Qualifier d’« inhumaine » la scène qui s’est déroulée dans un bureau de poste de la capitale relèverait tout simplement de l’euphémisme.
Une patiente atteinte d’un cancer, affaiblie par un traitement lourd de chimiothérapie et de radiothérapie, s’y est rendue fin de la semaine dernière pour retirer un mandat de la CNAM. Trop éprouvée pour accomplir seule les démarches administratives, elle était accompagnée d’un ami qui l’a assistée au guichet.
Comme l’exige la procédure habituelle, l’accompagnateur a remis la carte d’identité de la malade à l’agente chargée du traitement du dossier afin qu’elle puisse vérifier la concordance entre l’identité figurant sur le mandat et celle sur le document officiel. Mais ce qui devait être une simple formalité administrative s’est rapidement transformé en une scène particulièrement humiliante.
Après avoir longuement examiné la carte d’identité et fixé ensuite attentivement la jeune femme souffrante, la fonctionnaire déclare, tout de go, devant les personnes présentes qu’elle « ne ressemblait pas du tout » à la photo figurant sur le document, refusant ainsi de lui remettre le montant du mandat. Déstabilisée et profondément blessée par ces propos, la patiente tente, alors, d’expliquer et de convaincre l’agente que la maladie et les traitements ont altéré son apparence physique, entraînant notamment une perte de poids importante.
Malgré ces explications, l’agent n’ayant aucune pitié face à la souffrance et à la détresse de la jeune femme, se montre implacable et refuse de lui verser son mandat . Profondément blessée dans sa dignité, la malade est prise d’une crise d’hystérie et retire le voile couvrant sa tête afin de montrer son crâne dégarni par la maladie. Un geste douloureux, dicté par la volonté ultime de convaincre son interlocutrice de son identité.
L’intervention d’un collègue de la fonctionnaire ne fera qu’accentuer davantage le profond malaise et sentiment d’humiliation ressentis par la jeune femme. Épuisée moralement et physiquement, elle a finalement quitté les lieux sans percevoir son mandat, profondément marquée par cette expérience vécue comme une atteinte à sa dignité.
Cet incident interroge sur la question de l’accueil des citoyens au sein des services publics, particulièrement lorsqu’il s’agit de personnes vulnérables confrontées à la maladie. Si les procédures administratives doivent naturellement être respectées, elles ne sauraient justifier un traitement dénué d’empathie et d’humanité.
À l’heure où les institutions publiques sont appelées à améliorer la qualité de leurs services et leurs relations avec les usagers, un tel comportement apparaît en totale contradiction avec les principes de respect et de dignité que tout service public est censé garantir.


