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Espaces verts urbains : 3 m² par habitant et une mobilisation citoyenne encore insuffisante

  • 5 juin 2026
  • 5 min de lecture
Espaces verts urbains : 3 m² par habitant et une mobilisation citoyenne encore insuffisante

La Tunisie dispose de moins de 3 m² d’espace vert par habitant en milieu urbain, soit un niveau deux fois inférieur au standard international.

Dans une interview accordée à RTCI à l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement, le 5 juin, Alyssa Amara, présidente de l’association Zone Verte et Développement Durable, analyse les causes structurelles de cette pénurie, les modèles de gestion envisageables et appelle à une mobilisation collective.

Elle annonce la tenue du Green Drums Day, le 13 juin prochain à Manzah 9.

La Tunisie figure parmi les pays les plus exposés aux défis climatiques, une réalité régulièrement confirmée par les différentes éditions de la COP.

Alyssa Amara a rappelé que les changements climatiques (canicules et événements extrêmes) affectent l’ensemble des acteurs de la société, en milieu urbain comme périurbain, et que l’environnement constitue un enjeu fondamental de santé publique, aussi bien physique que mentale.

Elle a cité à cet égard les travaux scientifiques établissant les bénéfices d’une exposition à la nature sur la réduction du stress, de la dépression et du burn-out, ajoutant que le confinement lié au Covid-19 avait mis en évidence le rôle de refuge que représentent les espaces verts urbains pour les citoyens.

C’est dans ce contexte que la présidente de l’association a dressé un bilan chiffré préoccupant : la Tunisie dispose d’environ 3 m² d’espace vert par habitant, un niveau nettement inférieur au standard international généralement fixé entre 5 et 7 m².

Entre les municipalités de Tunis et de l’Ariana (partenaires de l’association), le nombre de parcs urbains, jardins publics et carrés de verdure se compte sur les doigts de la main.

Une réglementation existante mais contournée

Un cadre juridique protège en principe la vocation des espaces verts. Le plan d’aménagement urbain de chaque ville, élaboré par le ministère de l’Équipement et validé par les municipalités, délimite des zones réservées à la végétation ; leur destination ne peut être modifiée que par décision de la présidence du gouvernement, en vertu du code de l’urbanisme.

L’intervenante a reconnu que certains de ces espaces font néanmoins l’objet de détournements illégaux. Par ailleurs, les promoteurs immobiliers ne respectent pas toujours l’obligation de réserver les mètres carrés de verdure imposés par ces plans, contribuant ainsi à l’érosion du tissu végétal urbain.

Les municipalités, officiellement responsables de l’entretien, de l’animation et de la sécurisation des espaces verts, manquent souvent des ressources nécessaires pour assumer pleinement cette mission.

La présidente de l’association a souligné que ces espaces sont des entités vivantes, dont la gestion exige un suivi continu (à la différence d’une infrastructure routière).

Elle a estimé que la participation du citoyen est indispensable pour soutenir l’action municipale, et que ni les municipalités ni l’État ne peuvent, à eux seuls, garantir la pérennité de ces zones.

Occuper ces espaces de manière responsable, ne pas y déposer de déchets et s’engager dans leur entretien sont, selon elle, des conditions élémentaires que les comportements actuels ne satisfont pas encore suffisamment.

Trois modèles de gestion en débat

Face à ce constat, Alyssa Amara a passé en revue les options disponibles. La gestion en régie municipale demeure le modèle de référence, mais son coût pèse sur des budgets locaux déjà contraints.

La délégation à une entreprise privée, également onéreuse, représente une alternative. La privatisation par concession, qui autorise un investisseur à aménager et exploiter un espace sous contrat avec la municipalité, conditionne en revanche l’accès du citoyen au site (celui-ci peut être transformé en établissement de restauration ou en centre de loisirs payant) ; l’association y est fermement opposée.

Le partenariat public-privé permettrait théoriquement de maintenir la gratuité d’accès tout en confiant la gestion opérationnelle à des acteurs spécialisés, mais les expériences réussies en Tunisie restent rares.

Le mécénat vert s’est révélé plus concluant : le jardin japonais, cogéré par la municipalité de Tunis, l’ambassade du Japon et la JICA, en constitue l’exemple le plus abouti. Une compagnie d’assurances prend également en charge l’entretien d’un espace vert en plein cœur de Tunis, bien que celui-ci reste clôturé et inaccessible au public.

La présidente de l’association a conclu sur ce point en appelant à une cartographie exhaustive des espaces existants, à l’évaluation de leurs besoins spécifiques et à la mobilisation d’acteurs économiques prêts à s’engager dans ce type de démarche. Elle a souligné qu’un tel chantier exige un dialogue soutenu avec les municipalités.

La question de la conversion de terrains appartenant à des institutions publiques (ministères, entreprises d’État) en espaces verts a également été abordée.

L’activiste écologique a estimé que cette piste se heurte à un réflexe de rentabilité économique immédiate, lequel occulte la valeur indirecte mais réelle de ces espaces pour la santé et le bien-être collectif.

Elle a observé que le jardin n’est pas le premier usage auquel pensent ces institutions lorsqu’elles disposent d’un terrain, et que cette logique contribue à maintenir des friches en plein cœur de zones densément peuplées. 

Auteur

S. M.

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