Longtemps cantonné aux usages traditionnels dans le bâtiment, le gypse tunisien suscite aujourd’hui un intérêt croissant en raison de son potentiel industriel et de ses perspectives d’exportation. Entre réserves importantes, qualité reconnue et demande croissante en matériaux de construction modernes, plusieurs professionnels du secteur appellent à accélérer la transformation locale afin de faire du gypse un véritable moteur de création de valeur et de devises.
Selon des acteurs de la filière, la Tunisie posséderait la deuxième réserve mondiale de gypse après le Canada. Si cette donnée reste principalement issue de déclarations sectorielles et n’est pas officiellement confirmée par des organismes internationaux spécialisés tels que l’USGS, le potentiel géologique du pays, lui, ne fait guère de doute.
Le sud tunisien, notamment les régions de Tataouine ainsi que la zone d’Oued El Ghar-Mestaoua, abrite d’importants gisements de gypse à haute pureté. Les documents du ministère de l’Industrie et des Mines confirment d’ailleurs l’existence de nombreuses concessions et permis d’exploitation répartis entre Tataouine, Gafsa, Sidi Bouzid, Zaghouan et d’autres régions du pays.
Une ressource abondante aux multiples débouchés
Utilisé dans les enduits, les matériaux de construction, les plaques de plâtre et les solutions d’isolation thermique et acoustique, le gypse occupe une place de plus en plus importante dans les standards modernes du bâtiment. Les plaques de plâtre, notamment, connaissent une forte progression dans les projets immobiliers et les constructions à haute performance énergétique.
Plusieurs entreprises tunisiennes, à l’image de MEDGYP ou SIPS Plâtre, mettent en avant la qualité élevée du gypse tunisien, caractérisé notamment par sa blancheur et sa pureté. Certaines exportent déjà vers des marchés étrangers, notamment africains et européens.
Le secteur contribue en outre à l’activité économique régionale et à l’emploi, avec plusieurs milliers de postes directs et indirects liés à l’extraction, au transport et à la transformation du minerai.
Le défi de la transformation industrielle
Malgré cette richesse naturelle, les professionnels du secteur estiment que la Tunisie reste encore insuffisamment positionnée sur les produits à forte valeur ajoutée. Le pays continue notamment d’importer des plaques de plâtre destinées au secteur du bâtiment, faute d’une industrie locale suffisamment développée dans ce segment.
Plusieurs industriels soulignent ainsi la nécessité de développer des unités spécialisées dans la fabrication de placoplâtre et de matériaux dérivés du gypse, afin de réduire les importations, préserver les réserves en devises et renforcer la compétitivité du pays sur les marchés africains.
Pour les observateurs, l’enjeu dépasse le simple cadre minier. Il s’agit désormais de transformer une ressource naturelle abondante en véritable filière industrielle intégrée, capable de soutenir les exportations, de dynamiser les régions intérieures et de répondre aux nouvelles exigences du secteur de la construction durable.



