Les immatriculations tunisiennes se font par milliers chaque année. Il y a, au moins, dix séries et même plus qui sont enregistrées. Comment se fait-il qu’un tel paradoxe puisse exister, alors que la plupart des Tunisiens ont toutes les peines du monde à s’acheter une voiture, fût-elle d’occasion ?
La Presse —On est frappé d’étonnement quand on voit qu’un Européen peut facilement acquérir une voiture neuve. En France, par exemple, 10 à 12 fois le Smig suffisent. Pour un Tunisien, il faut multiplier par… 100 fois et plus.
Plus de 100 fois le Smig !
Si le Français peut s’offrir un véhicule à 16.000€, le Tunisien, lui, doit dépenser au moins le triple en monnaie locale pour pouvoir acheter une voiture soi-disant “populaire”.
Pour extrapoler un peu, on pourrait dire que le Tunisien, à l’instar du Français, peut devenir propriétaire d’une voiture à partir de 10 à 12 fois son Smig. Autrement dit, selon que ce Smig est de 470 ou 550 dinars/ mois, sa voiture ne devrait lui coûter que 6.000 dinars au maximum. Bien sûr, on ne parle pas de marques de luxe dont les prix dépassent les 500 millions de nos millimes.
De là à se poser de nombreuses questions sur les raisons de la montée inexorable des prix des voitures aussi bien neuves que d’occasion.
À franchement parler, toutes les explications que l’on pourrait donner ne réussiront jamais à convaincre le Tunisien. Ce dernier sait, pertinemment, qu’il est exploité tant par les concessionnaires agréés (qui engrangent d’énormes bénéfices parce qu’ils monopolisent le secteur) que par les revendeurs de véhicules d’occasion (vers qui se rabat une bonne partie des Tunisiens de la classe moyenne).
Ce n’est pas par libre choix, mais par contrainte. Ils sont conscients, malgré tout, qu’ils ne sont pas à l’abri d’une arnaque.
Officiellement, la marge bénéficiaire brute pour ces concessionnaires se situe entre 10 et 20 % selon la marque et le quota d’importation. Ne parlons pas des frais interminables lors des démarches d’inscription et d’achat. D’ailleurs, on estime que le prix moyen d’une auto se situe entre 60 et 90.000 dinars.
Les mirages du leasing
L’autre option qui s’offre n’est ni plus ni moins que celle du leasing.
Ce marché est en train de gagner du terrain même s’il n’est pas la solution idéale.
Ce marché a une clientèle particulière. Il s’adresse, en effet, aux commerçants, aux professionnels, aux détenteurs de patentes, etc.
Les conditions qu’il impose ne donnent aucune marge de manœuvre aux acheteurs.
Avec ses publicités, il a envahi la Toile et des offres diverses se comptent par dizaines.
Et ce n’est pas par hasard. Nous avons pris le premier exemple qui s’est présenté à nous sur Facebook.
Il s’agit d’une voiture proposée, cash, à 51.000 dinars. À crédit, elle coûtera à l’acquéreur 67.800 dinars s’il choisit de la payer sur une période de 5 ans à raison de 1.130 dinars/mois et un acompte de 5.000 dinars. Soit 21.800 dinars en plus du “vrai” prix. Tout en sachant que l’achat en cash (51.000 dinars) englobe, déjà, la marge bénéficiaire du leasing !
Soit un gain de plus de 40% par rapport au prix affiché.
Si l’acheteur avance une somme plus importante et opte pour un échéancier plus étalé, c’est une autre paire de manches. Le total à payer sera d’autant plus conséquent.
La réparation mécanique en cause
Dans tous les cas, il ne faut pas oublier les sempiternelles tracasseries administratives et la longue liste de paperasses et d’autorisations. Car quel que soit le mode d’achat choisi, le chemin à parcourir est semé d’embûches.
Si par un grand coup de chance, on devient propriétaire d’une automobile, il ne faut pas croire que l’on est au bout de ses peines.
L’entretien du véhicule est à prendre en compte dans le budget familial. Au cas où le véhicule serait confié à un mécanicien suite à une panne, il faut lui dire adieu de façon définitive. Même s’il est encore neuf, il n’échappera pas au bricolage de la majorité de ces “spécialistes” de la mécanique.
Ces derniers ne délivrent aucune garantie, ni aucune facture après la”réparation”. Ils pratiquent des tarifs astronomiques sans aucun rapport à ce qu’ils qualifient de “réparation”
Quand on jette un coup d’œil sur le secteur de la réparation mécanique, on voit, justement, qu’il en est encore aux balbutiements. Du moins pour la majorité des intervenants. Ils en sont, encore, aux outils rudimentaires. Pourtant, l’évolution du secteur automobile et de la mécanique se fait à grands pas.
Jusqu’à quand va-t-on laisser ce créneau entre les mains de non-professionnels ?
Pourquoi tarde-t-on à le mettre à niveau comme on l’a promis depuis au moins trois décennies ? Il n’est pas normal de continuer dans les mêmes conditions qui relèvent d’un autre âge.
À quand de vrais ateliers modernes de réparation avec des professionnels confirmés et dignes de confiance ?
Les Tunisiens ne sont plus prêts à confier leurs voitures à des inconnus qui ne sont pas capables de prouver leur habilitation à faire ce métier grâce à des diplômes ou des documents officiels. Au fait, a-t-on jamais vu un de ces locaux de réparation mécanique accroché à sa façade le moindre document prouvant sa qualité ?



