Marché du café : Vers une régulation pour rééquilibrer l’informel
Le marché du café en Tunisie est marqué par une montée en puissance des circuits informels, qui captent une part croissante de la demande au détriment du secteur formel. Entre hausse des prix internationaux, contraintes d’importation et écart de compétitivité, ce déséquilibre met en lumière les fragilités structurelles du système d’approvisionnement et pose la question d’une réforme globale de la filière.
La Presse — Le marché du café en Tunisie connaît de profondes mutations. Le café est aujourd’hui au cœur d’un déséquilibre croissant entre circuits formels et informels. La montée en puissance du marché parallèle, qui capte une part de plus en plus importante de la demande, révèle à la fois les limites du système d’approvisionnement actuel et les fragilités structurelles du cadre réglementaire.
L’expansion du marché parallèle du café en Tunisie résulte de plusieurs facteurs économiques, réglementaires et commerciaux qui se sont renforcés au cours des dernières années. À ce propos, Abderazek Haouas, porte-parole de l’Association nationale des petites et moyennes entreprises (Anpme), a souligné que cette situation est le résultat d’un déséquilibre structurel entre l’offre et la demande dans un contexte économique contraint.
Les causes de la hausse des prix
Il a, notamment, indiqué que « la hausse des coûts et les rigidités administratives ont contribué à alimenter le développement de circuits informels », tout en précisant que ces dysfonctionnements fragilisent davantage le tissu économique formel. Le premier facteur qui explique ce phénomène est la forte hausse des prix du café sur les marchés internationaux. La Tunisie, largement dépendante des importations pour satisfaire sa consommation nationale, subit directement l’impact de toute augmentation des prix mondiaux.
À cela s’ajoutent la dépréciation du dinar tunisien face aux devises étrangères ainsi que la hausse des coûts du transport international. Le deuxième facteur concerne les difficultés d’approvisionnement. Les opérateurs du secteur font face à des contraintes liées aux procédures d’importation, à l’accès aux devises et aux retards administratifs.
omme l’a relevé Abderazek Haouas, ces obstacles engendrent des perturbations dans l’approvisionnement du marché officiel et favorisent, de fait, l’émergence de circuits alternatifs. Le troisième facteur réside dans l’écart important de prix entre le marché formel et le marché informel. Selon l’Anpme, le kilogramme de café est vendu dans les circuits légaux à environ 34,5 dinars, tandis que le café introduit illégalement est commercialisé entre 20 et 25 dinars le kilogramme, parfois avec livraison gratuite. Cet écart, pouvant dépasser 40 %, constitue une forte incitation pour les consommateurs et les professionnels de la restauration, notamment dans un contexte de baisse du pouvoir d’achat.
À cet égard, le porte-parole de l’Anpme a insisté sur le fait que « le différentiel de prix crée une distorsion majeure de concurrence au détriment des opérateurs structurés ». Enfin, les acteurs du marché parallèle bénéficient d’un avantage concurrentiel déterminant, puisqu’ils ne supportent ni droits de douane, ni TVA, ni charges sociales, ni coûts liés au respect des normes sanitaires et des cahiers des charges imposés aux opérateurs légaux.
Cette situation leur permet de proposer des prix nettement inférieurs à ceux du secteur formel.
Haouas a ajouté par ailleurs que le développement du marché parallèle du café s’explique en partie par l’organisation du marché et les contraintes administratives. Fortement encadré par l’Etat, le secteur repose sur un système de quotas et d’autorisations qui limite la concurrence et concentre l’activité entre quelques opérateurs, créant des tensions sur l’offre.
À cela s’ajoutent des procédures d’importation longues et complexes, ainsi que des délais de dédouanement coûteux, qui renchérissent le prix du café légal. À l’inverse, les circuits informels, libérés de ces contraintes, proposent des prix plus compétitifs. Dans ce contexte, une simplification des procédures et une réforme du système d’importation apparaissent nécessaires pour rééquilibrer le marché.
L’essor du marché parallèle du café entraîne de lourdes conséquences économiques en Tunisie. Il provoque d’importantes pertes fiscales pour l’Etat et instaure une concurrence déloyale au détriment des entreprises formelles, fragilisant ainsi leur pérennité. La contrebande, qui représenterait près de 60 % du marché, a fortement réduit les volumes du circuit légal, mettant en difficulté les acteurs de la torréfaction et de la distribution, avec des risques pour l’emploi. Par ailleurs, le commerce informel soulève aussi des enjeux de sécurité sanitaire, en raison de l’absence de contrôle de qualité et de traçabilité.
Vers une approche globale de régulation
Face à l’ampleur du marché parallèle du café, une approche globale est nécessaire pour lutter contre l’informel tout en préservant le pouvoir d’achat. Elle passe par le renforcement des contrôles aux frontières, la simplification des procédures administratives et l’amélioration de l’approvisionnement du marché officiel.
Une réforme de la fiscalité, des mesures de soutien ciblées aux ménages, ainsi que l’intégration progressive de certains acteurs informels pourraient également contribuer à réduire ce phénomène. En parallèle, le renforcement des contrôles sanitaires et la sensibilisation des consommateurs sont essentiels. En conclusion, ce marché parallèle résulte de plusieurs déséquilibres structurels et nécessite une stratégie combinant régulation, réforme et protection sociale pour réintégrer ces flux dans l’économie formelle, a-t-il conclu.



