Si, en Tunisie, la tradition des poupées de sucre est typiquement nabeulienne, cela n’empêche pas de voir ce type de coutumes fleurir sous d’autres cieux. C’est le cas dans des pays comme le Mexique, la Chine, l’Argentine, la France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie (Sicile), la Syrie, le Liban et l’Egypte (au Mouled).
La Presse — Comme le veulent la coutume et la tradition dans la cité des Potiers, à l’approche de «Ras el-Âam el Hejri» — le premier jour du mois de Mouharram du calendrier musulman qui symbolise la date de l’émigration (hégire) du Prophète de l’Islam à Médine (Yathreb), le 16 juillet 622 —, la place d’El Mahfar est occupée par les tentes et les chapiteaux éphémères, exposant sur leurs étals achalandés les fameuses poupées de sucre.
Des racines méditerranéennes
Ainsi, dans le chef-lieu du Cap Bon, en plus du couscous au «qaddid» (viande boucanée) et à l’image des œufs colorés et des lapins en chocolat du lundi de Pâques chez les Chrétiens, les Nabeuliens cultivent depuis des décennies une tradition ancestrale aux racines méditerranéennes. Il s’agit des célèbres figurines de sucre qui ornementent le «methred» de Ras el-Âam (un plat en poterie colorée et émaillée rempli de friandises et de fruits secs).
«Cette année, les prix des poupées oscillent entre 5 et 45 dinars, selon la taille et le format de la figurine. Elles sont fabriquées avec une préparation de sucre alimentaire liquide versée dans des moules, selon une technique maîtrisée par une poignée d’artisans. Ensuite, après le démoulage, place aux décorateurs avec leurs pinceaux pour dessiner les traits du visage des figurines, leurs cheveux et surtout leurs costumes avec des colorants naturels. Après le séchage, on les emballe dans du papier cellophane», fait savoir Mme Sonia Bayoudh.
Concernant les origines de cette belle tradition, aucune étude scientifique ni publications historiques ne peuvent affirmer avec certitude l’origine exacte de ces figurines. Certes, certains historiens, à l’image du Pr Yahia el-Ghoul, enseignant universitaire en histoire contemporaine, soutiennent la thèse que ces poupées de sucre dérivent de l’île de Sicile, où la fabrication des poupées de sucre pour les fêtes religieuses telles que celles de Pâques et de la Toussaint s’inscrivent dans les us et coutumes des Siciliens, mais cette hypothèse qui reste non confirmée et même infondée par les recherches académiques, laisse planer un écran de fumée sur les origines de cette tradition. D’autres chercheurs et passionnés d’histoire voient les choses sous un autre prisme.
Une poupée de sucre comme symbole d’amour
«La confection des poupées de sucre est enracinée dans la culture nabeulienne. Si plusieurs pensent que cette tradition existe depuis le début du 20e siècle, d’autres affirment que ce sont les juifs nabeuliens qui ont instauré cette pratique», souligne M. Mohamed Rached Khayati, membre de l’Association pour la sauvegarde de la ville de Nabeul.
Il reste à signaler que dans les traditions nabeuliennes, les enfants de sexe masculin célèbrent cette fête avec des poupées de sucre en forme de coq et de cheval. En revanche pour les filles, place aux poupées de sucre et aux figurines qui symbolisent les mariées, une gazelle ou un poisson.
Et cette coutume n’attire pas uniquement les enfants. Les jeunes fiancés et les nouveaux mariés sont aussi concernés par ces friandises.
«Dans les us et coutumes nabeuliens, le nouveau marié ou le fiancé doit impérativement offrir à sa dulcinée un imposant «methred» garni de fruits secs et chapeauté d’une imposante poupée de sucre ou d’un couple de mariés. Un «methred» accompagné d’une imposante figurine de sucre peut atteindre le prix de 100 dinars tunisiens, voire plus», souligne Mme Sonia Bayoudh.
Les personnages de «cartoon» s’invitent à la fête
Outre les traditionnelles poupées ou coqs de sucre, les fabricants ont proposé cette année un large éventails de personnages sortis tout droit du petit écran et des « cartoons » (dessins animés) tels que Bob l’Éponge, les sept nains de Blanche Neige, Hello Kitty, Picatchu, Tweety Bird, Winnie the Pooh, voire le Père Noël avec son manteau rouge et sa barbe blanche, etc.
Si, en Tunisie, la tradition des poupées de sucre est typiquement nabeulienne, cela n’empêche pas de voir ce type de coutumes fleurir sous d’autres cieux. C’est le cas dans des pays comme le Mexique, la Chine, l’Argentine, la France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie (Sicile), la Syrie, le Liban et l’Egypte (au Mouled).
En effet, au pays des Pharaons, durant les jours précédant le «mouled» (la fête religieuse célébrant l’anniversaire du prophète Mohamed, a l’entrée de la rue Bab el-Bahr, dans un quartier populaire du Caire, l’odeur sucrée des confiseries accueille le passant : des poupées, des palais ou encore des chevaliers entièrement en sucre, le tout décoré d’éventails et papiers aluminium de couleurs vives.
La tradition des bonbons célébrant le «Mouled» date en Egypte de la dynastie des Fatimides, il y a environ 1.000 ans.
Enfin, pour la petite anecdote, selon les coutumes locales, les anciens conservaient ces figurines jusqu’au jour de la « Achoura ». Ce jour-là, les ménagères les pulvérisaient en plusieurs morceaux à l’aide d’un mortier afin d’utiliser les fragments de ces figurines pour sucrer le thé noir qui sera servi après le plat à base de poulet : généralement des pâtes dites, «dwida» (spaghettis fines ou cheveux d’ange).



