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Culture

Vient de paraître – La Tunisie dans le tourbillon de la Seconde Guerre mondiale : Un carrefour stratégique et une mémoire retrouvée

  • 9 juin 2026
  • 5 min de lecture
Vient de paraître – La Tunisie dans le tourbillon de la Seconde Guerre mondiale : Un carrefour stratégique et une mémoire retrouvée

Chronique littéraire et historique — Notes de lecture sur la nouvelle édition (2026) de l’ouvrage de Mohamed Noureddine Dhouib.

Alors que la mémoire collective de la Seconde Guerre mondiale se focalise souvent sur les grands théâtres d’opérations européens ou du Pacifique, la réédition enrichie de l’ouvrage de l’ingénieur et historien tunisien Mohamed Noureddine Dhouib vient opportunément rappeler le rôle central, complexe et tragique que joua la Tunisie entre le 8 novembre 1942 et le 13 mai 1943.

Avec une rigueur quasi académique et une neutralité exemplaire, ce livre éclaire d’un jour nouveau les coulisses d’un affrontement global où s’est joué le destin du conflit.

Préservée dans un premier temps par les accords de l’armistice de juin 1940, l’Afrique du Nord française n’avait connu la guerre que de manière indirecte. Cependant, comme le démontre magistralement l’auteur, trois événements planétaires survenus en 1941 brisent cette accalmie : la promulgation de la loi américaine du prêt-bail, le déclenchement de l’opération Barbarossa contre l’URSS et l’attaque de Pearl Harbour. Dès lors, la Tunisie est entraînée ipso facto dans une tourmente mondiale, devenant le point de convergence des ambitions impériales.

L’ouvrage met en évidence l’importance géostratégique cruciale du bassin méditerranéen pour les forces alliées. Pour Winston Churchill, cette campagne était si décisive qu’il n’hésita pas, dans ses mémoires, à comparer son dénouement à la victoire historique de Stalingrad, la qualifiant même de « Tunisgrad ». En écho, le représentant politique américain Robert Murphy écrivait dans ses carnets qu’il s’agissait du « tournant décisif dans le cours de la guerre : la première victoire alliée, la destruction du mythe de l’invincibilité nazie ».

Tout en n’étant pas un spécialiste de la deuxième guerre mondiale, l’un des aspects les plus saisissants du livre réside dans l’analyse minutieuse des divergences doctrinales et stratégiques au sein même du commandement allié. S’appuyant sur les recherches d’Anthony Cave Brown, l’auteur met en relief le contraste saisissant entre la vision britannique et l’approche américaine :

« Tandis que les Britanniques cherchaient à obtenir la victoire par des stratagèmes subtils et moins coûteux, les Américains voyaient la guerre comme une bataille entre les «Juggernauts» bien armés et bien nourris, et dont les lauriers iraient à celui qui pourrait survivre à l’affrontement. La différence entre les deux concepts était aussi fondamentale que la différence entre le cricket britannique et le rugby américain. »

Le général George C. Marshall fut un opposant acharné à cette approche périphérique britannique, lui préférant une concentration des forces pour une attaque directe par le Nord de l’Europe. C’est finalement la perspicacité de Churchill, combinée à l’échec cuisant du débarquement de Dieppe en août 1942 (coûtant la vie à 2.000 soldats canadiens), qui imposa l’idée d’un débarquement en Afrique du Nord : l’opération « Torch », placée sous le commandement suprême du général Dwight D. Eisenhower.

Mohamed Noureddine Dhouib n’élude pas les dimensions politiques et diplomatiques hautement sensibles de cette campagne. Pour s’assurer le contrôle des forces françaises locales, le commandement américain fit le choix délibéré d’exclure le général de Gaulle et la France Libre des préparatifs. Cette décision, lourde de conséquences sur le futur des relations franco-américaines, exacerba les discordes locales sur le terrain entre les partisans du général Giraud venus d’Algérie et ceux de la France Libre venus de Libye.

Pour la population civile tunisienne, cette période fut synonyme d’un traumatisme d’une rare violence. Du jour au lendemain, le sol tunisien vit défiler des milliers d’hommes venus d’horizons lointains : Italiens, Allemands, Anglais, Irlandais, Sud-Africains, Indiens, Néo-Zélandais, Américains et même des prisonniers soviétiques aux mains de l’Afrika Korps. Soumise aux pénuries, aux réquisitions, aux exactions et aux bombardements intensifs des deux camps, la Tunisie devint, après la France métropolitaine, le territoire de l’empire colonial français le plus durement saccagé par la guerre.

Je trouve que la force remarquable de cet ouvrage réside dans l’impartialité scientifique de son auteur.

Ancien ingénieur diplômé de l’École Supérieure d’Électricité de Paris ayant fait toute sa carrière au sein de la Steg, Mohamed Noureddine Dhouib applique à l’histoire militaire une rigueur d’analyse technique et factuelle. Il ne glorifie ni ne dénigre aucun camp, démontrant avec précision comment la victoire a dépendu de facteurs interconnectés : la logistique, la topographie, le renseignement et l’audace stratégique.

Enrichi de schémas, de cartes et de photographies d’époque, ce livre répond avant tout à un devoir de mémoire envers les victimes civiles tunisiennes et tous les combattants tombés sans distinction de race ou de religion. En exhumant des détails historiques captivants — comme la mésaventure qui faillit coûter la vie au général Eisenhower ou le passage en Tunisie du colonel Von Stauffenberg, futur exécuteur de l’attentat contre Hitler.

Mohamed Noureddine Dhouib signe un ouvrage de référence absolu, indispensable pour quiconque souhaite comprendre les grands tournants de l’histoire méditerranéenne et mondiale.

Auteur

Alfonso Campisi

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