En salles – « Jondi » d’Aïmen Cherif : Plus de marketing que de cinéma
Le film semble vouloir parler de drogue, de pègre, d’amour et de patriotisme. On y trouve de l’action, de la romance, de la tristesse et une touche d’humour, il y en a pour tous les goûts mais la synchronisation entre toutes ces données est, décidément, ratée.
La Presse — « Jondi », premier long métrage d’Aimen Cherif, est aussi le premier film d’action tunisien ultra-violent inspiré du Kung-Fu de Hong-Kong et des Etats-Unis. Un genre qui rappelle ce que fait « Kahloucha » à Sousse, découvert dans le documentaire qui porte le même nom du réalisateur Néjib Belkadhi ou encore les films produits par Wakaliwood en Ouganda avec de petits budgets, des scénarios rafistolés axés surtout sur des scènes de combat à la Bruce Lee.
Pour l’avant-première, qui s’est déroulée au Cinéma Pathé de Tunis, la production a mis le paquet pour épater les spectateurs. Un imposant camion militaire avec un écran qui diffuse des scènes du film est installé devant la salle. Des jeunes d’un club d’arts martiaux exécutent une performance. A l’intérieur, devant la salle, les acteurs se prêtent aux flashs des photographes. Dans la salle, avant la projection, les mêmes jeunes, qui étaient à l’extérieur, refont leur numéro d’arts martiaux. Puis, les acteurs montent sur scène pour présenter le film.
Après cette parade promotionnelle, « Jondi » démarre en trombe comme une machine chauffée à bloc avec des scènes de combat dans les labyrinthes d’un tunnel où le soldat « Jondi », qui porte bien son nom, élimine un à un des terroristes et sort indemne sans la moindre égratignure. La scène dure 15 minutes sans relâche. Dès lors, la couleur est donnée et les codes du film d’action sont bien installés. Une fois les terroristes éliminés et que le pays est nettoyé de cette gangrène nuisible et après 20 ans au service de la patrie, notre héros retrouve son statut de civil. Il intègre la police avec le grade d’inspecteur et se trouve chargé de démanteler un réseau de mafieux qui font commerce dans la drogue. Il pense aussi à se marier avec une ancienne amie qui revient de France et avec qui il a une relation amoureuse saugrenue.
Aïmen Cherif cumule plusieurs fonctions dans ce film. Il est à la fois scénariste, réalisateur, producteur et acteur. Il semble avoir produit cette fiction sur mesure sur lui. Le scénario incohérent est construit essentiellement sur les scènes d’action trépidantes et maladroites. L’histoire d’amour est tout juste grand-guignolesque. Les personnages sont risibles : Shokri Abbès, baron du trafic de drogue, porte à son cou une croix qui montre sa conversion au christianisme et son armée d’agents chargés d’exterminer Jondi ou encore la pléiade de figurantes instagrameuses botoxées dont la mission consiste à emballer dans des petits paquets la cocaïne. La femme est sous-estimée et sous-représentée. Celle que ‘‘Jondi’’ aime et désire épouser est une hystérique au comportement bizarre, à la limite schizophrène.
D’après la note d’intention du réalisateur, « le film parle de drogue, de pègre, d’amour et de patriotisme. On y trouve de l’action, de la romance, de la tristesse et une touche d’humour, il y en a pour tous les goûts ». La synchronisation entre toutes ces données est ratée. On est face à des fragments éparpillés sans liaison. Le film souffre de problèmes de ponctuations. Les dialogues sont affligeants. Le jeu d’acteur est déplorable. On se demande comment des comédiens professionnels tels que Ahmed Landolsi, Jamila Chihi, Slah M’sadek, Mohamed Arbi Mezni, Jihed Cherni, Mohamed Dahech, Fethi M’selmani ont accepté d’incarner des rôles aussi insipides.
« Mon film est nourri des films asiatiques que j’affectionne particulièrement (rythme, tension, codes d’honneur) et des blockbusters américains (spectacle et émotion forte). « Jondi » est le fruit de ce mélange. Un film d’action moderne, fait maison et j’espère qu’il satisfera la soif de divertissement de tous les amoureux du cinéma et surtout des fans du genre ». Tout est dit dans cette déclaration du réalisateur qui se vante d’être lui-même le scénariste, le producteur et l’acteur principal.




