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Coopération espagnole en Tunisie : 25 millions d’euros et une ambition retrouvée

  • 25 mai 2026
  • 6 min de lecture
Coopération espagnole en Tunisie : 25 millions d’euros et une ambition retrouvée

Près de 25 millions d’euros pour réhabiliter une station d’épuration desservant 900 000 personnes, un bureau rouvert depuis 2024 après une décennie de format réduit, de nouveaux axes thématiques en santé et en développement territorial : la visite effectuée les 21 et 22 mai à Tunis par le Directeur général de la coopération espagnole et la Directrice de la coopération avec l’Afrique, le Monde arabe et l’Asie marque un tournant assumé. Consuelo Tomé Virseda, Coordinatrice générale de l’AECID en Tunisie, en détaille les enjeux.

La coopération espagnole n’a jamais quitté la Tunisie. Présente depuis trente ans de manière ininterrompue, elle a néanmoins traversé une période de format réduit à partir de 2013, lorsque la grande structure de bureau a été fermée dans un contexte de restrictions budgétaires préexistant à la révolution. Durant plusieurs années, l’AECID a continué d’opérer depuis une antenne, avec des projets de moindre envergure. C’est en 2024, face à l’ampleur croissante des besoins et à la volonté partagée d’approfondir le partenariat, que le bureau a officiellement rouvert. Ce retour en force a permis de constituer une équipe professionnelle étoffée, de multiplier les programmes et d’engager avec les institutions tunisiennes un dialogue plus ambitieux. 

Cette visite de haut niveau intervient, qui plus est, dans un contexte international marqué par des coupes massives dans l’aide publique au développement. L’Espagne fait un choix délibérément inverse : elle considère la coopération comme un instrument de paix, de dialogue et de développement, et cette délégation conjointe en est la démonstration concrète.

Un partenariat stratégique ancré dans quatre priorités

Les rencontres institutionnelles ont posé les jalons de cet engagement renouvelé. Quatre axes structurent cet engagement. Le premier est la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes véritable signature de l’AECID , qui se traduit par des programmes de lutte contre les violences de genre et de création d’opportunités économiques pour les femmes, notamment dans le secteur agricole. Le deuxième axe porte sur l’inclusion économique des jeunes, à travers des modèles innovants d’économie sociale et solidaire dans lesquels l’Espagne juge avoir autant à apprendre qu’à partager. Le troisième concerne la transition écologique : lutte contre le changement climatique, développement agricole durable et gestion des ressources en eau, autant de défis que l’Espagne et la Tunisie partagent en tant que pays méditerranéens. Le quatrième axe, enfin, vise à renforcer les mécanismes d’inclusion civique des jeunes et leur participation à la vie publique.

Chotrana, Chanti, Bella, Magrumin : quatre projets, une même ambition

La première journée de visite s’est ouverte à la station d’épuration de Chotrana, dans le Grand Tunis. Il s’agit de la première opération de coopération financière de l’AECID en Tunisie sous forme de crédit, menée en partenariat avec les coopérations allemande et française en raison de son envergure, et visitée en compagnie du directeur général de l’ONAS. Avec près de 25 millions d’euros engagés pour réhabiliter une installation assurant le traitement des eaux de près de 900 000 habitants dans la zone de Nabeul, ce projet illustre ce que la coopération espagnole entend apporter de plus concret et de plus structurant.

La délégation s’est ensuite rendue à l’Espace Chanti, porté par l’association du même nom, qui accompagne des initiatives ancrées dans le travail décent et la transformation des territoires, avec des antennes à Nefta et au Kef — signe que l’action espagnole rayonne bien au-delà de la capitale. Non loin de là, l’initiative Bella, conduite par l’Association Beiti, propose une formation professionnelle assortie d’un accompagnement en santé et d’un soutien juridique à des femmes en grande vulnérabilité : victimes de violences, femmes en situation de rue ou dans des conditions de vie précaires. La responsable espagnole souligne le caractère fondamental de ce dispositif pour permettre à ces femmes de reconstruire leur autonomie.

La visite s’est clôturée à la Médersa Slimani, dans la Médina de Tunis, dans le cadre du programme Magrumin, mis en œuvre avec le British Council, l’Union européenne et FIA. Destiné à promouvoir l’inclusion des jeunes par la culture et le sport, ce programme a permis à la délégation de participer à un échange direct avec des jeunes porteurs de projets dont un entrepreneur dans le domaine du sport électronique et des participants à une académie de renforcement de capacités  ainsi qu’avec des associations travaillant sur la santé mentale par la culture, et des représentants institutionnels du programme Servision, qui rénove l’offre de 21 structures publiques pour mieux associer les jeunes à la conception de leurs propres programmes. Le directeur général a pris la parole pour qualifier ces initiatives de « porteuses d’espoir dans des temps de crise ». Les jeunes, de leur côté, ont exprimé librement leurs aspirations et leurs préoccupations devant l’ensemble de la délégation.

Des perspectives élargies et un bilan résolument optimiste

Le bilan de cette visite est, selon la Coordinatrice générale, résolument positif. Au-delà du financement de Chotrana, l’AECID entend mobiliser un spectre d’acteurs plus large : les coopérations décentralisées espagnoles — notamment les agences catalane et andalouse — ainsi que les ONG, qui constituent des vecteurs essentiels de la solidarité espagnole à l’échelle locale.

Une réunion avec la Coordonnatrice résidente des Nations Unies a également eu lieu, illustrant l’ambition de l’AECID d’être un partenaire intellectuel et stratégique, et pas seulement financier. Dans le prolongement du Sommet sur le financement du développement tenu l’année dernière à Séville, l’agence souhaite alimenter en Tunisie une réflexion collective sur les moyens de mieux financer le développement.

Plusieurs nouveaux axes thématiques s’ouvrent également : la santé des femmes, la santé mentale, les soins aux personnes âgées et aux enfants. Sur le plan technique, les échanges entre fonctionnaires et experts tunisiens et espagnols seront renforcés autour du développement agricole et de la gestion hydraulique, dans le prolongement d’une rencontre récente à Cordoue réunissant une délégation tunisienne et des représentants de l’ensemble des pays méditerranéens. Enfin, le développement local et le renforcement des communes s’imposent comme un axe transversal, la proximité avec les citoyens étant perçue comme un levier aussi décisif que les grands programmes nationaux. 

Auteur

S. M.

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