En Tunisie, le pouvoir d’achat des salariés est soumis à des pressions grandissantes, et ce, dans un contexte marqué par une hausse continue des taux d’inflation et des charges fiscales et sociales impactant ainsi le cout de la vie et le niveau de consommation, en dépit des augmentations salariales périodiques, dont les dernières devraient toucher 3,6 millions de salariés dans les secteurs public et privé.
En effet, les dernières augmentations salariales en dépit de leur importance en termes d’allégement du coût élevé de la vie, restent insuffisantes pour favoriser une amélioration du niveau de vie des citoyens compte tenu des cotisations fiscales et contributions sociales, a indiqué l’expert économique, Maher Belhaj.
Dans ce sens, Belhaj a rappelé que la hausse du salaire brut ne réflète pas ce que reçoit l’employé (salaire net) après la déduction des différentes cotisations (caisses de sécurité sociale et de retraite et impôt sur le revenu) à laquelle les salaires sont soumis, d’où l’effritement de l’augmentation avant d’avoir un impact réel sur le pouvoir d’achat du salarié.
A titre d’exemple l’expert a cité les cadres supérieurs qui devraient bénéficier d’une augmentation brute de 120 dinars mais qui ne recevront qu’une part limitée après la déduction des cotisations précitées, ce qui explique la cause de l’absence d’un sentiment d’amélioration des conditions de vie en dépit des augmentations annoncées.
Selon les statistiques de l’Institut national de la statistique (INS), le taux d’inflation à la consommation familiale a augmenté à 5,5 %, au cours du mois d’avril 2026, contre 5 % au mois de mars de la même année.
Cette hausse s’explique principalement par l’accélération de l’évolution des prix des produits alimentaires, qui ont atteint 8,2 % contre 6,8 % en mars, ainsi que par l’augmentation des prix des vêtements et des chaussures à 9,3 % contre 7,5 % le mois précédent. En revanche, le rythme de hausse des prix des services de transport a ralenti à 2,2 % contre 2,8 % en mars.
En glissement annuel, les prix des produits alimentaires ont augmenté de 8,2 %, en raison de la hausse des prix des fruits de 19,2 %, de la volaille et de la viande d’agneau de 16,1 % chacun, des légumes de 13,5 %, de la viande bovine de 12 % et du poisson frais de 11,9 %. En revanche, les prix des huiles ont baissé de 6,8 % et ceux des œufs de 4,4 %.
Les prix des produits manufacturés ont également enregistré une hausse de 4,7 % en glissement annuel au cours du mois d’avril 2026, principalement tirée par l’augmentation des prix des vêtements et chaussures de 9,3 % et des produits d’entretien de 4,8 %. De même, les prix des services ont augmenté de 4,2 %, notamment sous l’effet de la hausse des prix des services hôteliers de 14,6 %.
Selon l’expert économique, les principales causes de cette hausse des prix sont les dysfonctionnements des circuits de distribution et la domination des intermédiaires et spéculateurs sur le marché. Ce phénomène a contribué à gonfler les marges bénéficiaires entre le producteur et le consommateur et a entraîné une augmentation injustifiée des prix de nombreux produits de base.
Il a également estimé que la pression fiscale exercée sur les salariés est devenue l’un des principaux facteurs d’épuisement de la classe moyenne, alors que l’État dépend largement des impôts directs prélevés sur les salaires, en raison des revenus fiscaux limités provenant de l’économie parallèle et de certains secteurs non structurés.
La consommation constitue l’un des principaux moteurs de la croissance, alors que l’érosion du pouvoir d’achat des salariés freine leur capacité de dépense et pèse négativement sur le cycle économique ainsi que sur la dynamique de la demande intérieure, selon Belhajj.
Il a estimé que les augmentations salariales perdent rapidement leur impact lorsque l’inflation progresse à un rythme supérieur à celui des salaires nets. Ce qui entraîne, du coup, une baisse du salaire réel du citoyen, soit sa capacité effective de consommation, malgré la hausse de son revenu nominal.
Belhajj a souligné que la lutte contre la crise du pouvoir d’achat ne doit pas se limiter à des revalorisations périodiques des salaires, mais plutôt, il nécessite des réformes structurelles profondes, notamment la révision des catégories de revenus imposables , l’allègement de la pression fiscale sur les salariés, la maîtrise de l’inflation, la réforme des circuits de distribution et la lutte contre le monopole, parallèlement à l’amélioration de la productivité.
Il a également mis en exergue le fait que les augmentations de salaires ne peuvent produire des résultats durables si elles ne sont pas accompagnées d’amélioration de la productivité et d’une croissance économique effective. Une hausse des rémunérations sans création de richesse ou amélioration de la rentabilité des entreprises risque d’augmenter les coûts de production et d’alimenter l’inflation, annulant ainsi l’effet des augmentations sur les prix, a-t-il dit.
Sur le plan législatif, le décret n°63 de l’année 2026 prévoit des augmentations salariales pour les agents de la fonction publique à travers la revalorisation de plusieurs primes spécifiques couvrant un large éventail de spécialités et de secteurs.
Selon le même décret, , les montants des augmentations mensuelles ont été fixés en fonction des catégories professionnelles : une hausse de 120 dinars est accordée aux sous-catégories A1 et A2 à partir du 1er janvier 2026, tandis que l’augmentation varie entre 100 et 105 dinars pour la catégorie A3 et la catégorie B, et s’élève à 90 dinars pour les autres catégories, avec une progression dans certains cas au cours des années 2027 et 2028.
Parallèlement, le décret n°64 de 2026 concerne les agents des entreprises et établissements publics. Les cadres bénéficient d’une augmentation de 120 dinars, contre 100 à 105 dinars pour les agents de maîtrise et 90 dinars pour les agents d’exécution. Ces augmentations, intégrées dans une prime spécifique versée sur 12 mois, sont soumises aux cotisations sociales et bénéficient également aux retraités.
Enfin, le décret n°65 de 2026 prévoit une augmentation de la prime de magistrature d’une valeur de 120 dinars par an sur trois ans (2026-2028) pour les magistrats de l’ordre judiciaire, administratif et financier. Ces mesures s’inscrivent dans une politique d’ajustement salarial visant à améliorer le pouvoir d’achat des catégories du secteur public avec l’appuie sur le principe de la gradualité dans le versement des augmentations sur une période de trois ans, tout en respectant les équilibres financiers de l’Etat et la satisfaction des attentes des citoyens d’autre part.


