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Vient de paraitre – « Kabou El Hafsia » aux éditions Cérès : La descente dans les profondeurs de l’être

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  • 1 juin 2026
  • 5 min de lecture
Vient de paraitre – « Kabou El Hafsia » aux éditions Cérès : La descente dans les profondeurs  de l’être

Premier roman et premier pari réussi pour Mohamed Amine Ben Hlel

La Presse —Premier roman, première aventure littéraire et surtout premier défi que relève Mohamed Amine Ben Hlel avec une maîtrise remarquable. «Kabou El Hafsia» ou La Cave de la Hafsia  s’impose d’emblée comme une œuvre singulière, portée par une écriture fluide et un imaginaire dense où se mêlent mémoire, rêve et introspection.

Choisir ce titre n’a rien d’anodin. Le mot «kabou», la cave, renvoie à un espace enfoui, souterrain, caché. Quant à la Hafsia, ce quartier populaire du centre-ville de Tunis, riche de métissages culturels et porteur d’une mémoire collective foisonnante, habité par une population souvent à la marge, elle constitue un puissant réservoir d’images, de récits et de symboles.

Le titre agit ainsi comme un talisman,  une première clé de lecture, orientant le regard vers ce qui se cache sous la surface des choses ou a la lisière d’une vie qui avance sans trop se questionner sur son devenir.

Pourtant, Mohamed Amine Ben Hlel ne s’aventure jamais réellement dans la Hafsia elle-même.

Il demeure dans le centre-ville, circule entre Bab Bhar et le quartier européen de Tunis, effleure la médina sans véritablement s’y perdre. Rester extra muros semble même constituer un choix fondamental.

En revanche, descendre sous la ville, explorer ses zones d’ombre réelles ou imaginaires, ne lui inspire aucune hésitation. Là se déploie toute sa dramaturgie.

Dans les méandres d’un souterrain, dans les bars miteux, dans les chambres insalubres d’une habitation de fortune ou dans les trous noirs d’une existence qui bascule entre les mains du tortionnaire.

Entre rêve, souvenir, fantasme et illusion, les personnages évoluent dans un univers où les frontières sont poreuses.

Ils errent entre le monde d’en haut et celui d’en bas, entre ce qui est montré et ce qui demeure caché. Une architecture du visible et de l’invisible. Du dit et du non-dit. De ce qui se vit au grand jour et de ce qui reste enfoui dans les replis de la mémoire ou de la conscience.

L’une des grandes réussites du roman réside dans sa dimension profondément cinématographique. Les personnages semblent familiers.

Ils donnent l’impression d’avoir été croisés un jour dans les rues de la ville, dans un café ou à un coin de trottoir.

Les images se succèdent avec fluidité et composent un univers à la fois réaliste et troublant, fait d’odeur forte d’eau de cologne qui se bat pour cacher l’odeur aigre et tenace de la  beuverie au mauvais vin de la veille.

L’odeur de la cigarette et des cendres froides qui se mêle à la moisissure et le brouhaha des lieux communs enfumés et âpres. Autre prouesse : la manière dont l’auteur joue avec le temps.

Les allers-retours, les détours et les arabesques narratives se multiplient sans jamais perdre le lecteur. Pour une première œuvre, cette maîtrise est remarquable.

Mohamed Amine Ben Hlel ne cherche jamais à impressionner ou à dominer son lecteur. Au contraire, il l’accompagne avec simplicité et générosité dans une histoire peu commune.

Mais cette histoire n’est peut-être pas aussi étrange qu’elle en a l’air. Car au fond, «Kabou El Hafsia» parle de cette part obscure que chacun porte en soi.

Cette arrière-boutique de l’existence où s’accumulent souvenirs, blessures, désirs et secrets. Non pas nécessairement des choses que l’on cherche à cacher, mais des réalités que l’on ne raconte pas.

Parce qu’elles appartiennent à une intimité profonde. Parce qu’elles ne trouvent leur place que dans la littérature. Le roman avance ainsi comme une succession de révélations.

Celles d’un être à la fois proche et inaccessible. D’une vie dont certains fragments affleurent tandis que d’autres demeurent dans l’ombre. Chaque personnage semble porter une parcelle de son créateur.

Chaque visage apparaît comme le reflet possible d’une expérience vécue, rêvée ou redoutée. Au fil des pages, le lecteur a parfois l’impression d’avoir accès à une boîte noire.

D’entrer dans un espace habituellement fermé. D’approcher l’intimité d’un parcours dont les contours pouvaient être devinés sans jamais avoir été véritablement révélés.

L’écriture participe pleinement de cette sensation. Belle, fluide, agréable et accessible, elle attire le lecteur avec douceur avant de l’entraîner vers des territoires beaucoup plus sombres.

Car, derrière la limpidité du style, se déploient la violence, la cruauté, les peurs et les cauchemars qui nourrissent l’imaginaire de l’auteur.

Un imaginaire façonné par le vécu, les rêves, les blessures et les hantises.

«Kabou El Hafsia» est une boîte de Pandore qui se lit d’une seule traite. Un roman qui révèle autant qu’il dissimule, qui expose autant qu’il protège. Un premier livre prometteur qui marque l’entrée en littérature d’une voix singulière.

Et au terme de cette lecture demeure une impression rare : celle d’avoir approché quelque chose d’essentiel, de profondément humain.

D’avoir entrevu, derrière les personnages et les récits, la part secrète d’un auteur qui se dévoile tout en continuant à préserver son mystère.

Beau livre. Belle expérience de lecture. Et la conviction que la suite du parcours littéraire de Mohamed Amine Ben Hlel s’annonce encore plus captivante.

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Auteur

Asma DRISSI

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