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27e édition du Forum de l’économiste maghrébin : Nouveau cap, 70 ans après l’indépendance

  • 22 mai 2026
  • 5 min de lecture
27e édition du Forum de l’économiste maghrébin : Nouveau cap, 70 ans après l’indépendance

Bien qu’il soit difficile de retracer les étapes parcourues par l’économie tunisienne depuis l’indépendance en 1956, l’Economiste maghrébin, revue de référence au niveau national et régional, a revisité, à l’occasion de son 27e forum international, jeudi à Tunis, les principaux cycles de développement marquant les 70 ans d’histoire contemporaine du pays, tout en montrant un nouveau cap pour la construction de l’avenir, en fonction des acquis, des atouts, mais aussi des changements profonds à travers le monde.

La Presse — Hédi Mechri, directeur de la publication, a pointé, d’emblée, le partenariat et la coopération entre le public et le privé comme piste qui a déjà fait ses preuves dans les économies du Sud-Est asiatique, classées aujourd’hui parmi les économies les plus prospères de la planète, bien que la Tunisie soit nettement en avance par rapport à eux, il y a près de 7 décennies.

«En 1964, la Tunisie était non seulement sur la ligne de départ d’un développement assumé, elle était même en pole position par rapport aux pays du Sud-Est asiatique. Le volontarisme de l’État, la fièvre entrepreneuriale — le taux d’investissement atteignait près de 40% du PIB —, la course effrénée à la richesse laissaient présager un développement ininterrompu et une émergence trop rapide», a souligné Mechri, faisant état de «désillusion».

Car, selon lui, «soixante ans plus tard, les dragons du Sud-Est asiatique caracolent sur le toit du monde de la technologie, de l’innovation, des industries 4.0, quand notre modèle de développement remanié plus d’une fois s’est essoufflé, révélant ses propres limites», a-t-il regretté.

Il a expliqué le gap engendré d’une certaine manière par un contraste contextuel marqué, entre autres, par des tensions géopolitiques dans la région euroméditerranéenne, alors que les «Dragons asiatiques» auraient tiré «un énorme bénéfice du dynamisme de la zone Pacifique qui dominait la planète».

Toutefois, «la civilisation du bol de riz et les considérations géopolitiques n’enlèvent rien au mérite des dragons asiatiques. Ils n’auraient jamais pu atteindre de telles performances s’ils n’avaient adopté un mode de gouvernance fondé sur un véritable partenariat public-privé qui les a propulsés au plus haut de l’échelle de développement», a-t-il affirmé, considérant que «les interrogations qui entachent chez nous l’impératif du partenariat public-privé résument pour l’essentiel les limites et l’essoufflement de notre modèle de développement».

Et Hédi Mechri de conclure par un appel à mettre en place «une alliance stratégique pour l’avenir» insistant «qu’il ne s’agit plus de déléguer ou de concurrencer mais de coconstruire»…

La souveraineté du 21e siècle

Si la souveraineté territoriale chèrement acquise il y a 70 ans n’est point à remettre en cause au regard de ce qui a été accompli par les Tunisiens, quoique considéré insuffisant, l’indépendance de la décision nécessite aujourd’hui une action multidimensionnelle compte tenu des bouleversements en cours à travers le monde.

L’ancien vice-président de la Banque mondiale pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, Ferid Belhaj, a dressé une nouvelle doctrine d’une souveraineté à quadruple dimensions : humaine, alimentaire, financière et technologique. 

Pour l’expert, intervenant en visioconférence depuis Washington, le facteur humain a toujours été un atout stratégique de la Tunisie, alors que les compétences tunisiennes ne manquent pas de faire leurs preuves aussi bien en Tunisie qu’à l’étranger. Mais il a déploré la fuite des cerveaux, la qualifiant de «fuite de souveraineté».

«Nous formons les jeunes mais nous les perdons», a-t-il noté, montrant ainsi que «nous ne faisons que financer la compétitivité des autres», avant de constater que les pays qui dépendent de l’expertise des autres «finissent par dépendre de la décision des autres», d’où l’urgence de trouver un mécanisme permettant de retenir et d’intéresser les ingénieurs, les médecins et les compétences tunisiennes.

Le caractère urgent est également demandé dans l’action agricole qui devrait faire preuve non seulement de capacités de production mais aussi de résilience, ainsi que dans le domaine financier, marqué aujourd’hui par des difficultés et des dettes accumulées, alors qu’il ne peut y avoir de souveraineté complète sans performance agricole et sans solidité financière.

A ce sujet, Belhaj a averti du danger de privilégier le financement du présent de l’Etat au lieu de financer l’avenir du pays, expliquant que si les moyens financiers sont employés pour payer les dettes, cela se traduirait par une baisse des ressources financières au profit des investissements dans l’éducation, la santé, l’énergie, etc. Et cela conduirait à un ralentissement de l’économie.

Au sujet des bouleversements géopolitiques et des tensions au Moyen-Orient, Férid Belhaj a mis l’accent sur l’importance de la position géographique de la Tunisie qui était de tout temps un atout majeur du commerce international. Le contexte étant marqué par des difficultés de navigation aux détroits d’Ormuz et de Bab al-Mandab, le canal de Sicile entre la Tunisie et l’Italie gagnerait en importance non seulement pour les flux énergétiques mais également pour l’électricité verte, l’hydrogène, les données numériques et les nouvelles chaines industrielles…

«Mais la géographie à elle seule ne crée pas la prospérité», a-t-il martelé, insistant sur l’importance d’investir dans une logistique moderne et compétitive, concluant que «cette transformation pourrait repositionner la Tunisie dans la nouvelle géographie énergétique euroméditerranéenne».

Là aussi la rapidité est exigée et la lenteur est synonyme de vulnérabilité stratégique…

Auteur

Lassâad BEN AHMED

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