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La société tunisienne à l’heure des «coachs» : Quand la popularité remplace la compétence…

  • 1 juin 2026
  • 5 min de lecture
La société tunisienne à l’heure des «coachs» : Quand la popularité remplace la compétence…

Ils donnent des conseils sur la nutrition, le développement personnel, le sport, le sommeil, les relations humaines ou encore la réussite professionnelle.

En Tunisie, les «coachs» en tous genres occupent désormais une place grandissante sur les réseaux sociaux, où ils cumulent parfois des dizaines de milliers d’abonnés et une influence qui dépasse largement le cadre virtuel.

Mais comment font-ils pour devenir aussi convaincants aux yeux de leurs fans inconditionnels et leurs disciples ?

La Presse —À l’ère des influenceurs et des instagrammers, ces nouveaux prescripteurs de comportements séduisent un public en quête de bien-être, de motivation ou de solutions rapides à des problèmes du quotidien.

Une simple vidéo de quelques secondes, un slogan accrocheur ou une transformation physique spectaculaire suffisent souvent à attirer l’attention et à créer une forme de crédibilité immédiate.

 Pourtant, derrière cette popularité grandissante, de nombreuses interrogations émergent : d’où viennent réellement leurs informations ? Sur quelles études s’appuient-ils ? Quelle formation possèdent-ils ?

Et surtout, comment expliquer une telle notoriété dans une société pourtant de plus en plus connectée à l’information scientifique ?

Le recul des références scientifiques classiques

Autrefois, les informations liées à la santé, à la nutrition ou à la psychologie étaient relayées par des revues spécialisées, des médecins, des universitaires ou des journalistes scientifiques s’appuyant sur des études clairement identifiées.

Aujourd’hui, le phénomène semble avoir changé de nature.

Les conseils arrivent désormais directement via les plateformes numériques, souvent sans sources précises ni références scientifiques vérifiables.

Certains coachs affirment détenir des méthodes révolutionnaires pour perdre du poids, améliorer son mental ou «transformer sa vie» en quelques semaines.

D’autres avancent des recommandations parfois étonnantes, comme marcher 50.000 pas par jour ou suivre des routines extrêmes, sans jamais expliquer l’origine de ces affirmations.

Dans de nombreux cas, la popularité remplace la compétence. Le nombre d’abonnés devient un argument d’autorité et la visibilité numérique donne l’impression d’une expertise automatique.

Une fascination pour les solutions miracles rapides

Les sociologues qui ont traité de ce phénomène ont estimé que cette prolifération des coachs traduit avant tout une transformation profonde des rapports à l’autorité et au savoir.

«Nous vivons dans une société où l’image et la rapidité dominent. Les internautes veulent des réponses simples, immédiates et accessibles.

Le coach moderne répond parfaitement à cette attente en proposant des solutions prêtes à l’emploi», expliquent-ils. Selon eux, les réseaux sociaux favorisent également une logique émotionnelle plutôt que rationnelle.

«Beaucoup de contenus reposent sur le témoignage personnel, l’apparence physique ou la mise en scène de la réussite. Cela crée une proximité psychologique avec le public, même lorsque les compétences réelles restent floues», ajoutent-ils.

Les sociologues soulignent aussi que certains coachs exploitent les fragilités contemporaines. «Ils travaillent souvent sur la culpabilité, l’ego ou la peur de l’échec.

Ils promettent confiance en soi, réussite ou transformation physique en vendant l’idée qu’il suffit de suivre leurs méthodes pour changer de vie». 

Entre marketing personnel et quête de reconnaissance

Le phénomène dépasse aujourd’hui le simple conseil en ligne. Certains coachs monnayent leurs contenus à travers des formations, des consultations privées, des programmes alimentaires ou des abonnements payants.

Une économie entière s’est développée autour du développement personnel et du bien-être. Dans cet univers, le marketing personnel joue un rôle central.

Les vidéos dynamiques, les citations inspirantes et les témoignages spectaculaires permettent de construire une image de réussite qui attire un public toujours plus large.

 La formule «selon le coach d’un magazine féminin» ou «recommandé par un expert des réseaux sociaux» est devenue une référence suffisante pour beaucoup d’internautes, même lorsque les qualifications réelles des personnes concernées demeurent difficiles à vérifier.

Un besoin de vigilance

Si certains professionnels sérieux exercent réellement avec des compétences reconnues, nutritionnistes diplômés, psychologues ou préparateurs physiques certifiés, la multiplication des faux experts soulève des inquiétudes croissantes. Pour plusieurs observateurs,

il devient essentiel de réhabiliter l’esprit critique face aux contenus diffusés en ligne. Vérifier les sources, consulter des professionnels qualifiés et distinguer le conseil scientifique du simple discours marketing apparaissent désormais comme des réflexes indispensables dans un environnement numérique saturé d’informations.

Car à force de vouloir transformer chaque internaute en expert autoproclamé, les réseaux sociaux brouillent parfois la frontière entre accompagnement sérieux et influence surcotée.

Auteur

Mohamed Salem Kechiche

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