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La Tunisie risque de perdre 14 % de sa production pétrolière avec le déclin du champ pétrolier d’Ashtart

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  • 12 juin 2026
  • 5 min de lecture
La Tunisie risque de perdre 14 % de sa production pétrolière avec le déclin du champ pétrolier d’Ashtart

La Tunisie pourrait perdre une part significative de sa production pétrolière dans les prochaines années avec le déclin programmé du champ d’Ashtart, l’un des plus importants gisements du pays. Selon une analyse de la Energy Research Unit, ce champ situé dans le golfe de Gabès devrait atteindre sa limite économique autour de 2031, ce qui pourrait entraîner une baisse d’environ 14 % de la production nationale de pétrole.

Cette évolution intervient dans un contexte de fragilité structurelle du secteur énergétique tunisien, marqué par une baisse continue de la production de pétrole et de gaz depuis plusieurs décennies et une dépendance croissante aux importations d’hydrocarbures.

Un champ stratégique pour la production nationale

Le champ d’Ashtart constitue actuellement l’un des principaux piliers de la production pétrolière tunisienne. Sa production est estimée à environ 5 000 barils par jour, soit près de 14 % de la production nationale totale.

Il est exploité par la société SERPT, dans le cadre d’un partenariat entre l’Entreprise tunisienne d’activités pétrolières (ETAP) et le groupe Perenco. Sa contribution en fait un actif stratégique pour la sécurité énergétique du pays, malgré un déclin progressif de sa productivité.

Selon les projections de la Energy Research Unit, le champ atteindra dans les prochaines années un seuil où les revenus générés ne permettront plus de couvrir les coûts d’exploitation, rendant son exploitation économiquement non viable.

Une production nationale en recul continu

Ce scénario s’inscrit dans une tendance de long terme. La production pétrolière tunisienne est passée de plus de 117 000 barils par jour au début des années 1980 à environ 25 000 barils par jour aujourd’hui, selon les données de Trading Economics.

Ce recul s’explique par l’épuisement progressif des grands gisements découverts au cours du XXe siècle et par l’absence de découvertes majeures capables de compenser la baisse naturelle de production.

Au fil des années, la Tunisie est passée d’un modèle basé sur quelques champs à forte production à un système fragmenté reposant sur de nombreux petits gisements à rendement limité.

La baisse attendue du champ d’Ashtart pourrait accentuer la dépendance de la Tunisie aux importations d’hydrocarbures. Les experts estiment que cette situation pèserait directement sur la balance commerciale et sur les finances publiques, notamment à travers les subventions énergétiques.

Selon le ministère de l’Industrie et de l’Énergie, la dépendance énergétique du pays dépasse déjà 60 %, dans un contexte international marqué par une forte volatilité des prix du pétrole et du gaz.

Cette vulnérabilité structurelle expose la Tunisie à des pressions budgétaires accrues et à une fragilisation de ses équilibres macroéconomiques.

Des causes structurelles multiples

L’expert en énergie Hamed Matri souligne que la crise du secteur ne se limite pas à la maturité des anciens champs pétroliers, mais s’explique également par la faiblesse des nouvelles explorations.

Selon lui, le rythme des permis d’exploration a fortement ralenti ces dernières années, en raison de contraintes administratives, juridiques et de tensions sociales dans certaines zones de production.

En Tunisie, les accords d’exploration et d’exploitation doivent être validés par le Parlement, un processus jugé long et incertain par de nombreux investisseurs internationaux. Cette situation a contribué à réduire l’attractivité du pays dans un secteur fortement concurrentiel.

Un retrait progressif des grandes compagnies

Historiquement, les principales découvertes pétrolières en Tunisie ont été réalisées entre les années 1960 et 1970 par de grandes compagnies internationales telles que Eni, Total et Shell. Ces investissements ont permis l’émergence de champs majeurs comme El Borma, Ashtart, Miskar ou encore Sidi El Itayem.

Cependant, à partir des années 1990, ces majors ont progressivement quitté le pays, remplacées par des opérateurs de taille moyenne comme OMV ou BG, puis par des sociétés plus petites.

Cette évolution a contribué à la diminution des investissements et à la raréfaction des grandes découvertes.

Au cours des quinze dernières années, la tendance baissière de la production s’est accélérée. L’absence de nouveaux gisements majeurs a renforcé la dépendance à des champs vieillissants, dont la productivité décline naturellement.

Aujourd’hui, la production nationale repose essentiellement sur une multitude de petits champs, incapables de compenser la baisse des gisements historiques.

Le cas du champ d’Ashtart illustre ainsi les limites techniques et économiques des infrastructures pétrolières anciennes, notamment la baisse de pression des réservoirs et la profondeur importante des puits, estimée à environ 3 000 mètres.

Vers une transition énergétique inévitable

Face à ces défis, les autorités tunisiennes misent sur la relance de l’exploration pétrolière et gazière ainsi que sur le développement des énergies renouvelables afin de réduire la dépendance aux hydrocarbures importés.

Cependant, les experts estiment que seule une réforme profonde du cadre d’investissement, accompagnée d’une stabilité réglementaire et d’une accélération des autorisations, pourrait inverser la tendance.

Sans découvertes majeures dans les prochaines années, le déclin du champ d’Ashtart pourrait constituer une nouvelle étape dans la contraction continue du secteur énergétique tunisien, avec des conséquences directes sur les finances publiques et la sécurité énergétique du pays.

R.I

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Auteur

La Presse

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