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Economie

Kairouan-Sidi Amor-Bouhajla – Élevage équestre : Le galop d’un patrimoine en quête de piste…

  • 29 mai 2026
  • 4 min de lecture
Kairouan-Sidi Amor-Bouhajla – Élevage équestre : Le galop d’un patrimoine en quête de piste…

« À Sidi Amor, dans la plaine de Kairouan, la passion du cheval cherche encore son horizon. L’activité équestre n’y est pas un simple héritage, c’est une promesse qui ne demande qu’à s’accomplir. Entre la noblesse des pur-sang arabes et la vigueur des Barbes, ce terroir de Kairouan couve de véritables « robes dorées » au potentiel économique inexploité.

Pourtant, malgré des générations de savoir-faire et une passion qui innerve chaque écurie familiale, ce trésor national semble aujourd’hui sacrifié sur l’autel de l’oubli, faute d’infrastructures. Immersion au cœur d’une vocation territoriale unique où, entre fierté et amertume, le galop d’un patrimoine d’exception cherche désespérément son horizon et sa piste ».

La Presse — Par-delà les grands axes de développement, les mégaprojets industriels et les discours convenus sur l’investissement régional, il existe en Tunisie des territoires dont la vocation est presque naturelle. Des régions où l’histoire, la géographie et le savoir-faire populaire dessinent, depuis des générations, une spécialisation évidente.

La délégation de Sidi Amor-Bouhajla appartient à cette catégorie. Cette localité du gouvernorat de Kairouan cultive, depuis longtemps, une relation singulière avec le cheval. Non pas comme simple animal utilitaire, mais comme patrimoine vivant, marqueur social et héritage familial. Ici, l’élevage équin relève d’une culture enracinée, particulièrement autour de deux races emblématiques : le pur-sang arabe et le barbe, joyaux du patrimoine maghrébin.

Dans les écuries familiales comme lors des rassemblements locaux, le cheval conserve une place à part. Des lignées sont suivies avec rigueur, des croisements étudiés avec patience, et une véritable expertise empirique s’est transmise de père en fils. Pourtant, ce potentiel demeure largement sous-exploité.

L’impératif d’un hippodrome bien aménagé

Comment expliquer qu’une région disposant d’un tel ancrage dans l’élevage équin ne dispose ni d’hippodrome structuré, ni de club hippique digne de ce nom? La question mérite d’être posée.

Un hippodrome à Sidi Amor ne serait pas un simple équipement de prestige. Il constituerait un levier économique et culturel. D’abord pour professionnaliser davantage une filière encore dispersée. Ensuite pour attirer compétitions, manifestations équestres, tourisme intérieur et investisseurs privés intéressés par les sports hippiques et l’élevage de qualité.

Le modèle n’a rien d’utopique. Dans plusieurs pays méditerranéens et du Golfe, l’économie du cheval représente un segment à forte valeur ajoutée, associant élevage, formation, compétitions, tourisme et commerce spécialisé. « Le pur-sang arabe n’est pas uniquement une race : c’est un patrimoine génétique, culturel et économique », rappelle Lassâad Souaï, reconnu comme l’un des grands spécialistes tunisiens du pur-sang arabe.

Pour lui, Sidi Amor possède des atouts rares : « La région dispose d’éleveurs expérimentés, d’une tradition authentique et d’un environnement favorable.

Avec une structure adaptée, elle pourrait devenir un pôle national de référence dans l’élevage et les activités hippiques ». D’où la nécessité, selon lui, d’aménager un véritable hippodrome dans la région de Chouayhiya sur la route desservant Sidi Amor et Cherarda ou encore à Nasrallah dans la plaine limitrophe de Jbel Nasrallah. Selon Souaï, la Tunisie gagnerait à mieux valoriser ses terroirs spécialisés au lieu de reproduire partout les mêmes schémas de développement.  « On ne construit pas une filière à partir de rien. À Sidi Amor, la matière première existe déjà : le savoir-faire humain et la passion du cheval ».

Une filière équine qui attend son décollage

Au-delà de l’infrastructure, un club hippique permettrait aussi l’initiation des jeunes à l’équitation, la formation aux métiers liés au cheval, ainsi qu’un cadre institutionnel pour préserver et promouvoir les races nobles locales.

Dans une Tunisie qui cherche encore ses modèles de développement régional, Sidi Amor offre une évidence : parfois, il suffit d’écouter le territoire. Encore faut-il que les décideurs sachent entendre ce que l’histoire locale murmure depuis longtemps. Car certains projets ne relèvent pas de l’ambition artificielle, mais de la simple reconnaissance d’une vocation naturelle. À Sidi Amor-Bouhajla, cette vocation porte crinière, noblesse et mémoire. Elle attend désormais une piste.

Auteur

Mohamed Hedi ABDELLAOUI

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