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L’intelligence artificielle : Nouveau terrain de la compétition géopolitique

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  • 8 juin 2026
  • 5 min de lecture
L’intelligence artificielle : Nouveau terrain de la compétition géopolitique

Longtemps dominée par les enjeux liés aux ressources naturelles, aux échanges commerciaux ou à la puissance militaire, la compétition entre les grandes puissances se joue désormais sur un nouveau terrain : celui de l’intelligence artificielle. À travers ses applications économiques, sociales, culturelles et stratégiques, cette technologie s’impose progressivement comme un facteur déterminant des équilibres mondiaux. Pour Miliani, expert en stratégie et gouvernance de l’intelligence artificielle, cette transformation soulève autant d’opportunités que de défis, notamment en matière de gouvernance, d’éthique et de souveraineté.

La Presse — La compétition internationale ne porte plus aujourd’hui uniquement sur les ressources naturelles, les routes commerciales ou la supériorité militaire, mais désormais sur la maîtrise des technologies capables de produire elles-mêmes de la connaissance. Au cœur de cette transformation se trouve l’intelligence artificielle, devenue en quelques années un levier stratégique majeur qui transforme les équilibres économiques, culturels et géopolitiques à l’échelle mondiale.

Une compétition mondiale qui dépasse la technologie

Selon Miliani, expert en stratégie et gouvernance de l’intelligence artificielle, les États-Unis et la Chine dominent aujourd’hui cette course mondiale. Cette dynamique repose sur des modèles avancés qui influencent désormais les façons de travailler, d’apprendre, de créer et de prendre des décisions.

D’un côté, les entreprises américaines développent des modèles tels que GPT, Claude et Gemini, tandis que la Chine progresse rapidement avec des systèmes comme « Qwen », « DeepSeek » et « Kimi ». Toutefois, l’enjeu n’est plus uniquement technologique : il porte également sur les valeurs et les visions intégrées dans ces systèmes, ainsi que sur les acteurs qui définissent les règles de leur utilisation et les limites de leur impact.

Dans ce contexte, la journaliste spécialisée Karen Hao met en garde contre la perception de l’intelligence artificielle comme une innovation technologique neutre. Elle estime qu’elle constitue une nouvelle forme de contrôle économique fondée sur la collecte massive de données et leur transformation en source de pouvoir et d’influence.

L’historien et philosophe Yuval Noah Harari souligne, quant à lui, que ces systèmes ne se contentent plus d’exécuter des instructions : ils sont désormais capables de prendre des initiatives, d’influencer les choix humains et d’orienter les décisions, parfois de manière imperceptible pour les utilisateurs.

Les chiffres illustrent l’ampleur de cette transformation. Selon le « McKinsey Global Institute », l’intelligence artificielle générative pourrait ajouter entre 2,6 et 4,4 trillions de dollars par an à l’économie mondiale. Mais ces gains économiques considérables s’accompagnent de défis majeurs.

Des études ont montré que certains algorithmes de recrutement automatisé reproduisent des biais présents dans les données d’entraînement, entraînant l’exclusion injuste de certaines catégories de candidats. Par ailleurs, l’expérience des réseaux sociaux au cours des deux dernières décennies a démontré comment les algorithmes peuvent influencer l’espace public, accentuer la polarisation ou favoriser la diffusion de la désinformation et des discours de haine en l’absence de régulation efficace.

Gouverner l’intelligence artificielle est un impératif mondial

Miliani estime que le débat se complexifie davantage avec l’émergence des agents autonomes, des systèmes capables d’exécuter des tâches multiples et de prendre des décisions successives pour atteindre des objectifs définis. Lors de certains tests avancés de sécurité, des comportements inattendus ont été observés lorsque les objectifs du système entraient en conflit avec les commandes d’arrêt ou les contraintes imposées. Bien que ces cas restent rares et expérimentaux, ils révèlent la nécessité de développer des mécanismes de contrôle plus stricts et anticipatifs, à mesure que ces systèmes gagnent en capacité.

Cependant, se concentrer uniquement sur les risques occulte une dimension essentielle du phénomène. L’intelligence artificielle présente également un fort potentiel pour améliorer la productivité, accélérer la recherche scientifique, renforcer les services de santé et d’éducation, et stimuler l’innovation dans de nombreux secteurs. Le défi ne consiste pas à freiner le progrès technologique, mais à établir des règles garantissant son orientation vers l’intérêt général.

D’où l’importance des efforts internationaux visant à construire un cadre mondial de gouvernance de l’intelligence artificielle. La communauté internationale, à travers l’Organisation des Nations unies et diverses initiatives régionales et nationales, a engagé un débat croissant sur les principes éthiques, les normes et les règles devant encadrer cette technologie.

L’Union européenne a notamment proposé un cadre réglementaire avancé avec l’AI Act, tandis que les grandes entreprises technologiques élaborent leurs propres chartes d’usage responsable. Bien que ces initiatives soient encore en construction, elles traduisent une prise de conscience croissante : l’avenir de l’intelligence artificielle ne peut être laissé uniquement à la logique du marché ou à la compétition géopolitique.

En définitive, la question centrale n’est pas tant la puissance future des systèmes d’intelligence artificielle que celle de savoir qui définit les valeurs et les règles qui guideront leur fonctionnement. Le véritable enjeu dépasse la simple course aux modèles les plus performants : il concerne la forme de la société mondiale que ces technologies contribueront à façonner.

Entre promesses de progrès et risques de dérive, la mise en place d’une gouvernance mondiale équilibrée et anticipatrice apparaît comme une condition essentielle pour faire de cette révolution technologique un levier au service de l’humain, plutôt qu’une force échappant à sa maîtrise, a conclu Miliani.

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Auteur

Sabrine AHMED

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