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Tunisie – Union européenne : Les paradoxes d’un partenariat déséquilibré !

  • 8 mai 2026
  • 6 min de lecture
Tunisie – Union européenne : Les paradoxes d’un partenariat déséquilibré !

Le partenariat entre la Tunisie et l’Union européenne, signé un certain 17 juillet 1995 et qui peine aujourd’hui à évoluer, continue d’être considéré de part et d’autre comme indispensable, dans un contexte international à plusieurs variables dynamiques, qu’il s’agisse de commerce, de technologie, de migration ou autres défis en partage. Pour la Tunisie, l’UE continue d’être un marché incontournable, un bailleur de fonds et une source de transfert de technologie, pour ne citer que ces aspects stratégiques. Pour l’UE, la Tunisie est toujours ce partenaire historique qui fournit non seulement du textile «compétitif» et des composants automobiles de qualité, mais surtout des cerveaux, de la main-d’œuvre qualifiée et un éventuel service de surveillance des «frontières lointaines» contre la migration illégale, quoique la Tunisie ait affirmé sa volonté de ne garder que ses propres frontières.

La Presse — Les enjeux étant tels, il y a lieu de s’interroger sur les vraies raisons d’un certain coup de froid à l’origine d’au moins deux blocages, l’un concerne l’ajournement sine die du Conseil d’association prévu en novembre dernier, l’autre concerne le rejet par Tunis du projet d’accord de libre-échange complet et approfondi (Aleca) incluant la libéralisation des services et de l’agriculture.

Les débuts d’un partenariat déséquilibré

A la signature de l’accord d’association en juillet 1995, alors que l’UE était à 15 membres et l’euro n’était pas encore entré en circulation, l’enthousiasme et la bonne foi étaient les maîtres-mots des relations promettant un avenir meilleur, ne serait-ce que par le démantèlement des barrières tarifaires sous la houlette de l’Organisation mondiale du commerce qui présentait le libre-échange comme une opportunité majeure en faveur des pays en développement pour s’ouvrir sur des marchés autrefois protégés et réaliser une croissance économique génératrice d’emplois et de richesses. C’était de la théorie, même si bon monde y avait cru et engagé des dépenses et des choix considérés comme irréversibles.

Ce libre-échange ne concernait, au fait, que les produits industriels et les services connexes. Un produit comme l’huile d’olive, l’un des atouts commerciaux majeurs des exportations tunisiennes, était soumis à des quotas, dans la mesure où des pays européens mettaient le même produit sur le marché… Ces restrictions d’accès au marché sont toujours en place, amenant la Tunisie à chercher de nouvelles niches à l’export, en Asie et en Amérique latine.

Depuis le début du partenariat tuniso-européen, beaucoup d’argent a été dépensé par la partie européenne pour soutenir la mise à niveau de l’industrie tunisienne. De l’argent a été également dépensé pour soutenir la « coopération culturelle » et la société civile.

Mais l’optimisme s’est progressivement détérioré. Les investissements directs étrangers européens ont sérieusement reculé au cours des années 2000 après l’élargissement de l’UE aux pays de l’Europe de l’Est et le démantèlement des accords multifibres qui ont intensifié la concurrence sur le marché du textile en Europe, alors que la Tunisie était le premier habilleur de proximité de l’Europe. De plus, dès l’avènement de l’euro en 1999, le dinar tunisien a commencé à perdre en valeur pour passer d’une parité presque égale au début des années 2000 à un taux jugé trop pénalisant de 3,4% actuellement.

Cette dépréciation a fait que les manufactures tunisiennes étaient amenées à toujours travailler plus et mieux sans toutefois atteindre les objectifs de développement et de prospérité promis au début. L’on reprochait aussi à l’ancienne administration sous Ben Ali de ne pas avoir assez fait au niveau des libertés publiques et des droits humains, un argument souvent avancé pour expliquer la réticence des investisseurs européens et le recul des engagements financiers.

Un autre dossier était également lourd de conséquences pour les exportations tunisiennes, le durcissement des conditions d’accès au marché, sous prétexte de non-respect des normes, les opérateurs tunisiens ne ménageant pourtant pas d’efforts pour s’y conformer. Des bateaux entiers ont dû être refoulés pour manquement aux normes européennes.

Que peut donc faire un pays comme la Tunisie, avec à peine 12 millions d’habitants et une économie fragile confrontée à des défis cycliques, dont l’embauche de ses diplômés, l’instabilité climatique impactant son agriculture, les événements globaux et régionaux liés aux guerres et au terrorisme, face à un géant européen de plus de 400 millions d’habitants avec un marché de plus en plus ouvert à la concurrences d’autres économies émergentes de l’Asie et de l’Amérique latine ? 

Des attentes à combler…

Au fait, la Tunisie, consciente de l’importance du marché européen mais aussi des défis communs que les deux parties ont intérêt à relever ensemble, n’a jamais cherché à rompre le cordon avec le nord. En réalité, les deux parties continuent de travailler sur plusieurs projets, dont la transition numérique, l’économie verte et la lutte contre l’immigration clandestine.

Toutefois, l’enthousiasme d’il y a 30 ans et des poussières n’est plus le même au regard de la situation socioéconomique dans laquelle elle s’est retrouvée trois décennies après la signature du premier accord d’association. La Tunisie veut travailler avec l’Europe, certes. Mais ne veut pas qu’un quelconque rapport de force soit employé pour l’amener à signer ou à accepter un accord qui ne soit pas mutuellement profitable. L’Europe aussi, face aux tensions et aux incertitudes mondiales, chercherait à consolider les rapports de confiance avec ses partenaires de proximité, dont la Tunisie.

La Tunisie, refusant toute forme d’ingérence dans ses affaires intérieures, avait déjà clairement réitéré à la partie européenne, dans le mémorandum d’entente convenu le 16 juillet 2023, «sa position de ne pas être un pays d’installation de migrants en situation irrégulière (…) [et réaffirmé] également sa position de ne garder que ses propres frontières». Le document trace aussi les grandes lignes d’une coopération stratégique entre les deux parties dans plusieurs domaines, dont le commerce, l’agriculture, la transition numérique et énergétique, le transport aérien, l’investissement, etc.

Auteur

Lassâad BEN AHMED

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