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« L’art, expression esthétique ou nécessité d’équilibre intérieur ? » à AlGallery : Entre science, conscience et inconscient

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  • 26 mai 2026
  • 8 min de lecture
« L’art,  expression esthétique ou nécessité d’équilibre intérieur ? » à AlGallery : Entre science, conscience et inconscient

A la croisée de la science, de la conscience et de l’inconscient, la galerie AlGallery a accueilli une table ronde autour d’une question aussi intime qu’universelle : « L’art, expression esthétique ou nécessité d’équilibre intérieur ? ». Organisée en marge de l’exposition « It’s probably me… » de Sahar Bettaieb, la rencontre a réuni médecins, artistes, universitaires et passionnés d’art pour interroger le rôle profond de la création dans nos vies. Entre reconstruction intérieure, art-thérapie et quête de soi, les échanges ont mis en lumière un art pensé moins comme recherche du beau que comme nécessité vitale, capable d’apaiser les blessures invisibles et de redonner sens à l’expérience humaine.

La Presse — AlGallery a récemment accueilli une table ronde «L’art: expression esthétique ou nécessité d’équilibre intérieur ? ». La rencontre s’est déroulée en marge de l’exposition « It’s probably me… » de Sahar Bettaïeb qui s’est prolongée jusqu’au 24 mai dernier. Elle a été animée par les journalistes Mehdi Kantaoui et Nadia Ayadi.

L’art comme espace de reconstruction

Ce rendez-vous a réuni journalistes, médecins et artistes et passionnés d’arts. Un tour de micro a permis, à chaque fois,  de recueillir les réponses aux points soulevés par le débat. Le point commun entre beaucoup d’intervenants, c’est qu’ils exercent un métier scientifique tout en s’impliquant dans un chemin artistique depuis leur plus jeune âge.

Sahar Bettaïeb, elle-même, est spécialiste en chirurgie cardiaque. Dans ce parcours « entre scalpels et pinceaux », c’est évidemment la peintre qui a précédé la chirurgienne. « L’artiste restée en hibernation a fini par s’imposer », a déclaré Sahar Bettaïeb. Elle a, en fait, attendu presque 30 ans pour sa toute première exposition. Cette décision de s’afficher en peintre confirmée et de partager ses créations marque pour elle une frontière entre deux phases de sa vie.

Pour revenir au thème du débat, les intervenants ont été d’accord que toute forme d’expression artistique est moins une recherche du « beau » qu’un moyen de supporter une tension et d’organiser le chaos intérieur.

Quand le parcours professionnel obéit à des calculs et des précisions, l’art devient une expression de l’âme de la fragilité humaine, parfois même une nécessité et un moyen de survie. Les médecins sont particulièrement confrontés tous les jours à la douleur des malades, les tourmentes des parents et à l’exigence d’intervenir pour leur apporter du réconfort.

Ils se tournent vers l’art pour compenser les séquelles émotionnelles de leur profession profondément éprouvante. L’art n’est pas dans ce sens perçu comme simple performance esthétique, mais devient un moyen de transformation psychique. Une psychologue présente a confirmé que, pour la peinture, les images, les couleurs et les formes révèlent des aspects parfois inconscients de soi.

Elles traduisent « un état d’âme, un état d’être ». Ce n’est donc pas une expression rationnelle et « réfléchie ». Pour Sahar Bettaïeb, c’est une introspection et une compensation à la fois. « Chacun de nous porte un monde à explorer. Le meilleur voyage se fait à cette terre inconnue qui est soi même ». Elle a également raconté que c’est pendant ses années de séjour à Paris qu’elle a senti le besoin de peindre Sidi Bou Saïd.

Selon les intervenants, nous sommes tous artistes d’une certaine manière, quel que soit le choix de carrière. On ne naît certainement pas « les doigts sur un piano », mais on se découvre des talents au fil des années. Et, en plus de l’art de créer, il y a « l’art de recevoir », de se laisser toucher et imprégner par différents types d’expressions et de sensibilités artistiques.

L’art comme complément de soins

Qu’est-ce qui inspire le plus la créativité artistique ? Les blessures ou les phases d’équilibre ? Parmi les réponses, c’est que toute forme d’art répare l’invisible en nous. Elle atteint ce qui est inaccessible et qui échappe à la médecine à son état conventionnel, d’où le grand intérêt de l’art-thérapie. Cette discipline gagne de plus en plus l’intérêt des soignants et des demandeurs de soins.

Le soulagement est recherché entre la science et l’art qui s’avère être un vrai complément du traitement médical proprement dit. Sahar Bettaïeb a raconté comment la peinture l’a aidée dans sa convalescence suite à un accident de route grave qu’elle a subie. Michela Marguerita Sarti, peintre et commissaire d’exposition, a évoqué dans ce sens que sa carrière artistique a eu un grand intérêt pour l’aider à supporter les séquelles d’une chirurgie lourde.

C’est aussi pour cette raison que des artistes visitent régulièrement les services de pédiatrie pour partager des activités créatives avec les enfants hospitalisés. Les médecins présents pensent qu’il faudrait un jour commencer à prescrire les visites des galeries, des musées, les spectacles et autres sur ordonnance.

Ils sont particulièrement revenus sur l’intérêt des ondes en musicothérapie. Ils ont expliqué qu’elles peuvent agir sur les tendinites, les céphalées et différents types de douleurs, mais dans une certaine limite. « On ne peut pas enlever une tumeur en peignant », comme l’a souligné Sahar Bettaïeb. L’art-thérapie cherche tout de même un effet de transformation ou d’équilibre chez la personne. Un coach de taï-chi présent à la rencontre a aussi décrit, d’après son expérience, l’intérêt apaisant de  l’expression corporelle, notamment quand elle est combinée à la musique.

Retrouver le langage de la main

Habib Ben Salha, universitaire, écrivain et journaliste,  a intervenu pour souligner davantage l’importance des arts visuels. « J’accuse les poètes qui ne fréquentent pas les galeries », dixit Habib Ben Salha. Il a incité à se découvrir par la peinture. Dans cette forme poétique muette, plusieurs disciplines se croisent, dont les sciences et la littérature.

« Le meilleur roman, pour moi, est un roman visuel ». Même si le sens des toiles demeure en partie inaccessible, il y a aussi, selon Ben Salha, l’art de ne pas comprendre, de se laisser porter par cette ambiguïté. Le plus important serait de multiplier les questions et de ne pas chercher de réponses tranchées. Habib Ben Salha considère tout de même que les toiles n’ont pas à être encombrées de détails, à l’image du subconscient chargé d’idées et d’émotions.

Il est préférable d’opter pour « la difficulté d’être simple, le courage de faire simple pour laisser l’autre réfléchir ». Un autre point crucial dans l’intervention de Ben Salha, c’est l’appel à « retrouver le langage de la main » qui est « un cerveau à part ». C’est, selon lui, ce qui nous sauve de « l’inintelligence artificielle ».

Il a fortement critiqué les affiches générées machinalement par IA, faites par ceux qui « volent et qui sont volés par la suite », alors que les vrais artistes existent. Il a également déploré que nous soyons passés de la culture de la main qui crée à la culture du doigt improductif qui scrolle sur un écran de téléphone.

« It’s probably me… or you »

Sahar Bettaïeb a annoncé à l’occasion de cette rencontre une prochaine exposition qui s’intitulera « It’sprobably me… or you ». Le titre de la première exposition qui vient de s’achever signifie littéralement « c’est probablement moi». Cette nuance émotionnelle et introspective est doublée d’une hésitation, surtout avec l’ajout des trois points à la fin.

Si elle parle d’elle-même à travers ses tableaux, d’autres pourraient certainement se reconnaître dans ce questionnement personnel. Les peintures se veulent, en effet, « un miroir tendu au visiteur ». La deuxième exposition viendra renforcer ce passage de l’intime au partage. Elle prolongera le même univers, entre mémoire, réalité et onirisme. Un livre verra aussi le jour, avec notamment des photographies des peintures et des textes. La première toile qui y figure s’appelle « Schizophrénie », un choix qui est loin d’être anodin.  Nous y reviendrons.

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Auteur

Amal BOU OUNI

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