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La jeunesse tunisienne entre optimisme et quête d’écoute : les enseignements de Tunisia Wish Map

  • 16 juin 2026
  • 6 min de lecture
La jeunesse tunisienne entre optimisme et quête d’écoute : les enseignements de Tunisia Wish Map

Une étude inédite menée à l’Université de Carthage révèle qu’une majorité de jeunes Tunisiens se montre optimiste face à l’avenir, tout en réclamant davantage d’accompagnement psychologique et d’écoute institutionnelle. Enseignante à l’Université de Carthage et vice-présidente régionale Mena de la Global Inclusive Economy Society, Nadia Zrelli a présenté, sur les ondes de RTCI, les résultats du projet Tunisia Wish Map, qui a recueilli 2000 vœux d’étudiants analysés grâce à une intelligence artificielle développée sur mesure.

L’analyse a révélé que 61 % des aspirations exprimées sont positives et tournées vers l’avenir, 27 % traduisent un état d’attente porteur d’espoir, tandis que 8 % reflètent des sentiments mitigés et 4 % une négativité marquée. Nadia Zrelli a identifié deux piliers principaux pour expliquer cet état d’esprit. Le premier, qu’elle a présenté comme spécifique à la société tunisienne, est l’attachement à la famille, aux amis et aux réseaux sociaux, vécus comme des facteurs de sécurité affective. Le second concerne la réussite professionnelle et personnelle, avec une composante entrepreneuriale revenant fréquemment chez les étudiants, signe selon elle d’une évolution des mentalités.

Sur le plan des préoccupations, la professeure a souligné une frustration récurrente liée au manque de suivi institutionnel. Les étudiants formulent des recommandations factuelles, demandant notamment un accompagnement psychologique au sein de leur université. Elle a précisé que de tels dispositifs existent déjà à l’Université de Carthage grâce à certaines initiatives, mais restent largement méconnus, les étudiants ignorant l’existence de cellules d’écoute auxquelles ils pourraient s’adresser.

L’invitée a par ailleurs identifié des disparités selon les institutions et les régions. Au niveau institutionnel, l’IHEC de Carthage affiche davantage de positivité que d’autres établissements, un écart attribué à la vitalité de son réseau associatif et de ses clubs étudiants, qui créent une synergie plus forte. Au niveau régional, la positivité est plus marquée lorsque l’étudiant réside dans sa délégation d’origine, réduisant ainsi le stress lié à l’éloignement. À l’inverse, la mobilité étudiante, avec ses frais de déplacement et d’hébergement, génère une charge mentale supplémentaire qui fait basculer les sentiments vers la neutralité, voire la négativité.

Interrogée sur le portrait global de la jeunesse tunisienne issu de l’étude, Nadia Zrelli a expliqué que les besoins identifiés sont interdépendants et ne peuvent être dissociés. Le premier concerne la recherche d’un équilibre entre vie professionnelle et vie privée, essentiel selon elle pour des étudiants appelés à devenir les cadres et décideurs de demain. Le deuxième est la santé mentale, pilier transversal à toutes les disciplines : la génération Z interrogée traverse de nombreux questionnements et une charge mentale particulière, ce qui nécessite un accompagnement actif des enseignants et du personnel administratif, ainsi que leur implication directe dans le processus de réflexion. Le troisième pilier, intimement lié à la santé mentale, est la peur de la solitude, ressentie par des étudiants éloignés de leur famille, de leurs amis et de leur zone de confort, ce qui explique la forte corrélation entre positivité et liens affectifs.

Une méthodologie rigoureuse, plus efficace que les enquêtes classiques

L’invitée a expliqué que les outils existants d’analyse de sentiments ne permettaient pas de saisir la réalité des réponses, d’autant que les vœux étaient rédigés en trois langues simultanément, l’arabe dialectal, le français et l’anglais. Son équipe a donc conçu sa propre intelligence artificielle pour traiter ce matériau multilingue. Pour garantir la fidélité de l’analyse, deux dispositifs de contrôle ont été mis en place : une retranscription manuelle des vœux en anglais par les étudiants eux-mêmes, comparée à une retranscription automatisée développée par une équipe d’ingénieurs en informatique basée à Dallas. La concordance entre les deux résultats a permis de valider l’intelligence artificielle d’analyse des sentiments et de lexicométrie développée pour le projet.

Comparant son approche aux enquêtes traditionnelles, Nadia Zrelli a rappelé qu’un sondage envoyé aux 32 000 étudiants de l’Université de Carthage n’avait recueilli que 500 réponses, le principal frein étant la demande d’adresse mail institutionnelle, perçue comme une atteinte à l’anonymat. Le rituel de collecte des vœux, mené autour d’un arbre symbolique, a permis de recueillir 1000 vœux retranscrits à l’IHEC de Carthage, puis 2000 au total en intégrant d’autres établissements.

Origines et déploiement du projet

Le projet est né à Dallas, aux États-Unis, où la Global Inclusive Economy Society l’avait développé. L’approche reposait sur un constat simple : interroger directement les gens sur ce dont ils ont besoin pour améliorer leur vie favorise une expression plus libre et plus intime que les enquêtes classiques. Devenue vice-présidente Mena de l’organisation, Nadia Zrelli a choisi de transposer cette expérience en Tunisie, un an et demi auparavant, en ciblant d’abord la population étudiante grâce à l’ouverture de l’Université de Carthage. Le dispositif a ensuite été étendu aux femmes cheffes d’entreprise tunisiennes, en partenariat avec la Chambre nationale des femmes cheffes d’entreprise.

La professeure a indiqué que la méthode, fondée sur la simple invitation à écrire quelques mots sur un papier, a permis de collecter 2000 vœux, numérisés par une équipe de 36 étudiants répartis dans 12 clubs étudiants sur plusieurs établissements. Elle s’est dite agréablement surprise par l’ampleur de cette mobilisation, soulignant que les jeunes éprouvent un réel besoin de s’exprimer mais se heurtent à une forme de fatigue digitale, notamment lorsque les enquêtes en ligne exigent leur adresse mail institutionnelle. C’est pourquoi le dispositif ne demande qu’une seule donnée, le code postal, utilisée uniquement pour analyser la concentration géographique des aspirations. Un premier rapport a déjà été transmis à la rectrice de l’Université de Carthage, lui donnant une vision globale des besoins étudiants, avec l’espoir que l’aspect psychologique soit davantage pris en compte dans les actions futures. Plus largement

S.M

Auteur

S. M.

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