Dans l’imaginaire collectif, il est souvent réduit à un territoire de délinquance, une zone de non-droit dont il faudrait se méfier. Pourtant, derrière ces clichés tenaces se cache une réalité bien plus complexe.
La Presse —Situé à quelques minutes seulement du centre-ville de Tunis, entre la Sebkha de Sijoumi à l’ouest et le quartier de Sayda Manoubia à l’est, Hay Hlel, qui s’étend sur une superficie d’environ 36 hectares, demeure l’un des quartiers les plus stigmatisés de la capitale. Dans l’imaginaire collectif, il est souvent réduit à un territoire de délinquance, une zone de non-droit dont il faudrait se méfier. Pourtant, derrière ces clichés tenaces se cache une réalité bien plus complexe. Né dans les années 1930, ce quartier populaire a longtemps subi les conséquences de politiques urbaines et sociales qui l’ont progressivement relégué aux marges de la ville. Faibles investissements publics, manque d’infrastructures, enclavement et précarité ont façonné son histoire autant que son image.
C’est dans ces lieux précisément que L’Agora Djerba et l’association Focus Gabès ont choisi de déployer, dans le cadre du projet Cinématdour (cinéma itinérant), la première édition de «7ay Hlel Urbain Fest», qui se tiendra du 19 au 28 juin 2026. Les contours et les principaux axes de cette initiative ont été présentés, jeudi après-midi, lors d’une conférence de presse organisée au Centre de protection maternelle et infantile (CpmI) du quartier. Pendant dix jours, les rues, les écoles, les cafés et les espaces publics de Hay Hlel se transformeront en scènes de création et de rencontre. Cinéma itinérant, théâtre, musique, arts plastiques et activités sportives composeront une programmation entièrement gratuite, pensée avec les habitants et destinée en priorité aux habitants eux-mêmes.
Bien plus qu’un simple festival, 7ay Hlel Urbain Fest, nous dit-on, est l’aboutissement d’un processus de création participatif engagé depuis plusieurs mois. Résidences artistiques, ateliers de formation, rencontres et activités de médiation ont été menés avec les enfants, les adolescents et les jeunes du quartier. Une démarche qui place les habitants au cœur du projet, comme acteurs et créateurs de leur propre récit, dans une volonté de réinvestir l’espace public et de porter un autre regard sur Hay Hlel.
57 rendez-vous et 17 lieux
57 rendez-vous dans tout le quartier, c’est ce qu’annonce un programme riche et varié qui y investira 17 lieux. Le festival prendra place aussi bien dans des commerces de proximité (entre autres un atelier de mécanicien, une boulangerie, un commerce de meubles d’occasion, une échoppe d’oiseaux, un salon de coiffure et un café) que dans des établissements scolaires, une salle de sport, le stade de Hay Hlel, le célèbre pont du quartier ou encore les abords de la Sebkha de Sijoumi. L’idée derrière cette dispersion géographique est de faire dialoguer l’art avec le quotidien des habitants et de transformer, le temps du festival, chaque lieu de vie en espace de rencontre, de création et de partage. L’ambition étant de faire de tout le quartier une scène à ciel ouvert où la culture se déploie au plus près des habitants, dans leurs rues, leurs commerces et leurs lieux de sociabilité.
Tout au long du festival, un espace dédié aux jeux en réalité virtuelle sera installé dans la salle de jeux de Hay Hlel, tandis qu’une exposition photographique transformera les commerces, les façades et les lieux de vie en véritable galerie à ciel ouvert. Les œuvres de douze photographes seront ainsi exposées chez les habitants et dans différents espaces du quartier, invitant le public à parcourir Hay Hlel à travers un regard renouvelé sur son territoire et ses habitants.
«7ay Hlel Urbain Fest» s’ouvrira le 19 juin dans une ambiance festive. Dès 18h00, une fanfare et le cirque Paparoni investiront les rues de Hay Hlel pour donner le coup d’envoi des célébrations. La soirée sera également marquée par l’arrivée du camion-cinéma mobile, une salle itinérante de 100 places qui constituera l’un des principaux pôles d’animation du festival. Cette parade inaugurale précédera l’ouverture officielle, à 20h00, de Cinématdour qui abritera chaque jour à 10h00 une projection. Le cinéma sera également présent au Café Ennakhli à travers la section «Ciné-Café», qui proposera des projections quotidiennes.
Le théâtre et la danse occuperont également une place importante dans la programmation avec plusieurs spectacles, parmi lesquels «Poids plume» de Ghazi Zaghbani et «Twerikh Tounes» de Hatem Karoui. Le festival donnera aussi à voir le fruit des résidences artistiques menées avec les habitants. Les enfants du quartier présenteront un travail théâtral encadré par Haithem Lamouchi, tandis qu’une autre restitution sera dirigée par Mohamed Graïaa.
Ce dernier accompagnera également un groupe d’écoliers dans une expérience originale de doublage en direct du film d’animation «Ma vie de Courgette», transformant la projection en un véritable exercice de création collective où les jeunes participants prêteront leurs voix aux personnages du film. Côté danse, les chorégraphes Oumaima Bahri et Aymen Gabsi accompagneront également des restitutions issues des ateliers menés durant les mois précédant le festival.
La section musicale (Urban Mouzika) mettra à l’honneur les enfants : tous les concerts se font avec eux. Après plusieurs jours de résidence et d’ateliers, ils monteront sur scène aux côtés des artistes professionnels. Concerts (Erkez Hip Hop), sorties de résidence, fanfares, installations sonores et sets de DJing (DJ High Kill) rythment le festival.
Le sport ne sera pas en reste avec une programmation ouverte à tous les publics. Tournois de football et de basketball en présence de joueurs professionnels, démonstrations de boxe assurées par les jeunes boxeurs de Hay Hlel et course à travers les rues du quartier viendront compléter les propositions artistiques. Une journée consacrée à la santé est également prévue avec des actions de sensibilisation et de prévention comprenant prise de tension, dépistage du diabète ainsi que des campagnes d’information sur les risques liés au tabac et aux drogues.
Le festival proposera d’autres ateliers destinés aux enfants et aux adolescents. Le designer graphique et street artist tunisien Taher Abid, connu sous le nom de «The Square Kero», animera un atelier de graffiti. L’architecte, chercheuse en cinéma et artiste visuelle Nedra Taieb encadrera, quant à elle, des ateliers de dessin et de création de dioramas. Le collectif Architecture pour enfants initiera les participants à la réalisation de maquettes, tandis que la programmatrice et consultante en cinéma Yamina Mechri proposera un atelier d’écriture destiné aux jeunes de 10 à 13 ans, centré sur la structuration de la pensée et l’expression personnelle.
Enfin, une sortie à la découverte de la Sebkha de Sijoumi sera organisée en compagnie de l’artiste The Dreamer. Les participants seront invités à explorer la faune, la flore et la richesse écologique de ce site unique situé aux portes du quartier. À travers cette immersion mêlant art et sensibilisation environnementale, l’objectif est d’encourager un autre regard sur ce patrimoine naturel souvent méconnu. La journée se clôturera par la projection de son film «Wildlife Wonders».



