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TunPay : la Tunisie se dote d’un label national pour unifier et crédibiliser le paiement mobile

  • 8 mai 2026
  • 5 min de lecture
TunPay : la Tunisie se dote d’un label national pour unifier et crédibiliser le paiement mobile

Intervenant sur les ondes de RTCI le 8 mai 2026, Mohamed Nekhili, professeur universitaire et expert en droit bancaire, a décrypté le déploiement de TunPay, le nouveau label national imposé par la Banque centrale de Tunisie (BCT) à l’ensemble des acteurs du paiement mobile.

L’adoption de TunPay constitue une obligation réglementaire pour l’ensemble des acteurs de la place, accompagnée d’exigences techniques que chaque établissement devra satisfaire. Le spécialiste rappelle le contexte qui a rendu cette décision inévitable : le secteur du paiement mobile en Tunisie souffrait d’une fragmentation structurelle, chaque banque et chaque opérateur imposant son propre design et ses propres codes visuels, semant la confusion chez l’utilisateur. TunPay est la réponse de la BCT à cette cacophonie. L’expert insiste : il ne s’agit pas d’un simple logo, mais avant tout d’une identité visuelle nationale unifiée, un repère graphique commun, immédiatement compréhensible et rassurant pour le consommateur.

Un déploiement sans délai butoir, mais sous contrôle strict

Derrière l’uniformisation graphique, c’est une stratégie en trois volets que poursuit la BCT : éradiquer la fragmentation du marché, bâtir la confiance des citoyens et accélérer la fin du tout-cash. Mais sur les commissions, les usagers ne doivent nourrir aucune illusion.

La BCT n’a fixé aucun délai butoir explicite, ni trente jours ni échéance de fin d’année. Ce qu’elle exige, précise Nekhili, c’est un déploiement couvrant l’ensemble du réseau et des canaux digitaux, dans une logique davantage qualitative que quantitative. L’intervenant souligne que la BCT insiste sur la nécessité d’accompagner ce déploiement d’une communication ciblée, afin que la certification devienne un véritable jalon de référence pour les usagers et non un simple affichage. Les établissements avancent donc à leur propre rythme, mais sous le contrôle attentif de la BCT, qui veillera à ce que l’uniformisation soit pleinement effective.

TunPay va-t-il faire baisser les commissions ?

Non. L’expert est catégorique : TunPay n’est pas et ne sera pas un levier de baisse des commissions. Nekhili appelle à une distinction fondamentale : la marque est un outil de marketing et d’uniformisation, elle ne touche en rien au modèle économique du paiement mobile. Les commissions demeureront régies par les contrats conclus entre les banques, les commerçants et les réseaux de cartes. C’est une circulaire distincte, annoncée lors de l’adoption de la loi relative au chèque et toujours attendue, qui devrait plafonner l’ensemble des commissions bancaires.

Trois objectifs stratégiques derrière l’opération

L’intervenant identifie trois objectifs majeurs. Premier objectif : éliminer la fragmentation. Le marché tunisien est morcelé, avec des portefeuilles électroniques qui ne partagent pas toujours le même langage visuel ; TunPay constitue un premier pas vers une interopérabilité renforcée. Deuxième objectif : bâtir un réflexe de confiance durable. Les Tunisiens restent frileux face au paiement digital ; en imposant une certification unique validée par la BCT, celle-ci adresse un message clair : là où TunPay est affiché, l’environnement est sécurisé et fiable. Troisième objectif : accélérer la généralisation du paiement mobile. L’expert rappelle que les chiffres sont parlants : en 2025, les transactions mobiles ont bondi de 81 % pour atteindre 8,4 millions, mais l’usage du cash progresse lui aussi. En offrant un signal simple et universel, la BCT entend faire basculer la Tunisie vers une économie moins dépendante du cash.

TunPay, un risque de verrouillage du marché ?

Nekhili juge cette crainte légitime. Il reconnaît que le risque existe : si l’utilisation du dispositif est conditionnée à une adhésion obligatoire au système de la SMT, cela pourrait ériger une barrière à l’entrée pour les fintech indépendantes. Toutefois, le spécialiste nuance : la marque en elle-même n’est pas un monopole. Sa lecture est que la BCT est consciente de cet enjeu et entend précisément utiliser TunPay comme levier pour exiger de la SMT qu’elle joue le rôle d’un guichet ouvert, transparent et accessible à tous les acteurs agréés. Dans ce cas de figure, le dispositif pourrait au contraire favoriser l’innovation, en offrant aux fintech une porte d’entrée standardisée, à l’image de Flous, qui a déjà obtenu l’agrément de la BCT. Toutes les fintech candidates devront intégrer la charte visuelle TunPay dans leur dossier. L’intervenant reconnaît que ce point ne fait pas l’unanimité : certains plaident pour une ouverture totale du marché, d’autres privilégient la centralisation au nom de la sécurité des données.

TunPay face à la méfiance des Tunisiens

TunPay agit comme un certificat de conformité et un réducteur de risque psychologique : lorsqu’un consommateur aperçoit ce logo, il sait qu’il évolue dans un espace reconnu et validé par l’ensemble des acteurs bancaires et par la BCT. Nekhili rappelle que cette méfiance est profondément ancrée dans la crainte de l’arnaque, de l’erreur technique ou de la simple non-maîtrise de l’outil, un frein que la BCT entend lever par une communication axée sur la simplicité et la fiabilité. Le spécialiste souligne par ailleurs que le système reste perfectible : encore largement dépendant des SMS et des codes, il repose sur une technologie robuste mais peu fluide. TunPay vient structurer ce paysage pour faire passer le paiement mobile à une phase de maturité.

TunPay est un signal institutionnel fort : il unifie, sécurise et rassure. Mais Nekhili prévient que son succès ne sera pas automatique. Il dépendra de deux conditions : la capacité des acteurs historiques à utiliser ce dispositif comme levier d’ouverture plutôt que de fermeture, et la mise en œuvre d’une véritable éducation financière à destination des citoyens, une responsabilité qui incombe selon lui aussi bien aux établissements financiers qu’à la BCT elle-même.

Auteur

S. M.

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