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Culture

En salles tunisiennes dès la semaine prochaine – « My Father’s Scent » de Mohamed Siam : Une nuit pour se dire… ou se manquer à jamais

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  • 11 mai 2026
  • 3 min de lecture
En salles tunisiennes dès la semaine prochaine – « My Father’s Scent » de Mohamed Siam : Une nuit pour se dire… ou se manquer à jamais

Tout tient en une nuit. Une nuit trop courte pour réparer, trop chargée pour être anodine. Ce ne sont pas des retrouvailles au sens habituel du terme, mais une confrontation larvée, faite de silences épais, de gestes maladroits et de paroles qui blessent plus qu’elles ne rapprochent. Découvert aux JCC 2026, « My Father’s Scent » (cologna) de Mohamed Siam, prochainement,  sur nos écrans.

La Presse — Dès les premières images, « My Father’s Scent » installe un climat : quelque chose de lourd, de suspendu, presque irrespirable. Le premier long métrage de fiction de Mohamed Siam ne cherche ni à séduire ni à rassurer. Il s’infiltre lentement, comme une présence persistante dont on ne parvient pas à se défaire.

Tout tient en une nuit. Celle où Omar, père absent revenu d’un coma de six mois, retrouve son fils Farouk. Une nuit trop courte pour réparer, trop chargée pour être anodine. Entre eux, il n’y a pas de retrouvailles au sens habituel du terme, mais une confrontation larvée, faite de silences épais, de gestes maladroits et de paroles qui blessent plus qu’elles ne rapprochent.

Le film choisit l’économie plutôt que l’explication. Ici, rien n’est surligné. Les émotions circulent de biais, dans les regards fuyants, les corps fatigués, les espaces confinés. La maison familiale devient un piège : un lieu saturé d’histoire, où chaque mur semble retenir quelque chose qui n’a jamais été dit. Visuellement, Mohamed Siam opte pour une esthétique de l’effacement. La pluie constante, les vitres embuées, les lumières brouillées construisent un monde instable, presque liquide. On a parfois l’impression que l’image elle-même hésite à montrer, comme si voir trop clairement était déjà une forme de violence.

Mais c’est dans le face-à-face entre les deux acteurs que le film trouve sa véritable intensité. Kamel El Basha donne au père une dureté sèche, presque implacable, sans jamais le réduire à une figure univoque. En face, Ahmed Malek compose un fils en tension permanente, oscillant entre détachement et implosion. Leur relation ne se raconte pas : elle se ressent, dans chaque silence prolongé, chaque mot qui tombe de travers.

« My Father’s Scent » parle moins de réconciliation que d’impossibilité. Impossible de dire l’amour, impossible de réparer, impossible même de comprendre totalement ce qui a été perdu. Et pourtant, quelque chose circule — fragile, presque imperceptible — comme si, derrière la violence, subsistait une forme d’attachement irréductible.

Le film évite soigneusement le mélodrame. La maladie, la mort imminente, tout ce qui pourrait forcer l’émotion est tenu à distance. Ce refus du spectaculaire donne au récit une tonalité singulière, plus âpre, mais aussi plus honnête.

Au fond, Mohamed Siam filme une question simple et vertigineuse : que reste-t-il quand on n’a jamais su aimer autrement que de travers ?

Un film discret mais tenace, qui continue de résonner bien après sa dernière scène.

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Auteur

Asma DRISSI

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