Le recul du mariage chez les jeunes Tunisiens s’impose désormais comme une tendance sociale structurelle, marquée par une hausse de l’âge moyen du premier mariage, une baisse du taux de natalité et un report de plus en plus fréquent de la constitution d’une famille.
Ce phénomène ne relève plus de situations individuelles isolées, mais d’une évolution profonde de la société, confirmée par les données statistiques et analysée par plusieurs spécialistes. Invité sur Express FM , le sociologue Mamdouh Ezzedine estime que cette évolution résulte d’un ensemble de facteurs économiques, sociaux et culturels qui ont transformé le rapport des jeunes au mariage.
Des contraintes économiques déterminantes
Le chômage et l’absence de stabilité professionnelle figurent parmi les principales raisons avancées. De nombreux jeunes diplômés sont confrontés à un marché du travail marqué par la précarité ou le chômage prolongé, rendant difficile la constitution d’un foyer.
Dans ce contexte, le mariage est souvent reporté jusqu’à l’obtention d’un minimum de sécurité financière, ce qui peut prendre plusieurs années.
À cela s’ajoute la forte hausse du coût du logement. L’accès à la propriété ou même à la location est devenu un défi majeur, en raison de l’augmentation continue des prix de l’immobilier et des loyers. Une part importante des revenus est ainsi consacrée aux dépenses liées au logement, retardant davantage les projets matrimoniaux.
Les coûts du mariage eux-mêmes constituent un autre frein important. Entre la dot, les frais d’ameublement, les cérémonies et les dépenses liées à l’installation, le mariage représente aujourd’hui une charge financière élevée, poussant certains jeunes à le différer ou à y renoncer temporairement.
Une évolution des valeurs sociales
Au-delà des facteurs économiques, les transformations sociales jouent également un rôle central. Le mariage, autrefois perçu comme une étape incontournable de la vie, est désormais envisagé comme un choix personnel, dépendant des parcours professionnels et des aspirations individuelles.
L’élévation du niveau d’éducation, l’ouverture culturelle et la diversification des modes de vie ont contribué à modifier les priorités des jeunes, qui privilégient parfois les études, la carrière ou l’épanouissement personnel avant l’engagement matrimonial.
La question de la parentalité
Les inquiétudes liées à la parentalité constituent également un facteur déterminant. Dans un contexte de hausse du coût de la vie et de baisse du pouvoir d’achat, la responsabilité d’élever des enfants est souvent perçue comme un engagement financier lourd et durable.
Cette perception explique notamment la tendance croissante à retarder la naissance des enfants ou à limiter leur nombre après le mariage.
Une tendance aux implications démographiques
Si les facteurs économiques dominent, les spécialistes estiment que le recul du mariage ne peut être expliqué uniquement par ces éléments. Les mutations culturelles et sociales contribuent également à redéfinir les comportements familiaux en Tunisie.
Dans un contexte marqué par la baisse de la natalité et le vieillissement progressif de la population, cette évolution soulève des enjeux démographiques majeurs. Elle place la question du soutien aux jeunes et de l’accès à des conditions de vie stables au cœur des priorités futures.
R.I



