locales, ainsi qu’une meilleure prévisibilité fiscale afin de limiter la thésaurisation et les fuites vers l’informel.
La CONECT a appelé à l’organisation d’une table ronde nationale sur le financement des PME, réunissant la Banque Centrale, les banques, les organisations patronales et le ministère des Finances afin d’élaborer un plan d’action concerté pour le financement des PME.
Enfin, elle a suggéré la production par la BCT d’un rapport analytique sur l’impact de la réforme des chèques sur le crédit commercial inter-entreprises et la mise en place d’un observatoire permanent du financement des PME, associant le secteur bancaire et les organisations patronales.


