Les scientifiques alertent contre les méfaits du sauvetage improvisé des nids de tortues marines
Image d’illustration
Nous sommes en pleine saison des éclosions où des tortues femelles font leur sortie nocturne pour la nidification des tortues marines. Ainsi, les plages de sable fin de la Tunisie s’apprêtent à devenir le théâtre d’un spectacle tout aussi fascinant que fragile. Cependant, un citoyen lambda l’ignore peut-être, mais le fait de déplacer un nid de tortues sur les plages, peut condamner à mort plus d’une centaine d’embryons. C’est le message essentiel véhiculé par l’association « Tounsi ». Celle-ci appelle les estivants à la vigilance et annonce le bon protocole à suivre.
L’association Tounsi pour les sciences participatives lance en effet un cri d’alarme en mettant en garde le grand public contre une pratique qui peut être considérée bienveillante mais qui est en réalité dévastatrice. Il s’agit du déplacement des nids de tortues et la manipulation des nouveau-nés sans l’encadrement d’un expert.
Partant d’une bonne intention, certains estivants tentent de mettre les œufs à l’abri en les changeant de place. Un geste réflexe que les scientifiques qualifient pourtant de condamnation à mort pour la couvée. Un nid abrite en moyenne entre 80 et 120 œufs, enfouis selon une géométrie et une profondeur thermorégulatrice extrêmement précises que la tortue pondeuse effectue par instinct. « Les premières 24 heures s’avèrent critiques, car elles marquent le début de l’embryogenèse. Retourner un œuf ou altérer sa température ambiante bloque instantanément le développement du fœtus », indique l’association. Elle rappelle d’ailleurs que la majorité des sites de ponte sont déjà répertoriés, numérotés et placés sous la surveillance des réseaux écologiques nationaux.
« Pour préserver ce patrimoine biologique, un protocole d’action citoyen rigoureux a été édité. Si un promeneur identifie un nid, il doit impérativement s’abstenir de toucher aux œufs. La consigne est de baliser visuellement le périmètre à l’aide de marqueurs de fortune (bois, pierres, roseaux). Et ce, pour éviter les piétinements sans altérer le processus », précise l’association tout en notant qu’une fois le nid protégé sans être déplacé, il est impératif de contacter immédiatement l’association environnementale locale. « Ce gardiennage passif est vital jusqu’à la phase d’éclosion, programmée de la mi-juillet à octobre ».
« Le voyage des nouveau-nés vers le large, qui s’effectue traditionnellement entre la nuit et l’aube, s’apparente à une course d’obstacles permanente. Pour s’orienter, les tortues bébés s’appuient sur la lueur de la lune et des étoiles se reflétant sur l’eau », notent les scientifiques de Tounsi. Or, nuancent-ils, « la pollution lumineuse des hôtels, l’activité humaine et l’accumulation de déchets plastiques sur le littoral désorientent et piègent les animaux. Face à un bébé tortue en détresse, les consignes sont strictes : interdiction de le manipuler ou de le jeter à l’eau de force, l’animal étant souvent épuisé et nécessitant une phase de réhabilitation dans un centre de soins ».
En cas de découverte d’un spécimen mort, les membres de l’association demandent de documenter la situation par photographie en précisant l’heure et la localisation exacte pour alimenter les bases de données scientifiques.



