E1 : la colonisation qui enterre la paix
Que signifie E1 ? C’est un projet sioniste qui vise à urbaniser et à relier l’espace situé entre El Qods-Est à l’une des plus importantes implantations coloniales en Cisjordanie occupée. Ce projet de colonisation revient sans cesse, il a pour but de redessiner la géographie et l’avenir politique de la Cisjordanie ; avec le lancement actuel des appels d’offres, une nouvelle étape dangereuse est franchie.
Longtemps suspendu sous la pression de la communauté internationale, ce projet controversé semble aujourd’hui entrer dans sa phase active. Derrière les termes administratifs et les procédures d’urbanisme se joue une question fondamentale : celle de la possibilité même d’une paix durable en Cisjordanie.
Sur le papier, il s’agit d’un programme immobilier et d’infrastructures ; dans la réalité, ses conséquences dépassent largement le cadre de l’aménagement du territoire. En créant une continuité territoriale sioniste entre El Qods et cette colonie qui compte près de 40 mille colons, ce projet couperait la Cisjordanie en deux blocs distincts, séparant davantage les villes et les communautés palestiniennes.
Depuis des années, les experts, les diplomates et les organisations internationales mettent en garde contre ce tragique scénario ; une telle configuration rendrait extrêmement difficile, voire dangereuse, la circulation des Palestiniens entre le nord et le sud de la Cisjordanie, même si des routes alternatives étaient aménagées. Plus grave encore, elle compromettrait l’idée d’un État palestinien viable, doté d’une continuité territoriale indispensable à son fonctionnement économique, social et politique.
La communauté internationale a toujours considéré le secteur E1 comme une ligne rouge. Les États-Unis, l’Union européenne et les Nations unies ont, à plusieurs reprises, exprimé leur opposition à ce projet ; leur inquiétude repose sur une conviction largement partagée : la solution d’un Etat palestinien, déjà fragilisée par des décennies de conflit et d’expansion des colonies, risquerait d’être définitivement enterrée si E1 voyait pleinement le jour.
Pour le gouvernement sioniste, le projet répond à des considérations stratégiques et idéologiques. Les durs du régime affirment (sans surprise) qu’il s’agit de renforcer la sécurité des populations occupantes et de consolider leur présence autour d’El Qods. Ils considèrent la grande colonie établie dans le territoire occupé en Cisjordanie comme un consensus national appelé à demeurer sous leur souveraineté dans tout futur accord de paix (ce n’est ni plus ni moins qu’une colonisation de fait). Quant aux Palestiniens et à l’opinion internationale, ils voient dans ce projet la confirmation d’une stratégie visant à rendre impossible toute souveraineté future.
Cette vision ignore une réalité essentielle : aucune paix durable ne peut être bâtie sur l’effacement des aspirations nationales du peuple palestinien. Chaque nouvelle colonie, chaque extension territoriale, chaque fragmentation supplémentaire de la Cisjordanie éloigne un peu plus la perspective d’une existence palestinienne fondée sur le droit.
Le projet E1 intervient dans un contexte déjà marqué par une violence persistante, une méfiance profonde et un affaiblissement des efforts diplomatiques. Au-delà des cartes et des frontières, E1 symbolise aujourd’hui un choix historique, celui de l’existence d’un Etat palestinien ou celui de l’annexion progressive. Si les travaux se concrétisent, ce ne sera pas seulement une nouvelle colonie qui émergera dans le paysage de Cisjordanie ; ce sera l’un des derniers clous plantés dans le cercueil qui enterrera la paix, déjà à l’agonie.



