gradient blue
gradient blue
Société

Administration : La Tunisie est-elle vraiment championne du monde des jours fériés ?

Avatar photo
  • 15 juin 2026
  • 5 min de lecture
Administration : La Tunisie est-elle vraiment championne du monde des jours fériés ?

Avec quinze jours fériés officiels chômés et payés par an, la Tunisie figure parmi les pays les plus généreux en matière de repos légal. Mais contrairement à une idée largement répandue, elle est loin de détenir le record mondial. Au-delà des chiffres, c’est toute la question du temps de travail effectif qui mérite d’être posée.

La Presse — Le débat revient régulièrement à l’occasion de chaque fête nationale ou religieuse, comme celle de l’an de l’Hégire. Certains considèrent que les jours fériés constituent un acquis social et culturel qu’il convient de préserver, tandis que d’autres estiment qu’ils pèsent sur la productivité et ralentissent l’activité économique.

Le calendrier tunisien compte aujourd’hui quinze jours fériés chômés et payés dans la fonction publique. Sept sont consacrés aux fêtes religieuses : trois jours pour l’Aïd El-Fitr, deux jours pour l’Aïd El-Idha, une journée pour le Nouvel An de l’Hégire et une autre pour le Mouled. Les fêtes nationales représentent six jours : le 17 décembre (fête de la Révolution), le 20 mars (Indépendance), le 9 avril (journée des Martyrs), le 25 juillet (fête de la République), le 13 août (fête nationale de la Femme) et le 15 octobre (fête de l’Évacuation). À ces commémorations s’ajoutent deux fêtes à caractère universel : le Jour de l’An, le 1er janvier, et la fête du Travail, le 1er mai.

Avec ses quinze jours fériés, la Tunisie se situe à un niveau comparable à celui de Chypre. Elle reste toutefois derrière le Maroc qui en compte dix-sept et loin derrière l’Argentine qui occupe l’une des premières places mondiales avec dix-neuf jours fériés. L’Espagne en dénombre quatorze, l’Algérie treize, la France onze, les États-Unis dix, le Canada et l’Allemagne neuf chacun, tandis que le Royaume-Uni, la Belgique et les Pays-Bas n’en comptent que huit. La Suisse ferme la marche avec six jours seulement.

Ces comparaisons permettent de relativiser certaines affirmations selon lesquelles la Tunisie serait « championne du monde » des jours fériés. En réalité, elle appartient plutôt au groupe des pays offrant un nombre élevé de jours de repos officiels sans pour autant occuper la première place.

Cependant, le nombre de jours fériés ne reflète qu’imparfaitement le temps de travail réellement accompli au cours de l’année. Dans la fonction publique notamment, d’autres mécanismes viennent réduire la durée effective de présence. Ainsi, le régime de la séance unique est appliqué pendant environ trois mois, notamment durant le mois de Ramadan ainsi que pendant les mois de juillet et août. Cette organisation réduit sensiblement la durée quotidienne de travail dans les administrations.

À cela s’ajoutent les congés annuels, qui atteignent souvent un mois, ainsi que les congés de maladie encadrés par le statut général des personnels de l’État, des collectivités publiques locales et des établissements publics à caractère administratif. En la matière, le dispositif distingue plusieurs situations.

Durant les premiers mois de recrutement, et tant que le fonctionnaire n’a pas accompli une période minimale de 365 jours de services effectifs, il bénéficie d’un congé de maladie ordinaire à plein traitement, dans la limite de cinq jours par mois de service. Après cette période, il peut prétendre à un congé de maladie ordinaire d’une durée maximale de douze mois, dont deux mois à plein traitement et dix mois à demi-traitement, tout en conservant l’intégralité des indemnités à caractère familial durant cette dernière période.

Le texte précise également que sont intégrés dans le calcul des 365 jours de référence les services effectifs, les congés de repos, les jours fériés, les congés de formation continue, les congés de maternité ainsi que les congés exceptionnels. Une fois les droits épuisés, le fonctionnaire ne peut bénéficier d’un nouveau congé de maladie ordinaire qu’après avoir accompli une nouvelle période de 365 jours, laquelle recommence à courir dès la reprise du service.

En cas d’absence prolongée après épuisement des droits, le fonctionnaire est placé en position de disponibilité d’office. Et lorsqu’il est reconnu définitivement inapte à reprendre ses fonctions, il est admis à faire valoir ses droits à la retraite.

Dès lors, l’horaire légal de quarante heures par semaine apparaît davantage comme un plafond théorique que comme une réalité uniforme tout au long de l’année.

La véritable question n’est donc peut-être pas celle du nombre de jours fériés, mais celle de la productivité. Les expériences internationales montrent en effet que les économies les plus performantes ne sont pas forcément celles où l’on travaille le plus longtemps, mais plutôt celles où le travail est le mieux organisé et le plus efficace.

Le débat sur les jours fériés renvoie ainsi à une réflexion plus large sur le rendement de l’administration, l’organisation du temps de travail et la qualité des services rendus aux citoyens. Car si les jours de repos se comptent facilement, la productivité, elle, demeure le véritable indicateur de la performance d’une économie.

Avatar photo
Auteur

Brahim OUESLATI

You cannot copy content of this page